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D'Entrecasteaux à la recherche de La Pérouse : Deux sabots sur la mer

Couverture du livre D'Entrecasteaux à la recherche de La Pérouse : Deux sabots sur la mer

Auteur : Jean-Pierre Ledru

Date de saisie : 27/06/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Découvrance, La Rochelle, France

Prix : 25.00 € / 163.99 F

GENCOD : 9782842655211

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  • La présentation de l'éditeur

D'Entrecasteaux à la recherche de La Pérouse

Contraint de fuir sa chère Normandie, François Décamp, marin pêcheur inscrit maritime à Fécamp, se retrouve à Brest. Dans ce port, au comble de l'agitation, la Recherche et l'Espérance sont en armement. Elles doivent naviguer de conserve dans une expédition commandée par Bruni d'Entrecasteaux. Le Normand est engagé comme aide-pilote à bord de l'un des navires. Louis XVI a confié au contre-amiral deux missions : celle de porter secours à La Pérouse - parti de Brest en 1785 et dont on est sans nouvelles - et celle de découvrir de nouvelles ressources dans les terres australes inconnues. Réparties sur les deux fausses frégates, 222 personnes, dont 12 savants, franchissent le goulet de Brest le 28 septembre 1791
Le 5 février 1795, une vingtaine de rescapés de l'expédition reviennent à Brest.
A travers le regard de François Décamp - le héros principal de ce roman historique - Jean-Pierre Ledru, après de patientes et minutieuses recherches dans les documents d'époque, nous fait revivre ces quatre longues années de découvertes et de souffrances sur les mers du Sud. Années durant lesquelles les événements politiques vont se bousculer et transformer la France.

Jean-Pierre Ledru est un ancien marin de la marine marchande, fils de marin et petit-fils de cap-hornier. Normand de coeur, il est membre du Centre Havrais de Recherches Historiques.




  • Les premières lignes

LA FUITE

La Normandie était superbe par cet après-midi du 26 août 1791. Le soleil avait accompagné les travaux des champs depuis déjà une bonne dizaine de jours. Il avait hâlé les visages et fait resplendir les sourires des moisson­neurs. Maurice, le charretier, aidait au recul de son chariot à grand renfort de jurons. Les fers des quatre chevaux glissaient sur les pavés de la cour. Arc-boutés, têtes et babines relevées, le souffle rageur, ils ne semblaient guère apprécier cette situation. Dans ce tumulte, les aboiements du chien annonçant le franchissement du portail par deux cavaliers, étaient passés inaperçus.
L'intense rayonnement solaire jouait de ses reflets sur le harnachement des bêtes et des hommes. Ces clinquants caractérisaient la haute fonction de gendarme.
Personne n'avait fait attention à eux. Le brigadier avait mis le pied-à-terre et passé les rênes autour de la manivelle du puits. Sans perdre un instant, la bête avait plongé ses naseaux dans le grand abreuvoir de pierre qui jouxtait la margelle. Tout était redevenu calme. Langue pendante, Ficelle, le chien s'était remis à l'ombre, dépité du peu d'intérêt que l'on avait porté à son alerte. Le Pandore avait jeté un coup d'oeil à la ronde puis il avait sorti de sa poche un de ces grands mouchoirs blancs aux lignes bleues entrecroisées qui garnissent si bien les cous de la paysannerie cauchoise. Après avoir essuyé l'intérieur de son drôle de chapeau, il s'était épongé consciencieusement le visage. Ce geste de bien-être avait été aussitôt suivi d'un grand soupir d'homme accablé... Se souvenant tout à coup de l'importance qu'il représentait, il s'était épousseté puis avait rajusté son uniforme dans un cliquetis d'armes et d'éperons.
Se jugeant digne de son serment, il avait allongé le pas vers le corps d'habitation de la ferme. Son collègue et subalterne, resté sur sa monture, éventait sa face rouge et luisante en bougonnant contre ce cheval qui le déséquilibrait en se penchant pour boire.
Juchée au sommet du chariot qui venait d'être placé dans la cour, Marie était couchée, le bras négligemment passé dans le lien assurant la stabilité du chargement de paille encore gorgée de blé mûr. La jeune fille goûtait à cet instant de repos si rare en cette période de moisson. De sa place privi­légiée, sa vue couvrait la quasi-totalité de la cour.
La maîtresse des lieux, Antoinette, était occupée à plier le linge de la lessive de la veille en compagnie de Même Yvonne. La grande salle commune était sombre et fraîche ; seule la clarté du drap qu'elles tendaient était visible de l'extérieur. Antoinette s'était aperçue de la présence du militaire lorsque sa silhouette s'était découpée à contre-jour dans l'encadrement de la porte.
- Bonjour citoyenne !
La patronne, son amie de longue date, avait été surprise de ce qualifi­catif officiel et c'était avec un grand éclat de rire qu'elle avait fait face à son interlocuteur.
- D'puis quand qu'tu m'traites de «Citoyenne» Raquin tu t'prends ben au sérieux dans l'heure !
Frustré, le représentant de la loi s'était mis à bafouiller.
- Je... Bèh... Y-a que j'suis en mission aujourd'hui.
Gauche et rougissant, le brigadier en mal de contenance, avait alors fouillé dans sa sacoche de cuir blanchi.
- Oh oh ! Ecoute don bien l'officier Pierre Raquin, grand-mère... Il est en mission tu sais !
La conversation du perron avait éveillé Marie engourdie par sa somno­lence ensoleillée. Apercevant les uniformes du haut de sa paille, elle avait tendu l'oreille vers la masure.
- Le Citoyen Décamp... François Décamp est ti là ?
La jeune fille avait sursauté lorsque ce nom avait été prononcé. Elle avait soudain deviné le motif de la visite des gendarmes. Un grand trouble l'avait envahie. Seule la gravité du moment l'importait. Elle savait que cette minute de conversation allait bouleverser ses plus intimes projets...
Il pouvait être quatre heures de l'après-midi, Marie les joues en feu avait sauté dans le grenier et s'était laissée glisser du tas déjà haut. L'odeur, la poussière et la chaleur rendaient l'atmosphère irrespirable. Profitant d'un trou providentiel dans le torchis enserré entre les colombages, elle s'était vite retrouvée dehors. Quelques enjambées lui avaient suffi pour parvenir au sommet du talus planté de sa double rangée de hêtres. Elle se trouvait alors hors de la cour-masure de Maître Frébourg.


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