Auteur : Donald E. Westlake
Traducteur : Mathilde Martin
Date de saisie : 08/01/2008
Genre : Policiers
Editeur : Rivages, Paris, France
Collection : Rivages-Thriller
Prix : 18.50 € / 121.35 F
ISBN : 978-2-7436-1690-8
GENCOD : 9782743616908
Sorti le : 13/06/2007
Que faire quand on découvre que, depuis des années, on est une taupe à son insu ? Une taupe dormante, bien entendu, mais qu'il s'agit justement de réveiller. Intérimaire désargenté dans sa jeunesse, Josh avait un beau jour reçu un chèque dont il n'avait pu retrouver l'origine. Après quelques hésitations, il l'avait encaissé. C'était un gros chèque. Mois après mois, d'autres s'étaient succédé, sans la moindre explication. Devenu père de famille prospère, Josh a fini par oublier que de l'argent qui tombe du ciel, ça n'existe pas. Mais un 15 juillet, par un après-midi chaud et ensoleillé, un homme l'aborde sur le ferry de Fire Island et lui dit : "Vous êtes à présent en service actif." Horrifié, Josh comprend qu'il a accepté l'argent d'une mystérieuse organisation qui a maintenant besoin de lui et s'est arrangée pour le piéger. Vite dépassé par les événements, il se trouve confronté à une terrible alternative : vaut-il mieux devenir un traître ou un criminel ? Et probablement finir assassiné dans les deux cas.
Maître de l'ironie, de l'humour noir et de la mystification, Donald Westlake tricote l'histoire réjouissante d'un homme ordinaire que ses petites faiblesses plongent dans une situation inextricable. Le genre de scénario dont se délecte le lecteur, tout en souhaitant, bien sûr, qu'une telle chose ne lui arrive jamais.
La plupart des romans de Donald Westlake sont publiés aux éditions Rivages.
Lorsque le premier chèque était arrivé, Josh Redmont, alors âgé de vingt-sept ans, ignorait totalement de quoi il s'agissait. Le nom et l'adresse de l'émetteur figuraient sur le document : «L'Agent américain, K Street NE, Washington, DC 04040.» Le compte était domicilié à la Merchant Bank, basée elle aussi à Washington. Le montant s'élevait à mille dollars.
Pourquoi lui envoyait-on cet argent ? Après la fac, Josh avait servi deux ans dans l'armée, mais il ne semblait pas y avoir de rapport. Cette année-là, Josh s'était inscrit dans une agence de travail temporaire de Pine Street, au sud de Manhattan. Il avait donc demandé à Fred Stem, l'employé chargé de gérer son dossier, s'il avait fait ce chèque, et celui-ci l'avait assuré que non. «On ne distribue pas d'argent comme cela pour s'amuser», avait-il répondu. Et c'était bien vrai.
Pourtant, quelqu'un l'avait fait. Comme la plupart des intérimaires, Josh était dans une situation financière difficile à cette époque. Il déposa donc le chèque sur son compte, en partie pour voir si l'argent serait crédité. Ce qui arriva. Josh avait mille dollars de plus. De l'argent tombé du ciel.
Un mois plus tard, la même chose se reproduisit. Il reçut un autre chèque de mille dollars, même émetteur, même banque, ni lettre, ni explication.
Cette fois, Josh examina le document un peu plus attentivement. Sous l'adresse de l'Agent américain, il remarqua un numéro de téléphone précédé du 202, l'indicatif de Washington DC. Il appela. La sonnerie retentit, encore et encore. Mais pas de réponse.
Le lendemain, Josh rappela, sans succès. Le surlendemain, il déposa le chèque sur son compte, et l'argent fut crédité. Et le mois suivant, un autre chèque arriva.
Mais qui lui donnait tout cet argent ? Mille dollars par mois. Des chèques datés du 1er du mois et qui arrivaient dans sa boîte aux lettres entre le 3 et le 5, avec la régularité d'une horloge. Aucune explication, pas de réponse au bout du fil. Josh eut l'idée de leur écrire, mais il se rendit compte que l'adresse indiquée sur les chèques était incomplète. Où étaient-ils exactement dans K Street ? Sans numéro de rue, inutile de leur envoyer une lettre.
Le premier chèque était arrivé en août. En janvier, Josh se dit que l'énigme serait bientôt résolue puisque l'Agent américain, quel qu'il fût, serait obligé de lui envoyer un formulaire de déclaration de revenus. Donc, il attendit. Josh reçut le formulaire de l'agence d'intérimaires et ceux de deux autres employeurs pour lesquels il avait travaillé brièvement, mais rien de la part de l'Agent américain.
Aurait-il des ennuis s'il ne déclarait pas les cinq mille dollars ? Mais comment pouvait-il les déclarer sans le formulaire ? Et comment justifierait-il cet argent ? Et puis, était-il assez riche pour payer volontairement plus d'impôts s'il n'y était pas contraint et forcé ?
Un an et demi plus tard, Josh emménagea dans un plus bel appartement situé sur West Side. En effet, il avait abandonné la vie d'intérimaire pour un véritable emploi de commercial dans un groupe de journaux locaux de Manhattan et du Bronx. Il regretta de ne plus toucher ses mille dollars mensuels. Mais comment pouvait-il communiquer sa nouvelle adresse à l'Agent américain ? C'était fini.
Pourtant, le troisième jour du mois suivant, Josh reçut son chèque chez lui, comme d'habitude. Comment était-ce possible ? Comment savaient-ils qu'il avait déménagé ? Josh en eut la chair de poule.
S'il n'avait pas dépensé cet argent, il aurait bien voulu essayer de le rendre. Mais il ne le pouvait pas. Il ne pouvait pas le restituer, pas plus qu'il ne pouvait écrire une lettre à l'Agent américain sans une adresse plus précise que K Street NE. Josh pensa à inscrire la mention «Retour à l'expéditeur» sur l'enveloppe, mais la même adresse incomplète figurait sur celle-ci, en haut à gauche. Même s'il avait un peu la frousse, Josh déposa finalement le chèque sur son compte.
Trois ans plus tard, alors qu'il recevait toujours ces mystérieux chèques, Josh fut embauché comme chargé de clientèle chez Sewell-McConnell Advertising, une agence publicitaire où on lui confia le compte du papier hygiénique Nuages. L'année suivante, il épousa Eve, avec qui il entretenait une relation plus ou moins suivie depuis trois ans et qui vivait avec lui depuis quatre mois. Il ne lui parla pas des chèques (ceux-ci arrivaient maintenant à leur nouvel appartement), ni avant leur mariage, ni après, et Josh comprit que, d'une certaine façon, cela signifiait qu'il éprouvait de la culpabilité à encaisser cet argent. Il n'avait rien fait pour le gagner, il ne le méritait pas, il le recevait, tout simplement. Et il se sentait doublement coupable de n'avoir rien dit à Eve, de garder ce secret. Mais il ne lui avoua rien pour autant.
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