Auteur : Noreen Mackey
Traducteur : Florence Leroy
Date de saisie : 26/06/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Salvator, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-7067-0490-1
GENCOD : 9782706704901
Sorti le : 20/06/2007
Il est absolument essentiel qu'à un moment de la quête spirituelle, toutes les ressources, tous les projets, tous les espoirs et les rêves soient emportés. C'est un moment de crise. Il faut choisir : abandonner la quête, la croyant sans espoir, ou se tourner vers Dieu de la manière la plus absolue, et lui permettre d'être Dieu. Si l'on choisit la seconde option, Dieu est enfin libre d'agir comme il le veut, et il dirige la vie selon ses voies. Ce voyage intérieur, étonnamment, se tricotait avec le voyage extérieur, de sorte que j'étais de plus en plus envahie par le sentiment que tout dans ma vie se simplifiait et s'unifiait.»
Noreen Mackey
Toute personne en quête d'authenticité pourra se retrouver dans cette aventure spirituelle, qui conduit une avocate de renommée internationale, marquée dès l'adolescence par les écrits de Jean de la Croix, à se confronter à son humanité la plus profonde et à en ressortir transformée.
Noreen Mackey, née à Dublin, a été avocate à la Cour de justice des Communautés européennes, à Luxembourg. Après une année et demie passée dans un carmel quelque part en France, elle a choisi de reprendre son activité d'avocate en Irlande.
TROIS ANS AVANT Aubépine. Avocate à la Cour européenne de justice à Luxembourg, je vivais dans un petit immeuble crème, rue de Bourgogne. Les fenêtres de mon séjour carrelé de blanc ouvraient sur un balcon surplombant la forêt de Beggen. J'y avais installé une petite table blanche et deux chaises, et des jardinières débordant de géraniums roses et rouges. Un verre de vin à la main, je passais là à lire de longues soirées d'été. La voix nasale et aiguë de Paul Simon s'élevait dans l'air du soir. Elle s'harmonisait parfaitement avec l'instant, et je me rappelle encore ces chansons : You Can Call Me Al ; Diamonds on the Soles of her Shoes ; René and Georgette Magritte with their Dog after the War ; Train in the Distance. Souvent, le livre s'échappait de mes mains, et je me laissais envahir par une quiétude qui n'était qu'en partie due au vin et à la musique. Perdue dans de vagues pensées, je passais des heures à regarder les arbres, jusqu'aux collines, au loin. Elles s'évanouissaient lentement dans l'obscurité, et des lumières s'allumaient une à une, tels les yeux d'un animal luisant dans la nuit. Le disque fini, je me perdais dans la nuit et le silence.
Un soir de juin, je m'étais installée comme d'habitude dans mon fauteuil préféré, un disque de Paul Simon en fond sonore, impatiente de me plonger dans mon livre. Face à un nouveau livre, je ressens toujours un agréable sentiment d'impatience, comme lorsque j'ai faim et que je m'assois à une table bien dressée. Je lus les premières pages, sans parvenir à fixer mon attention. Pourtant, le livre avait eu de bonnes critiques, plusieurs personnes que je connaissais l'avaient aimé. Il m'arrivait de plus en plus fréquemment, cet été-là, de ne pas pouvoir me concentrer sur ma lecture, sans que je comprenne pourquoi. Peut-être était-ce à cause du livre ? Je rentrai chercher autre chose. Accroupie devant les étagères, je passai en revue différentes possibilités, mais aucune ne m'attirait vraiment. Soudain, mon regard fut accroché par la couverture pourpre d'un livre de poche assez épais, tout au fond d'une étagère. Il s'agissait du Cantique spirituel, oeuvre d'un mystique du XVIe siècle, saint Jean de la Croix, dans la traduction de E. Allison Peers. Cela faisait des années que je ne lui avais pas accordé un regard. Distraitement, je l'ouvris à la page du célèbre poème, et lus les premières lignes :
Où T'es-Tu caché, Ami,
Toi qui me laissas dans les gémissements ?
Pareil au cerf, Tu as fui,
M'ayant navrée ; après Toi
Je sortis, criant, et Tu étais parti !
Décrire ce qui se passa ensuite est difficile. Comment peut-on être à la fois bouleversé par le déchirement du deuil et, en même temps, saisi par la joie des retrouvailles après une longue absence ? Je retrouvais ce que j'avais perdu en même temps que je prenais conscience de l'avoir perdu. Je sortis sur le balcon en tenant mon trésor, le visage inondé de larmes. Aujourd'hui encore,j'ignore si ces pleurs étaient tristes ou joyeux. Mais une chose est sûre : c'étaient des larmes de guérison. Je restai assise très tard cette nuit-là, fascinée par la magie des mots que je lisais et la promesse qu'ils contenaient.
Les îles prodigieuses,
Les fleuves au bruit puissant,
Le sifflement des vents porteurs de l'amour.
Et j'ai la nuit apaisée
Qui laisse deviner l'éveil de l'aurore,
Le concert silencieux,
La solitude sonore,
Le souper qui récrée et énamoure.
Cette nuit-là, comme aurait pu le dire Paul Simon, j'avais rencontré mon ancien Amour.
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