Auteur : Sarah Dessen
Traducteur : Frédérique Fraisse
Date de saisie : 29/06/2007
Genre : Jeunesse à partir de 13 ans
Editeur : Pocket Jeunesse, Paris, France
Collection : Grands formats
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-266-17223-3
GENCOD : 9782266172233
Sorti le : 07/06/2007
Pour déchiffrer l'amour...
Annabelle a tout pour être la star du lycée. Première de la classe, aimée par ses parents et... mannequin, la jeune fille se sent pourtant désespérément seule. Abandonnée par Sophie, sa meilleure amie, elle doit aussi affronter le mal-être de sa grande soeur. Et surtout, Annabelle n'a plus personne à qui se confier. Jusqu'au jour où elle rencontre Phil, un fou de musique qui a décidé de toujours dire la vérité en face, qu'importent les conséquences...
Annabelle, qui préfère inventer des histoires pour éviter tout conflit, sera-t-elle capable d'accepter l'amitié de ce garçon si différent des autres ? Lui seul semble capable de déchiffrer son coeur comme une partition de musique.
Du même auteur :
Cette chanson-là
J'avais enregistré le spot publicitaire en avril, bien avant que mon univers bascule, et il m'était sorti de l'esprit. Et puis il y a quelques semaines, sa diffusion a démarré, et là, j'ai eu l'impression qu'on me voyait partout.
Sur les télés suspendues au-dessus des tapis de course dans les salles de fïtness. Sur l'écran installé à la Poste afin de faire oublier les longues minutes perdues dans la file d'attente. Et ici, dans ma chambre, alors que j'étais assise sur mon lit, les poings serrés, incapable de me lever et de partir.
«Voilà revenue cette époque de l'année...»
J'observais cet autre moi-même à l'écran, filmé cinq mois plus tôt, et je cherchais une différence, une preuve visible de ce qui m'était arrivé. D'abord, j'ai été frappée de me voir sans l'intermédiaire d'un miroir ou d'une photographie - je ne m'y suis jamais habituée, même après tout ce temps.
«Les matches de football», déclamait ma voix. En uniforme de pom-pom-girl bleu pastel et queue-de-cheval, je brandissais un mégaphone archaïque décoré d'un K.
«En salle d'étude.» Dans le décor suivant, je portais une jupe à carreaux et un grand pull en laine marron qui, je m'en souviens, me grattait et me tenait chaud en cette belle journée de printemps.
«Et bien entendu, la vie sociale.» Assise sur un banc, vêtue d'un jean et d'un T-shirt à paillettes, je me tournais vers la caméra pour prononcer mon texte pendant qu'un groupe de filles discutait à voix basse à mes côtés.
Le réalisateur, qui faisait ses premiers pas dans le cinéma, m'avait expliqué le concept de sa création en ces termes : «La fille qui a tout.» Ses mains avaient esquissé un petit mouvement circulaire, comme si ce geste suffisait à englober une notion aussi vaste que vague. À ses yeux, cela signifiait posséder un mégaphone, de la jugeote et de nombreux amis. Je me serais sans doute attardée sur l'ironie de ces mots, mais mon moi télévisé était déjà passé à autre chose.
«Une année décisive !» m'exclamais-je dans ma robe rose barrée d'une écharpe qui disait reine du lycée. Un garçon en smoking s'avançait vers moi, la main tendue. Un grand sourire aux lèvres, je m'éloignais à son bras. Mon cavalier, en deuxième année de fac, était resté dans son coin pendant le tournage du spot, même si plus tard, alors que je partais, il m'avait demandé mon numéro. Comment avais-je pu oublier ce détail ?
«Les meilleurs moments, chantonnait à présent ma voix. Les meilleurs souvenirs. Retrouvez les vêtements adaptés à ces précieux instants chez Kopf, votre Grand Magasin de la Mode.»
Gros plan sur mon visage.
Ce spot avait été tourné avant cette fameuse soirée, avant cette histoire avec Sophie, avant ce long été de solitude, de secrets et de silence. J'étais à ramasser à la petite cuiller alors que pour cette fille-là, à la télé... tout allait bien. Pour preuve : sa manière de m'observer de l'autre côté de l'écran, et cette assurance avec laquelle elle regardait le monde au moment où elle ouvrait la bouche pour reprendre la parole.
«Faites de cette nouvelle année la meilleure d'entre toutes.»
J'ai retenu mon souffle, alors que j'attendais déjà la phrase suivante, la dernière, la seule qui était vraie, finalement.
«Il est temps de retourner à l'école.»
L'image s'est figée, le logo Kopf est apparu derrière moi. Encore quelques instants, et ces quinze secondes seraient englouties dans le flot télévisuel et remplacées par une autre publicité ou un bulletin météo. Pas question que j'assiste à ça. J'ai attrapé la télécommande, je me suis zappée et j'ai filé.
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