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Au pays des Sinagots

Couverture du livre Au pays des Sinagots

Auteur : Jean Richard

Date de saisie : 27/06/2007

Genre : Histoire

Editeur : Découvrance, La Rochelle, France

Prix : 13.00 € / 85.27 F

ISBN : 978-2-84265-518-1

GENCOD : 9782842655181

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Jean Richard rend hommage aux anciens et transmet dans ce livre la mémoire des Sinagots, habitants-pêcheurs, mais également embarcations traditionnelles du Golfe du Morbihan.
C'est un document authentique.

«...Le ramandage des filets en coton, donc putrescibles, était quotidien. Maintenir la solidité des voiles nécessitait la cueillette de croûtes de pins qu'il fallait ensuite piler pour les mettre en poudre, les dissoudre dans de Veau bouillante avant d'étendre cette espèce de pâte sur les voiles à même le sol. Les croûtes donnaient à l'eau une coloration rouge dont s'imprégnaient les voiles...»





  • Les premières lignes

Au pays des Sinagots.

Extrait de l'avant-propos :

Nos grands-parents qui habitaient la commune de Séné, située au fond du golfe du Morbihan, étaient certainement plus proches, dans leur façon de vivre, des hommes du Moyen-âge que de nous autres. Que de changements en cinquante ans ! Témoin un peu jeune de cette transformation, voyant disparaître, les uns après les autres, ceux qui, adultes à cette époque, m'ont apprit à écouter, à regarder. J'ai pensé qu'il me fallait conter toute cette jeunesse passée près d'eux, comme on feuillette un vieux livre chargé d'histoires.

«Écrire un livre avant l'âge de quarante ans est prétentieux et maladroit» a écrit Ernest Renan ; j'en ai soixante aujourd'hui, il est temps de mettre à exécution ce qu'un vieux pêcheur, Julien Cadéro, m'a dit un jour en me remettant quelques feuilles retraçant ses souvenirs : «Tiens, prends-les, j'aimerais que tu les lises». J'ai cru voir dans son geste comme une sorte de message qu'il me demandait de transmettre. J'étais pour lui une charnière entre le passé et le futur. Il est vrai qu'entre les milliers de coups d'aviron (il les comptait) qu'il donnait pour rejoindre, en canot, la presqu'île de Séné à celle de Sarzeau et les milliers de kilomètres parcourus par une fusée habitée pour rejoindre la lune, il y avait de quoi être perturbé par la rapidité avec laquelle les choses évoluaient. Auparavant quelques voitures, le téléphone, et surtout la télévision avaient déjà donné un avant-goût de cette transformation menée à toute allure.

J'ai assisté à cette métamorphose ! Après une enfance marquée par la guerre et une éducation religieuse omniprésente, «qui me fit avoir mon quota de messes et de prières pour ma vie durant», j'ai grandi au milieu de tout ce petit monde que constituaient les habitants de Séné, les Sinagots. Élevé par une grand-mère qui entendait mieux le breton que le français, j'ai été amené à parler cette langue sans savoir la lire ni l'écrire bien sûr !

J'ai vécu près des anciens, des moments intenses. Le vocabu­laire imagé qu'ils employaient pour s'exprimer, m'a donné des fous rires, et ils en rajoutaient s'ils voyaient que ça plaisait. J'ai toujours recherché leur compagnie.

Ayant eu le privilège, à cette époque, de mener de front études secondaires et travail manuel, il m'est arrivé de regretter de n'être pas né plus tôt pour être plus longtemps près d'eux, regretter aussi de n'avoir pas connu mon grand-père. J'aurais tant voulu qu'il me prenne les mains lorsque j'étais enfant. Je le vois attirer mon attention sur ceci ou cela. Pauvre grand-père mort à 34 ans ! son nom figure sur le monument aux morts parmi ses collègues ; il connut la guerre, mon père aussi, moi aussi ! C'était devenu chose normale !

Après beaucoup d'hésitations, j'ai donc décidé d'écrire ces quelques pages pour rendre hommage à nos anciens, faire connaître aussi aux jeunes d'aujourd'hui ce que fut notre jeunesse, pendant et après la guerre, l'occupation allemande, notre adolescence où beaucoup durent aller se faire voir ailleurs pour vivre, révolution de la pêche, l'ostréiculture avec la disparition de l'huître plate, l'arrivée en masse d'une nouvelle population et sans oublier les moments où, jeunes et moins jeunes se côtoyaient dans les cafés, qui n'avaient rien à envier aux pubs irlandais, pour y passer des soirées inoubliables et où, le braconnage tenait une bonne place dans les conversations.

Si vous demandez à un enfant quelle est la plus jolie maman, il vous répondra que c'est la sienne ! Si vous demandez à un Sinagot de la presqu'île, qu'il ne faut pas confondre avec les habitants de Séné venus d'ailleurs, quel est le plus beau clocher ? il vous répondra le sien. Avouez qu'il est difficile d'aimer autant son pays. Ah ce clocher ! Son aspect si particulier est dû au désaccord des élus municipaux qui, lors de sa construction, bloquèrent les travaux en attendant qu'une solution fut trouvée, et comme celle-ci tardait à être prise, on le chapeauta provisoirement. Cela devint définitif.


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