Auteur : Douglas Coupland
Traducteur : Christophe Grosdidier
Date de saisie : 09/07/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Au diable Vauvert, Vauvert, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-84626-143-2
GENCOD : 9782846261432
Douglas Coupland
Eleanor RIGBY
Un coup de fil peut tout changer...
Liz Dunn est grosse et lucide sur elle-même. Et si derrière cette morne apparence se cache un esprit acéré, elle n'attend rien de la vie, hormis une imminente opération dentaire et une quantité de films larmoyants loués pour supporter sa convalescence.
Mais alors qu'elle vient d'épuiser son stock de tranquillisants et que résonne le générique de fin du dernier film, un jeune inconnu est admis à l'hôpital. Il porte une inscription sur son bracelet médical : En cas d'urgence, contactez Liz Dunn... Magnifique roman sur la solitude, Eleanor Rigby répond, avec l'inimitable ironie de Coupland, à la question posée par la célèbre chanson des Beatles.
Né en 1961, Douglas Coupland vit à Vancouver. Plasticien et designer, célèbre dans le monde entier pour son roman culte Génération X, il est notamment l'auteur de Toutes les familles sont psychotiques, Girlfriend dans le coma et du superbe Hey, Nostradamus ! tous parus au Diable vauvert.
J'avais toujours pensé qu'un aveugle de naissance que l'on rendait à la lumière grâce aux miracles de la médecine moderne se sentirait renaître. Imaginez-vous regarder notre monde avec des yeux flambant neufs, tout vous paraîtrait frais, couvert de rosée et empreint de beauté : une peau diaphane et des jonquilles, des homards bouillis et la pleine lune. Et pourtant, j'ai lu dans des livres que les choses se passaient différemment dans la réalité. Dotés de la vue, les anciens aveugles prennent peur et perdent leurs repères. Ils ne parviennent pas à appréhender les notions de forme ou de couleur ou de profondeur. Tout les choque, et rien ne les apaise. Ce à quoi mon frère, William, répond : «Eh bien, Liz, réfléchis-y deux secondes : les gamins restent allongés presque un an dans leur berceau à regarder des marionnettes et des jouets de toutes les couleurs passer devant leurs yeux. Ils sont cons comme des balais, et il leur faut un bon bout de temps avant même de piger où s'arrêtent leurs corps et où commence le monde. Pourquoi ça serait différent simplement parce que tu es plus vieux et en théorie plus malin ?»
Au final, les gens dotés d'yeux neufs ont tendance à s'isoler dans leur petit monde. Certains supplient qu'on leur rende leur cécité, mais en considérant le problème d'un peu plus près, ils hésitent et se rendent compte qu'ils sont incapables de renoncer à la vue. Des images défectueuses valent mieux que pas d'image du tout.
Autre chose à laquelle je pense : dans les films, comment les criminels sont prêts à vendre la mèche à partir du moment où ils intègrent un programme de protection des témoins. On leur fournit une nouvelle identité, un nouveau passeport et un nouveau foyer, mais ils ne pourront jamais plus prendre contact avec qui que ce soit de leur ancienne vie ; ils doivent choisir entre mourir et devenir quelqu'un d'autre. Mais vous savez ce que je crois ? Je crois que le FBI se contente de flinguer quiconque intègre ce programme. Le fait que personne n'entende plus jamais parler de ces défunts participants a l'effet pervers de convaincre le reste de la population que le programme fonctionne - réellement. Regardons les choses en face : ils rejoignent le même pays magique où les gens emmènent leurs animaux domestiques devenus indésirables.
Ça y est, je recommence. Ma soeur, Leslie, trouve que je suis morbide, mais je ne suis pas d'accord. Je pense que je suis rationnelle, que j'essaie simplement d'être honnête avec moi-même concernant la marche du monde. Ou de proposer de nouvelles façons de la concevoir. J'ai lu un jour que pour chaque personne vivant actuellement sur terre, il y en a dix-neuf autres, mortes, qui l'ont précédée. Franchement, ça ne fait pas tant que ça. Notre existence en tant qu'espèce est tellement récente. Nous avons tendance à l'oublier.
Je me demande parfois quelle taille ça ferait si on prenait toutes les créatures qui ont un jour vécu sur cette terre - et pas seulement les gens, mais aussi les girafes, le plancton, les amibes, les fougères et les dinosaures - et qu'on les écrase pour en faire une grosse boule, une planète. La masse gravitationnelle de ce nouvel amas le ferait imploser et il en résulterait une bille minuscule aussi brûlante que la surface du soleil. De la vapeur s'échapperait en grésillant à travers le cosmos. Mais peut-être que le fer contenu dans le sang de toutes ces créatures serait trop lourd pour jaillir dans l'espace, et peut-être qu'une toute petite planète déchaînée avec un noyau en acier fondu se formerait. Et peut-être que sur cette nouvelle planète, la vie repartirait de zéro.
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