Auteur : Joseph Cesari | André D'Anna | Laurence Ogel | Jean Vaquer
Date de saisie : 03/07/2007
Genre : Archéologie, Préhistoire
Editeur : Ed. du CTHS, Paris, France
Collection : Documents préhistoriques, n° 22
Prix : 45.00 € / 295.18 F
ISBN : 2-7355-0608-8
GENCOD : 9782735506088
Dans le cadre du 128e congrès des sociétés historiques et scientifiques «Relations, échanges et coopération en Méditerranée», tenu en avril 2003 à Bastia, la section de pré - et protohistoire du Comité des travaux historiques et scientifiques a organisé un colloque qui, en gardant les thèmes généraux du congrès, s'est efforcé de mettre la Corse au centre des débats et de la réflexion.
Par sa nature et par sa situation, la Corse peut être un exemple et un modèle pour l'étude de différents processus relatifs aux premiers temps de l'histoire humaine, au premier rang desquels les modes et les rythmes de peuplement en milieu insulaire ainsi que son évolution entre spécificité locale et intégration suprarégionale. L'incontournable rapprochement avec la Sardaigne voisine fait évidemment apparaître de fortes similitudes, mais également des différences majeures et durables.
Après un épisode mésolithique particulier, pendant le VIIIe millénaire, sans évolution, c'est avec le Néolithique, et dès le milieu du VIe millénaire, que le peuplement se met en place de façon pérenne. Sont alors réunies les conditions d'une évolution chronoculturelle spécifique qui va conduire aux cultures de l'âge du Bronze en passant tour à tour par des phases d'extrême parenté avec les régions voisines et des périodes de divergence complète, d'autonomisation en quelque sorte.
Il est encore possible de percevoir clairement cette évolution parce que la Corse recèle un très fort potentiel archéologique, tant pour la préhistoire que pour la protohistoire, grâce à de nombreux sites souvent originaux et très bien conservés. L'activité y a toujours été dynamique depuis plus d'une cinquantaine d'années, elle reste encore marquée par les premières recherches modernes effectuées entre 1950 et 1975 par Roger Grosjean et son équipe qu'il convient de considérer, à plus d'un titre, comme les fondateurs et les pionniers de la préhistoire de la Corse. C'est sur la base de leurs travaux que la recherche de ces dernières années s'est développée et trente ans après leur coup d'arrêt, cette publication entend leur rendre hommage.
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Extrait de l'introduction d'André D'Anna, Joseph Cesari, Laurence Ogel et Jean Vaquer :
Dans le cadre du 128e congrès des sociétés historiques et scientifiques «Relations, échanges et coopération en Méditerranée», tenu en avril 2003 à Bastia, la section de pré- et protohistoire du Comité des travaux historiques et scientifiques a organisé un colloque qui, en gardant les thèmes généraux du congrès, s'est efforcé de mettre la Corse au centre des débats et de la réflexion. Par sa nature et par sa situation, la Corse peut être un exemple et un modèle pour l'étude de différents processus relatifs aux premiers temps de l'histoire humaine, au premier rang desquels les modes et les rythmes de peuplement en milieu insulaire ainsi que son évolution entre spécificité locale et intégration suprarégionale. L'incontournable rapprochement avec la Sardaigne voisine fait évidemment apparaître de fortes similitudes, mais également des différences majeures et durables.
Après l'anecdote d'une aléatoire présence humaine, toujours en discussion et probablement ponctuelle, à la fin du Pléistocène, une occupation mésolithique plus affirmée semble toucher toute l'île, ou tout du moins une grande partie, pendant le Tardiglaciaire. Ce Mésolithique insulaire constitue dans le Bassin méditerranéen un cas particulier dont la signification anthropologique doit être discutée. Son origine, extérieure à l'île, reste indéterminable par la seule comparaison des industries lithiques, car curieusement ces Mésolithiques seraient arrivés totalement démunis, sans le moindre silex de leur région d'origine, et auraient été obligés de s'adapter complètement aux conditions locales. Enfin l'évolution de ce Mésolithique, probablement dans un temps plus court qu'il n'y paraît, pendant le VIIIe millénaire, reste limitée et sans aboutissement local. Un peuplement paradoxal, comme involontaire, sans évolution et donc sans lendemain ni descendance : l'inverse absolu d'une colonisation, en quelque sorte. Au cours du VIIe millénaire, l'île paraît à nouveau dépeuplée.
C'est avec le Néolithique, et dès ses phases initiales, vers le milieu du VIe millénaire, qu'un peuplement se met en place de façon pérenne. Avec cette nouvelle arrivée, cette fois de vrais colons dont l'origine reste encore à déterminer, sont alors réunies les conditions d'une évolution chronoculturelle spécifique qui va conduire aux cultures de l'âge du Bronze en passant tour à tour par des phases d'extrême parenté avec les régions voisines que sont la Sardaigne, l'Archipel Toscan, le continent médio-italique et très secondairement le Midi de la France, et des périodes de divergence complète, d'autonomisation en quelque sorte. Contrairement à d'autres îles, plus éloignées de leur continent, pendant cette évolution la Corse, visible du continent, n'a jamais été coupée du reste du monde, et s'il n'y a pas eu d'invasion massive comme cela a été longtemps proposé, les relations ont été permanentes et les échanges, en particulier de matières premières mais également d'objets finis, ont été indispensables et déterminants.
Il est encore possible de percevoir clairement cette évolution parce que la Corse recèle un très fort potentiel archéologique, tant pour la préhistoire que pour la protohistoire, grâce à de nombreux sites souvent originaux et très bien conservés. Bien que parfois trop ponctuelle, la recherche y a toujours été relativement active depuis plus d'une cinquantaine d'années, avec la production régulière, dans des cadres divers, de mises au point périodiques et de quelques synthèses plus ou moins heureuses. Toutes restent marquées par les premières recherches modernes effectuées entre 1950 et 1975 par Roger Grosjean et son équipe, qu'il convient de considérer, à plus d'un titre, comme les fondateurs et les pionniers de la préhistoire de la Corse. C'est sur la base de leurs travaux que la recherche de ces dernières années s'est développée et trente ans après leur coup d'arrêt, cette publication entend leur rendre hommage.
Les quarante-quatre communications présentées à l'occasion des séances ont clairement fait apparaître tant pour la Corse que pour la Sardaigne la nature, la diversité et l'origine des recherches en cours. Si en Sardaigne les universités et les surintendances assurent la quasi totalité de la recherche, en Corse, les équipes ont des tutelles différentes : universités de Corse ou continentales, ministère de la Culture, Centre national de la recherche scientifique (CNRS), collectivités, Institut national de recherches archéologiques (INRAP), chercheurs bénévoles, partenaires naturels regroupés au sein d'unités mixtes de recherche (UMR). Cette diversité est déterminante et cette richesse est une chance. Certes, elles constituent parfois la source de débats contradictoires et animés, quelques séances du colloque l'ont montré, qui, lorsqu'ils sont efficacement mis en perspective par des esprits scientifiques, peuvent faire progresser les connaissances.
Fait révélateur de cette diversité, certains des systèmes explicatifs ou de référence proposés n'ont jamais été complètement acceptés par l'ensemble de la communauté des pré- et protohistoriens travaillant sur l'île. Ainsi, les vocabulaires sont restés fluctuants, pour ne pas dire opposés ; pour preuve, par exemple, la terminologie servant à désigner les contextes humains des IXe et VIIIe millénaires, tour à tour qualifiés de «prénéolithiques», «mésolithiques», voire «néolithiques acéramiques» ! Il en est de même pour les groupes néolithiques pour lesquels le qualificatif de «Néolithique évolué» a été parfois préféré à celui de «Néolithique final» et de «Chalcolithique». Aucun débat réel n'a été engagé entre les tenants d'un vocabulaire spécifique insistant sur l'originalité des phénomènes corses et ceux pour qui la terminologie doit témoigner de l'insertion de l'île dans son contexte méditerranéen - puisqu'il est difficile d'imaginer une préhistoire corse totalement autonome vis-à-vis des régions voisines, qu'elles soient insulaires ou continentales. Insertion ne signifie pas évidemment fusion, et à trop vouloir faire preuve de dissidence, on finit par masquer et ignorer les réelles spécificités.
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