Auteur : Marie Lenéru
Préface : François Broche
Date de saisie : 28/06/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Bartillat, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-84100-359-4
GENCOD : 9782841003594
Sorti le : 21/06/2007
MARIE LENÉRU (1875-1918) commence à rédiger un journal à l'âge de onze ans, alors quelle passe une enfance paisible en Bretagne. Frappée par une maladie qui entraîne la surdité totale, elle entre dans son monde intérieur. Puis se réfugie dans un stoïcisme volontaire et sceptique, qui lui permet de surmonter son infirmité. Elle confie à sou journal ses états de désarroi et ses combats physiques et spirituels.
Ce journal reflète aussi l'esprit de son époque. Il témoigne des préoccupations dune jeune intellectuelle attentive aux débats contemporains : Schopenhauer, Nietzsche,... Elle lit les auteurs du moment comme Barrés, se compare volontiers à Marie Bashkirtseff dont la notoriété ne cesse de croître. Hantée par la figure de Saint-Just, elle compose un essai sur le révolutionnaire. Sa soif de lectures est immense.
La guerre éclate. Elle se réfugie avec les siens à Lorient. S'opère alors une transformation de son être qui précipite son infortune. Elle disparaît deux mois avant l'armistice, emportée par I épidémie de grippe espagnole.
San Journal, dans la lignée des grands journaux intimes féminins de Marie Bashkirtself. Katherine Mansfield et Catherine Pozzi, de nouveau accessible après soixante ans, permet de lui rendre sa place dans les lettres françaises.
«Une vie humaine, quoi que vous en fassiez, une vie réelle et matérielle est trop peu de chose pour alimenter un talent. Si l'aventure exacte vous est nécessaire, laissez toute espérance. Les souvenirs personnels sont le lit de Procuste de toute invention, et pour moi, observer, c'est inventer, sans cela l'observation d'un homme de génie ne dépasserait pas celle d'un autre.»
31 mars 1911
Accoutume-toi, même aux choses que tu désespères d'accomplir.
MARC-AURÈLE.
Tu restes en deçà du possible. C'est que tu ne t'aimes pas toi-même. Que ceux qui aiment leurs métiers sèchent sur leurs ouvrages, oublient le bain et la nourriture ; mais toi, tu fais moins de cas de ta propre nature que le ciseleur n'en fait de son art, le danseur de sa danse, l'avare de son argent, l'ambitieux de sa folle gloire.
Marc-Aurèle.
Année 1893
Voilà trop longtemps que je suis vague et embrouillée dans mon for intérieur. Il faudrait sérieusement m'étudier pour savoir de quel côté faire tourner la barre.
Voilà cinq ans de vie intellectuelle, mon imagination a fait le tour des choses, mais j'ai laissé traîner toutes mes idées au point que je ne sais plus où j'en suis.
J'en souffre parce que je mène une vie qui m'est inférieure. Malgré mon horreur des journaux intimes, il m'arrivera de me permettre ces protestations contre moi-même, parce que c'est un stimulant.
Et puis, ne parlant plus, j'ai besoin d'être maîtresse de mon style, je le sens trop pauvre et il m'est trop insuffisant.
Brutul, mardi 5 septembre 93.
Rien de grand n'a été fait en ce monde avec de faibles convictions et Dieu semble avoir condamné toutes nos défaillances avec une parole : Homme de peu de foi ! Il est évident qu'il faut savoir ce que l'on fait avant de jouer sa vie ; j'ai assez de foi pour vivre comme tout le monde, mais pour faire ce que je veux faire, non.
J'ai dix-huit ans, j'ai tout souhaité, tout prévu, tout imaginé, tout attendu, le divin comme l'humain, le suprême beau moral dans l'ensemble de toutes les vanités. Mon programme d'enfant était la grande sainteté cloîtrée, mais après l'abandon d'un luxe royal. Personne n'aura fait de ses ambitions fantastiques une machine d'un fonctionnement aussi régulier, aussi calme, aussi quotidien, aussi entêté.
Le comble de toutes les prospérités me semblait tellement indispensable à l'existence, que je n'en revenais pas de la facilité avec laquelle les hommes s'en passent.
Brest, 8 décembre 93.
Il me faut réagir, me donner des preuves de mon existence. Je m'endors dans une vie qui n'est pas la mienne.
J'aurai beau faire, je ne pourrai plus être heureuse comme une autre. Les objets matériels me charment toujours - je parle du luxe de ma toilette - mais ils me dégoûtent quand ils m'ont pris une heure de ma vie intellectuelle et morale.
Ce n'est pas assez d'être fatiguée d'une épreuve inutile, d'un travail sans progrès, d'une volonté sans ressort et sans durée : il faut vouloir. Tout ce qu'on a voulu sur la terre, comme tout ce qui le sera jamais, sera accompli. Or, quelle est cette puissance, qui, ne dépendant que d'elle-même, se passe de toutes les autres ?
Copyright : Studio 108 2004-2009 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli