Auteur : Tony Hillerman
Traducteur : Pierre Bondil
Date de saisie : 12/10/2007
Genre : Policiers
Editeur : Rivages, Paris, France
Collection : Rivages-Thriller
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-7436-1689-2
GENCOD : 9782743616892
Sorti le : 06/06/2007
L'ancien lieutenant Joe Leaphorn n'avait jamais oublié cette vieille tapisserie narrative. Celle qu'on appelait "Le Chagrin tissé", à moins que ce ne fût "Le Chagrin entre les fils". Elle avait la réputation d'être maudite. Elle perpétuait le souvenir des pires cruautés infligées aux Navajos - la Longue Marche, la captivité, la misère, les nombreux morts - tout ce qui leur avait été imposé par l'irrépressible et féroce soif d'or et d'argent de la culture blanche. Le Dineh enseigne à ses membres que, pour connaître la paix et l'harmonie, ils doivent apprendre à pardonner. Or la tapisserie n'encourageait pas cet oubli des offenses...
Cette célèbre couverture, Joe Leaphorn s'en souvenait bien, car elle avait été réduite en cendres dans l'incendie accidentel du bâtiment où elle était exposée, et l'on avait retrouvé dans les décombres le corps d'un des criminels les plus recherchés par le FBI. Or voici que la tapisserie réapparaît, comme neuve, photographiée dans un magazine consacré aux demeures de luxe. La page du magazine vient d'être envoyée à Leaphorn par son vieux collègue de l'époque, Mel Bork.
Quand Mel disparaît, après avoir reçu des menaces téléphoniques, Joe Leaphorn se retrouve plongé dans cette affaire vieille de vingt ans, cet incendie prétendument accidentel qui lui était resté en mémoire. Les fantômes du passé l'amèneront à croiser le chemin du plus redoutable - et très actuel -ennemi parmi "Ceux-qui-changent-de-forme".
Dix-neuvième enquête en territoire indien, Le Chagrin entre les fils ramène au premier plan la figure légendaire de l'ex-lieutenant Leaphorn et l'histoire du peuple navajo, dont Hillerman rappelle qu'elle fut marquée par la souffrance et la mort.
L'ancien lieutenant Joe Leaphorn immobilisa son pick-up à une centaine de mètres de l'endroit où il avait eu l'intention de se garer, coupa le moteur, observa la maison mobile du sergent Jim Chee et réfléchit à nouveau à la tactique qu'il devait adopter. Il voulait être certain de ce qu'il pouvait leur dire, de ce qu'il ne devait pas leur dire et de la manière dont il devait s'y prendre afin de n'offenser ni Bernie ni Jim. Telle était la difficulté. Il allait commencer par remettre à celui qui ouvrirait la porte le grand panier tressé rempli de friandises, de fruits et de fleurs que le professeur Louisa Bourebonette leur avait composé comme cadeau de mariage, puis il maintiendrait la conversation sur ce qu'ils pensaient de Hawaii où ils avaient passé leur voyage de noces, et leur présenterait ses excuses puisque des obligations les avait empêchés, Louisa et lui, d'assister au mariage. Ensuite, il les harcèlerait de questions sur leurs projets d'avenir, demanderait si Bernie avait toujours l'intention de reprendre du service à la Police Tribale Navajo. Elle saurait qu'il connaissait déjà la réponse, mais plus il parviendrait à retarder le moment où à leur tour ils l'assailleraient d'interrogations, mieux cela vaudrait. Peut-être réussirait-il à l'éviter complètement. Il y avait peu de chances. Son répondeur avait été submergé d'appels en provenance de l'un ou de l'autre. Des tonnes de questions. Pourquoi ne les avait-il pas recontactés pour leur fournir des détails au sujet de la notice nécrologique sur laquelle il avait souhaité qu'ils se renseignent ? En quoi cela l'intéressait-il ? N'avait-il pas définitivement tourné le dos au travail d'enquête ainsi qu'il l'avait prévu ? Était-ce une vieille affaire qu'il souhaitait résoudre en guise d'ultime cadeau d'adieu à son ancien métier ? Ainsi de suite.
Louisa lui avait soumis le choix entre deux solutions. Y aller sans détours, leur faire jurer de garder le secret et leur raconter toute la vérité, rien que la vérité. Ou leur dire simplement qu'il ne pouvait pas leur en parler parce que c'était absolument confidentiel.
- N'oublie pas, Joe, avait-elle insisté, qu'ils sont tous les deux au beau milieu de cet épouvantable réseau de commérages que vous entretenez, dans la police. Ils vont entendre parler des meurtres, de cet échange de coups de feu et de tout le reste, et le temps que ça devienne un récit de deuxième, de troisième et de quatrième main, tout cela va prendre un aspect beaucoup plus horrible que dans l'exposé que tu m'en as fait.
Elle s'était interrompue un moment, avait secoué la tête et ajouté :
- Si pareille chose est possible.
Deux suggestions tentantes, mais pas plus réalistes l'une que l'autre. Chee et Bernie étaient tous deux des policiers assermentés (ou Bernie le serait à nouveau dès que les papiers officiels seraient signés) et il n'ignorait pas qu'en leur racontant tout il les mettrait dans une position intenable d'un point de vue éthique. Un peu la même que celle dans laquelle il se trouvait lui-même, ce à quoi il n'avait vraiment pas envie de penser pour l'instant.
Il décida de réfléchir plutôt à Chee et à Bernie, commença par la façon dont elle semblait déjà exercer une influence civilisatrice sur le sergent, à en juger par les jolis rideaux blancs qu'il voyait aux fenêtres de la maison mobile et, plus spectaculaire encore, par la belle boîte aux lettres bleue et blanche au motif floral remplaçant l'ancienne, en fer-blanc rouillé, qui avait toujours par le passé abrité le courrier de Chee. Même s'il n'y avait pas eu beaucoup de gens pour lui écrire, songea Leaphorn.
Il redémarra et entama la lente descente vers l'habitation. Au même instant, la porte s'ouvrit. Sur le seuil apparut Bernie qui lui adressa un signe de la main, et Chee, juste derrière elle, le visage éclairé d'un immense sourire. Arrête de t'inquiéter, se dit Leaphorn. Tu vas adorer ce moment. Et il ne se trompait pas.
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