Auteur : Emmanuelle André
Date de saisie : 05/07/2007
Genre : Cinéma, Télévision
Editeur : Presses universitaires de Vincennes, Saint-Denis, France
Collection : Esthétiques hors cadre
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-84292-203-0
GENCOD : 9782842922030
Sorti le : 28/06/2007
Souvent associé à la musique et à la peinture, le motif est ici envisagé comme une forme qui affecte d'autres champs esthétiques. À partir d'exemples tirés en particulier des films Le Vent (Sjöström, 1927), La Nuit du carrefour (Renoir, 1932) et Gertrud (Dreyer, 1964), Emmanuelle André montre la pertinence d'une notion pour une réflexion plus générale sur l'écoute et le visuel. Compris comme une entité plastique et dynamique, le motif se déploie et nous informe sur les circulations secrètes entre les arts.
MOTIVATIONS
Laissez-moi commencer par vous mettre en garde. Je vous en prie, n'attendez pas que je vous apporte des définitions nettement circonscrites. Philosopher sur quoi que ce soit, c'est jongler avec des nuages et la philosophie de l'art ne fait certainement pas exception à la règle. Lorsque je prétendrai donc, à l'occasion, que le nuage a l'apparence d'un chameau...
Hermann Broch
«Ayant lu le livre en lequel se résume l'enseignement de Klee au Bauhaus, j'ai été frappé de la coïncidence des idées que j'avais pu avoir sur le développement organique des cellules de hauteurs ou de durées avec l'emploi que Klee faisait, visuellement, de ce même type d'idées. Comment une idée en influence-t-elle structurellement une autre [...].» Aux correspondances entre les arts, préférer donc la coïncidence des idées, qui participe d'une pensée esthétique dynamique, à même de résoudre pour son propre compte les problèmes que le cloisonnement disciplinaire tend à obscurcir. Comme en écho à Pierre Boulez, Gilles Deleuze rétorque : «La rencontre de deux disciplines ne se fait pas lorsque l'une doit réfléchir sur l'autre, mais lorsque l'une s'aperçoit qu'elle doit résoudre pour son compte et avec ses moyens propres un problème semblable à celui qui se pose aussi dans une autre. [...] Ce sont les mêmes secousses dans des terrains tout différents.»
Pour ausculter les «secousses» partagées par ces «terrains différents», pour percevoir les problèmes communs que les arts posent aux oeuvres, en retour ceux que les oeuvres relancent vers chacun des arts, il est nécessaire de faire appel à une notion dont l'hétérogénéité autorise de tels vagabondages. Une célèbre nouvelle d'Henry James est consacrée à décrire la plasticité d'un terme, dont la définition - c'est toute sa pertinence - repose sur une tension, qui lui a valu au cours de son histoire d'être pensée et déplacée.
En 1997, la traduction de The Figure in the Carpet est révisée : d'abord parue sous le titre l'Image dans le tapis, elle est rebaptisée le Motif dans le tapis. Ce changement n'est pas simplement anecdotique mais révèle au contraire l'un des enjeux majeurs du texte : démêler en une fiction très théorique la complexité d'un mot à valeur conceptuelle, le motif. Le récit est d'abord celui d'une rencontre bouleversante entre un jeune critique littéraire, le narrateur, et Vereker, un romancier renommé, qui lui reproche de n'avoir pas su percer le secret de son oeuvre, tout comme ses exégètes avant lui. L'entêtement du personnage à découvrir le mystère devient alors une obsession vitale et contagieuse puisqu'un couple d'amis succombera également à ce besoin, au point d'en faire dépendre son destin. Après de longues discussions, le secret de Vereker prend la forme d'un motif dont la signification s'avère, au fil de la lecture, conforme à la richesse sémantique du mot. Le motif dans le tapis, apprend-on, est ce qui pousse Vereker à écrire, le mobile et le moteur de son oeuvre, ainsi que le stipule l'étymologie motivus, reliée au mouvement. A la raison d'agir s'ajoute ainsi un usage du mot dans le domaine des arts, musique et peinture initialement, où il désigne désormais le sujet principal d'une oeuvre - ce que Vereker nomme le «dessin général» qui a motivé son travail et en fonde la valeur. Mais le trait de motilité du motif, dont la présence en amont de l'oeuvre, dans le geste de création, le relie à un mouvement pulsionnel (l'émotion), affecte aussi sa structure par effet de contamination : «Elle s'étend, ma petite ruse, de livre en livre, et tout le reste, en comparaison, n'est qu'en surface. L'ordre, la forme, la texture de mes livres en constitueront peut-être un jour pour les initiés une représentation parfaite». Est-ce donc un «plan original», demande le narrateur, «comme un motif complexe dans un tapis persan ?» Réponse du romancier : «il s'agit du fil même sur lequel mes perles sont enfilées».
Copyright : Studio 108 2004-2009 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli