Date de saisie : 27/06/2007
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Syllepse, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-84950-137-5
GENCOD : 9782849501375
Sorti le : 18/06/2007
Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, la terre comptera bientôt plus d'urbains que de ruraux. Vers 2050, les deux tiers de la population mondiale vivront dans les villes, en particulier dans celles du Sud qui absorberont quelque 90% de l'explosion démographique. Trait marquant de cette hyperinflation urbaine : la croissance vertigineuse des bidonvilles, terreaux de production et de reproduction de la misère. Près d'un milliard de personnes s'y entassent, plus de deux milliards dans vingt ans. La fracture «villes-campagnes» s'est transportée au coeur de la cité, faisant voler en éclats le lien supposé mécanique entre urbanisation, croissance et développement. Cette forme d'urbanisation trouve en grande partie son origine dans la restructuration néolibérale imposée aux économies du Sud depuis les années 1980. Les populations rurales ont cherché en ville le salut, tandis que, sur fond de crises, les ajustements préconisés détricotaient les fragiles filets sociaux urbains et plongeaient des millions de travailleurs dans la précarité et l'informalité. Face aux catastrophes sociales et environnementales annoncées, les solutions de l'ingénierie onusienne - gestion urbaine décentralisée, «bonne gouvernance», projets ciblés, partenariat public privé... - ne s'attaquent pas à la racine des problèmes. Au-delà des diverses stratégies de survie, initiatives populaires et mobilisations alternatives tentent de changer la donne, mais l'insatisfaction des parias de l'urbanisation prend aussi des formes tragiques.
Explosion urbaine et mondialisation
Laurent Delcourt
La croissance des inégalités et de la pauvreté urbaines, dont l'explosion des bidonvilles est l'expression la plus forte, résulte d'un modèle d'«urbanisation sans développement» induit par les ajustements structurels et le «tout-au-marché». La ville néolibérale, lieu de polarisation extrême, apparaît à la fois comme le support privilégié et l'horizon ultime d'une certaine mondialisation.
«Les qualités de la vie urbaine au 21e siècle définiront les qualités de la civilisation elle-même. Mais si l'on juge superficiellement l'état des villes mondiales, les générations futures ne trouveront pas que cette civilisation soit particulièrement conviviale» (Harvey, 2001).
L'humanité vient de franchir un cap historique. Selon le dernier rapport d'ONU-Habitat (UN-Habitat, 2006), le monde compte désormais plus d'urbains que de ruraux. Du fait de l'imprécision des statistiques, peut-être cette transition démographique, révolution silencieuse s'il en est, a-t-elle déjà eu lieu au tout début de la décennie. Quoi qu'il en soit, la tendance séculaire à l'urbanisation, loin de s'essouffler, devrait se poursuivre. En 2030, les villes abriteront 5 milliards d'êtres humains sur un total de 8,1 milliards, soit deux tiers de la population mondiale. Si la croissance démographique urbaine se maintient au rythme actuel, les villes accueilleront encore chaque jour pas moins de 180 000 nouveaux citadins (nouveau-nés et migrants), l'équivalent chaque année de presque deux fois la ville de Tokyo (près de 35 millions d'habitants) !
La population rurale, quant à elle, commencera à décroître à partir de 2015. Entamant alors une courbe descendante (- 0,32% par an), la campagne se videra de quelque 155 millions de ruraux sur quinze ans Qusqu'en 2030). C'est dire que le pouvoir d'attraction qu'exercent les lumières de la ville sur le monde rural n'est pas prêt de faiblir. Les villes, pour paraphraser Braudel, resteront voraces et continueront à absorber incessamment les paysans (1986). Au moins pour un temps ! Jusqu'en 2050 peut-être, quand la planète aura semble-t-il atteint son maximum démographique de 10 milliards d'habitants, dont trois quarts d'urbains.
Ce boom urbain concernera principalement les pays du Sud. D'après ONU-Habitat (UN-Habitat, 2006), 95% de cette ultime poussée démographique des villes aura lieu dans les zones urbaines des pays du tiers-monde. Leur population, qui augmente en moyenne deux fois plus vite que les taux de croissance nationaux, devrait doubler au cours de la prochaine génération pour atteindre le chiffre hallucinant de 4 milliards de personnes (80% de la population urbaine mondiale). D'une région à l'autre, la forme, le rythme et le niveau d'urbanisation ne seront toutefois pas identiques.
Aussi, l'Amérique latine, fortement urbanisée, a entamé sa transition urbaine voilà déjà près de deux décennies. Après le boom démographique et migratoire des années 1950-1980, encouragé dans un premier temps par les politiques de substitution aux importations, le taux de croissance urbaine s'est considérablement ralenti pour se stabiliser actuellement à 2,3%. Seuls l'Amérique centrale, certains pays andins et des Caraïbes continuent à enregistrer des taux d'urbanisation supérieurs à la moyenne régionale.
Certes, pas aussi importants que le continent asiatique qui affiche des taux annuels de 2,9% (Asie du Sud) à 3,8% (Asie du Sud-Est). Ici, ce sont les processus migratoires qui alimenteront principalement la croissance des villes. Le cas de la Chine est à ce titre emblématique. On estime que 200 millions de Chinois ont quitté la campagne pour la ville depuis la fin des années 1970. Et au cours de la prochaine décennie, 250 à 350 millions de paysans devraient les y rejoindre (Davis, 2006) !
Mais si l'Asie, et en particulier la Chine, compte d'ores et déjà le plus grand nombre de citadins de la planète (50% du total), c'est à l'Afrique que revient le «privilège» de connaître la croissance urbaine la plus forte, soit un taux annuel de 4,8% pour l'ensemble du continent. Entre 1950 et 2000, sa population urbaine a été multipliée par 9, passant de 32 à 279 millions de personnes. Plus d'un Africain sur deux devrait vivre en ville en 2015 (53,5% contre 39,7% actuellement); environ 87% de la population totale, selon certaines estimations, en 2050 (Nolan, 2006).
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