Auteur : Jules Charles-Roux
Préface : Edmonde Charles-Roux
Date de saisie : 03/07/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : J. Laffitte, Marseille, France
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-86276-426-9
GENCOD : 9782862764269
Sorti le : 16/05/2007
L'armateur marseillais Jules Charles-Roux (1841-1918) a tenu, pendant les 13 dernières années de sa vie, une correspondance avec son fils alors que celui-ci, diplomate, se trouvait en poste à l'étranger (Constantinople, Rome, Londres). Le «Marseillais de Paris» est alors au fait de sa puissance, consacrée en 1906 par l'Exposition Coloniale dont il est le commissaire général. La correspondance échangée avec son fils François dit tout ceci, et bien plus encore. Elle révèle l'intimité du capitaine d'industrie, l'être épris de culture provençale, fidèle à sa terre d'origine, le père de famille soucieux du destin de ses enfants.
Extrait de la préface d'Edmonde Charles-Roux de l'Académie Goncourt :
Les origines
Les Roux de Marseille, désignons-les ainsi pour ne pas les confondre avec cette autre famille marseillaise, les Roux de Corse dont l'un d'entre eux, le sieur Georges, s'illustra au XVIIIe siècle en armant à ses frais une flotte de vaisseaux aux beaux noms - La Coquette, La Constance, L'Heureuse Thérèse - qu'il mit à la disposition du roi. Ce Roux-là fit une fortune considérable, mena très grand train et de premier échevin de Marseille devint marquis de Brue, seigneur du Pavillon et autres places sous le soleil... jusqu'au jour où l'armateur à propos duquel Voltaire écrivit qu'il avait déclaré la guerre aux Anglais en son nom propre : «Georges Roux à Georges Roi», fut contraint de vendre tous ses biens et mourut ruiné.
Rien de semblable du côté de chez les Roux de Marseille.
Aux premières années du XIXe siècle, leur notoriété était loin d'égaler celle des grands patrons de l'époque, les Talbot, les Grandval, les Reggio, pour ne citer que ceux-là. Les Roux de Marseille n'étaient encore que de modestes, de très modestes bourgeois, mais déjà ils forçaient l'attention par ce quelque chose de particulier qui les distinguait et qui, par bravade ou par goût, faisait d'eux des bourgeois qui ne pensaient pas comme les autres.
Cherchons à cerner leurs origines. Leurs ancêtres ? De petites gens. Autour des années 1740, on note un Jean-Charles Roux domestique, fils d'un cardeur de laine, et n'ayant pour parents, témoins ou amis, le jour de son mariage, qu'un maître d'hôtel, un chapelier et un ménager.
Les Roux étaient de Digne et le premier d'entre eux à avoir exercé un commerce à Marseille fut marchand saleur. Son prénom était Jean-Charles. Il avait été volontaire dans les armées de la République en 1793, ce que l'on chercha en vain à cacher à ses descendants et qui leur fut longtemps reproché dans les familles du négoce où le plus souvent on était monarchiste. Son petit-fils, prénommé lui aussi Jean-Charles comme son grand-père - vieille coutume provençale -, s'il fut plus solidement établi dans la vie active ne semble pas s'être beaucoup élevé dans l'échelle sociale. De marchand saleur il était devenu marchand de fruits secs. De ces hommes auxquels, plus de cent ans auparavant, Colbert s'était adressé en les appelant, non sans mépris, «les petits marchands de Marseille».
C'est en 1806 avec la naissance de Jean-Baptiste Roux que l'existence de la famille prit un tour nouveau. Bien que ne disposant que de moyens financiers très limités, Jean-Baptiste se lança dans l'industrie et fonda en 1828, au 79 rue Sainte, à Marseille, une savonnerie grâce à laquelle il allait acquérir une confortable aisance. Sa compétence était exceptionnelle. Il devint en quinze ans l'un des principaux industriels de la place, membre de la chambre de commerce et vice-président du conseil des prud'hommes. Lorsque le savon de sa fabrique obtint une médaille d'or à l'Exposition universelle de Paris, Jean-Baptiste Roux franchit un pas de plus : Monsieur de Maupas en personne, le préfet de police de Paris au temps du coup d'État du 2 décembre, l'homme à poigne du régime impérial devenu l'énergique préfet des Bouches-du-Rhône, proposa Jean-Baptiste pour la Légion d'honneur en qualité de «premier représentant de la savonnerie marseillaise».
Jean-Baptiste devint alors un notable.
Nous sommes en 1863.
Rien que de très normal dans cette lente mutation d'une famille dont l'existence est liée à l'évolution de la ville et de ses industries. Mais en y regardant de plus près on est frappé par le fait que les Roux, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, n'avaient toujours pas la notoriété qui fit de Marseillais tels que les Borelli, les Régis ou les Cyprien Fabre pour ne citer que ceux-là, des membres reconnus du haut négoce. Eux avaient une histoire, un passé, ils s'étaient mariés et vivaient dans les beaux quartiers - le cours Pierre Puget, la rue Paradis ou les Allées -, ils habitaient des hôtels particuliers, d'autres avaient été anoblis et pouvaient désormais compter parmi leurs aïeux quelques guillotinés, d'autres encore s'étaient tellement enrichis qu'ils comptaient des oisifs parmi eux, des gens qui n'avaient plus qu'à se laisser vivre.
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