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Le Maroc

Couverture du livre Le Maroc

Auteur : Pierre Vermeren

Date de saisie : 27/06/2007

Genre : Sociologie, Société

Editeur : le Cavalier bleu, Paris, France

Collection : Idées reçues. Histoire & civilisations, n° 140

Prix : 9.00 € / 59.04 F

ISBN : 978-2-84670-168-6

GENCOD : 9782846701686

Sorti le : 21/06/2007

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Le Maroc
Histoire & Civilisations

«La France est l'amie du Maroc» ■ «Le Maroc vit du tourisme» ■ «Le vrai Maroc, c'est les villes impériales, pas Casablanca !» ■ «Les Marocains sont différents des Algériens» ■ «La monarchie marocaine tient par la force» ■ «Les Marocains sont tolérants»...

Issues de la tradition ou de l'air du temps, mêlant souvent vrai et faux, les idées reçues sont dans toutes les têtes. L'auteur les prend pour point de départ et apporte ici un éclairage distancié et approfondi sur ce que l'on sait ou croit savoir.

Pierre Vermeren est maître de conférences en histoire du Maghreb contemporain à l'université Paris I. Auteur de nombreux ouvrages consacrés au Maroc, il a enseigné plusieurs années au lycée Descartes à Rabat. Œil de la France en Afrique, passerelle avec le monde arabe, le Maroc a toujours bénéficié d'une grande sollicitude de la part de la France qui, au travers de ses élites politiques et artistiques, a aussi largement contribué à ce Maroc des «idées reçues» que l'auteur décrypte ici.





  • Les premières lignes

Introduction :

Le «Maroc des Français» est bien éloigné du Maroc réel. Ce Maroc imaginaire est à lui seul une «idée reçue», dûment fabriquée, une représentation intellectuelle affranchie des contingences, mais qui n'est pas le fruit du hasard. Au Moyen Âge, le royaume des Maures a été une source de frayeur, dans le souvenir des invasions arabes du VIIIe siècle. Les attaques des Sarrasins sur les littoraux du Midi, puis l'agressivité des corsaires barbaresques, parfois issus de Salé, ont nourri une peur diffuse. Au XVIIe siècle, les Maures deviennent une source d'inspiration littéraire, à laquelle sacrifient Corneille {Le Cid, alias El Sid) ou Molière, ravivée par le séjour des chrétiens captifs en terre d'Islam. Au XXe siècle, le pays des Maures se fait Maroc. Hubert Lyautey, le conquérant colonial de ce vieux pays, le fait entrer dans le monde des représentations françaises. Depuis un siècle, le royaume du Maroc incarne l'Autre dans sa plénitude : le Maroc, c'est un sultan aux portes de l'Europe, l'Islam, «l'Orient», le désert, et cette royauté que la France a répudiée, mais qui fascine toujours ses élites. Il suffit, pour s'en convaincre, de feuilleter les magazines à grand tirage, lorsqu'ils évoquent «Notre ami le roi».
L'avènement de Mohammed VI en 1999, puis le passage à l'après Chirac, ne modifient pas en profondeur cette relation. Car le Maroc des «idées reçues» est mis en scène par le show business qui l'esthétise, par le monde des affaires qui le chérit, par le monde littéraire qui le mythifie, et par les élites politiques qui aiment à s'y délasser...
Mais pour les Français dans leur ensemble, le Maroc est d'abord une destination touristique. Depuis les croisières Paquet qui ont «lancé» Tanger, Casablanca ou Mogador dans l'entre-deux-guerres, le Maroc apparaît comme un pays de cocagne. La méfiance du roi Hassan II envers le tourisme, dont il craignait qu'il ne perturbe son «cher peuple», a ralenti le mouvement. Mais depuis peu, le circuit des villes impériales, les dunes de Merzouga et les plages atlantiques ont repris leur place chez les tours operators. Or le tourisme est un miroir déformant qui prédispose aux idées reçues. Des terrasses d'un ryad, du balcon d'un hôtel ou des vitres fumées d'un autocar, le Maroc est un pays en quadricolore, sans odeurs ni saveurs, et les Marocains les figurants de leur propre vie, sans épaisseur sociale, politique ou humaine.
Ainsi, les élites françaises et le prisme touristique altèrent le regard des Français sur ce pays, sans entamer des représentations anciennes, souvent nées à l'époque coloniale ! Sur le pays, sur son roi, mais aussi sur le peuple marocain, les Français nourrissent bien des a priori, que rien ne semble pouvoir modifier. Il est rare que les Français émettent une opinion balancée sur le Maroc ou sur son roi. Le pays est présenté sans nuances en terre d'opulence ou en terre de mis­ère, et son roi caricaturé en autocrate dispendieux ou en ami des arts et des lettres. En réalité, ce pays questionne davantage qu'il ne laisse indifférent.
Ce sont en définitive les Marocains eux-mêmes, l'image qu'ils renvoient, ainsi que leurs comportements, qui font consensus. En ce domaine, les Marocains ne peuvent échapper à la comparaison avec leurs «frères» algériens. Les Français ont tant d'idées reçues sur ces derniers, tour à tour aimés ou combattus, que les Marocains subissent cette ombre portée. Il n'est pas sûr que les Marocains soient per­dants à ce jeu. Seule la vérité pourrait en souffrir.


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