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Où est passé l'art ? : peinture, photographie et politique (1839-2007)

Couverture du livre Où est passé l'art ? : peinture, photographie et politique (1839-2007)

Auteur : Christian Delacampagne

Date de saisie : 03/07/2007

Genre : Arts

Editeur : Ed. du Panama, Paris, France

Collection : Cyclo

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-7557-0112-8

GENCOD : 9782755701128

Sorti le : 15/03/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Submergés par la " culture ", savons-nous encore ce qu'est l'art ? Rien n'est moins sûr.
Car tout ce qui caractérisait l'art autrefois s'est profondément transformé : le sens du beau, la définition de l'oeuvre, le statut même de l'artiste. Comment une telle mutation s'est-elle produite ? Christian Delacampagne l'explique en détail. Philosophe et historien, il montre quelle révolution picturale a été déclenchée par l'invention de la photographie, et comment l'art a fini par devenir, de Marcel Duchamp à Andy Warhol et au-delà, une pratique sans oeuvres ni artistes.
Une pratique qui, au moment même où l'art semble s'être dissous, bénéficie d'un marché mondial dont le passé n'offre pas d'équivalent. Cette analyse des paradoxes contemporains constitue également une initiation très vivante aux écoles artistiques du XXe siècle.

Christian Delacampagne a été professeur à Johns Hopkins University (Baltimore, USA) après avoir travaillé en Espagne, au Caire, à Tel Aviv et à Boston. Auteur d'une trentaine d'ouvrages, il a publié notamment des travaux d'esthétique (Outsiders : fous, naïfs et voyants dans la peinture moderne, Mengès, 1989 ; Balthus, Cercle d'Art, 2002) et de philosophie politique (Il faut croire en la politique, La Martinière, 2006).





  • La revue de presse Paul François Paoli - Le Figaro du 28 juin 2007

Dans son ultime essai, le philosophe Christian Delacampagne lance une charge virulente contre l'art contemporain. Christian Delacampagne, mort depuis peu, n'a pas raté son dernier livre. Cet homme discret, auteur d'une oeuvre importante touchant aussi bien à l'anthropologie, à l'histoire, qu'à l'art et que l'on peut qualifier de philosophe des idées, était ennemi du tapage...
Delacampagne en appelle à un sursaut de ceux qui prétendent aujourd'hui à la vocation d'artistes, aussi bien dans le domaine des arts plastiques que dans celui de la création littéraire. Il les exhorte à se délivrer du narcissisme auquel les convie notre époque «festive» (P. Muray). En somme à être des créateurs authentiques plutôt que des promoteurs d'eux-mêmes.



  • Les premières lignes

LES HEURES GLORIEUSES DE LA RÉVOLUTION

C'est donc principalement l'histoire de la peinture occidentale au cours des deux siècles qui viennent de s'écouler que je voudrais tenter de relire, afin de comprendre où, quand, comment et pourquoi le train - si l'on peut dire - a déraillé.
Relecture sélective, bien entendu. Car je ne prétends nullement nommer, dans les pages qui suivent, tous les peintres importants, ni tous les mouvements qui ont compté. Mon but n'est pas de dresser un catalogue exhaustif. Il est d'essayer d'apporter une réponse claire à une question précise. En revanche - et je prie d'avance le lecteur de m'en excuser -, il m'est indispensable, pour expliquer ce qui s'est passé en Occident aux XIXe et XXe siècles, de reconstituer en quelques phrases le cadre général dans lequel cette histoire s'inscrit. Bref, de repartir de la façon dont la civilisation européenne a choisi - lors de cette formidable révolution qu'a constitué la Renaissance - de définir la signification et la mission de la peinture.

De la peinture comme représentation

Car il s'est produit, lors de la Renaissance européenne, une véritable révolution esthétique - à replacer dans le cadre d'une mutation plus générale, d'ordre à la fois économique (essor du capitalisme), social (ascension de la bourgeoisie), politique (progrès de la liberté), culturel (naissance des sciences physiques) et religieux (Réforme protestante). Une révolution qui, pour le dire en trois mots, a consisté à inventer le réalisme.
Contrairement aux artistes médiévaux, dont la tâche revenait à illustrer des concepts théologiques au moyen d'un répertoire de symboles plus ou moins contrôlé par l'Eglise, les artistes de la Renaissance se sont en effet proposé comme but de représenter le monde sensible qui les entourait tel que celui-ci apparaissait à leurs yeux.
Bien entendu, la représentation en question, si fidèle qu'elle prétendît être, ne pouvait être absolument naïve. Il lui fallait bien passer, elle aussi, par un minimum de règles en partie conventionnelles, tant il est vrai que toute représentation doit être régie par des principes. C'est pourquoi les artistes de la Renaissance se sont attachés à codifier, en termes géométriques, la théorie de la perspective, sans laquelle il leur aurait été impossible de restituer sur une toile à deux dimensions le sentiment de la profondeur spatiale, fondement indispensable d'une représentation réaliste du monde.
Cela dit, aucun accord définitif entre les peintres ne s'est jamais établi, ni sur cette question de nature scientifique qu'est la question de la perspective, ni sur les autres principes directeurs de toute représentation figurée (songeons, par exemple, aux débats qui ont agité l'âge classique sur le point de savoir s'il fallait accorder la priorité au dessin ou bien à la couleur). Des divergences sont donc apparues, liées aux diffé­rences inévitables entre techniques, régions, écoles, modes et personnalités. Certains artistes (flamands, hollandais, allemands) sont allés dans le sens d'un réalisme intégral. Ils se sont efforcés de représenter la nature dans la totalité de ses aspects, sans en exclure les aspects les plus communs ou les plus disgracieux. D'autres (italiens) sont plutôt allés dans le sens d'un réalisme idéalisé. Ils ont tenté de faire de l'oeuvre d'art une antinature, voire une supernature, plus belle que la nature elle-même. Mais ni les uns ni les autres n'ont jamais cessé de se définir comme réalistes.
Ce n'était sans doute pas la première fois dans l'histoire qu'une telle révolution s'ébauchait, car des aspirations au réalisme se sont fait jour à toutes les époques et dans toutes les cultures (on en rencontre dans les peintures rupestres du paléolithique supérieur, dans les sceaux-cylindres mésopota-miens, dans la statuaire grecque et hellénistique, dans les portraits du Fayoum, dans la peinture romaine et chez les primitifs siennois). Mais c'était la première fois que la révolution en question se produisait d'une manière aussi radicale, aussi systématique et avec une telle ampleur géographique.


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