Auteur : Abdelhafid Hammouche
Préface : Philippe Fritsch
Date de saisie : 27/06/2007
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Presses universitaires de Strasbourg, Strasbourg, France
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-86820-297-0
GENCOD : 9782868202970
Sorti le : 22/01/2007
Comment penser ensemble la situation des primo-migrants et des enfants d'immigrés, que ce soit dans l'enceinte familiale aussi bien que dans l'espace public - en tenant compte des modifications observées pendant les cinquante dernières années ? Les changements qu'ont vécus les premiers et les seconds découlent certes des conditions socio-économiques et des dynamiques urbaines, mais aussi des relations entretenues des uns avec les autres ainsi que du lien avec le pays d'origine des parents (qui s'est progressivement transformé). C'est en inscrivant les processus de recomposition dans l'histoire des familles et des espaces urbains que les transformations multiples au sein des couples, des fratries, des relations parents-enfants, etc. prennent tout leur sens.
Ces recompositions culturelles tendent aussi à restructurer le débat public par suite des engagements des uns et des autres dans l'espace public - de sorte qu'il est devenu patent que ces problèmes ne se limitent pas aux seuls migrants : ils concernent la société en son ensemble, comme l'attestent les débats toujours renaissants sur l'immigration et les banlieues.
Extrait de la préface de Philippe Fritsch :
Il est généralement admis que les migrations ont joué un rôle primordial dans l'histoire de l'humanité et même, plus généralement, dans les divers peuplements de la biosphère. Il est non moins admis que ces mouvements migratoires ont entraîné non seulement des rapports conflictuels - «les grandes invasions», comme on dit dans les manuels d'histoire de France - mais aussi des échanges de tous ordres. Il est également entendu que ces dynamiques violentes ou pacifiques ont eu à la fois des effets de tension, de domination et de restructuration dans les diverses sphères d'activité, en particulier dans tout ce qui a trait à la culture au sens anthropologique du terme. C'est bien de cette thématique que relève le livre d'Abdelhafid Hammouche qui, fort heureusement d'ailleurs, ne se situe pourtant pas à ce degré de généralité.
Certes, l'auteur prend pour objet les «recompositions culturelles» et les «dynamiques sociales en situation migratoire», mais cette «sociologie» se construit à partir d'un travail de recherche sur des matériaux empiriques et c'est déjà un des atouts majeurs de cet ouvrage. Localisées et datées, ces données proviennent, d'une part, des premières enquêtes qu'il a menées auprès de la population du quartier du Marais à Saint-Etienne - et il s'agit de l'immigration algérienne en France -, d'autre part, de travaux plus récents ayant pour terrain des quartiers dits «sensibles» de villes telles que Lyon et Saint-Etienne ou des «villes-banlieues» de ces mêmes agglomérations. C'est dire que si les questions sont de portée générale, elles ont été reformulées en tenant compte de la spécificité à la fois d'une situation migratoire d'ailleurs diachroniquement évolutive et d'une population certes identifiée par l'origine nationale plus ou moins lointaine mais dont la composition, les conditions d'existence, les caractéristiques comme les relations ont varié dans le temps.
S'il n'est donc pas nouveau, ce thème ne manque pas non plus d'être actuel. Mais cette actualité est dominée par un discours d'Etat (national ou européen) qui, pour l'essentiel, dénonce «l'immigration irrégulière», affiche sa fermeté contre «les clandestins» et annonce le renforcement des dispositifs de «maîtrise des flux» ou de contrôle et de refoulement. Elle l'est aussi - et Abdelhafid Hammouche y insiste - par les évocations récurrentes d'une crise multiforme (de «l'intégration à la française», de l'autorité, des «jeunes de banlieue», des «territoires sensibles», etc.) qui toucherait particulièrement la population immigrée ou «issue de l'immigration». C'est une autre des qualités de ce livre que de prendre appui sur cette actualité sans s'y soumettre, c'est-à-dire en sachant se tenir à distance des problématisations médiatiques et en les concevant comme faisant partie du réel à comprendre. Sans ignorer donc ces manières d'énoncer les problèmes qui sont en débat dans l'espace public mais sans s'y attarder, l'auteur annonce d'entrée de jeu qu'il se propose de «penser l'individuation» de ceux que ces énoncés prennent pour cible ou, plus encore, qui font l'objet de ces «"visions" partielles».
Pour atteindre cet objectif cognitif, Abdelhafid Hammouche nous invite d'abord à interroger de nouveau les données établies et réunies au cours de ses premiers travaux de recherche. L'enquête menée auprès de la population algérienne de Saint-Etienne portait sur la vie sociale de ces émigrés-immigrés, en particulier dans le quartier du Marais, et surtout sur les mariages contractés au sein de cette population au cours d'une vingtaine d'années, de 1960 à 1982. Ces Algériens, après des Espagnols, des Polonais, des Italiens et des Grecs, ont formé la dernière vague de travailleurs immigrés de ce quartier-usine, en plein essor industriel dans les années soixante, avant de laisser place à une zup après fermeture de l'entreprise qui lui avait donné naissance dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Évoquer ainsi cette histoire locale, c'est rappeler qu'elle s'inscrit dans celle des flux migratoires liés à l'histoire industrielle et qu'à ce titre son étude a une tout autre portée que celle d'une monographie, mais c'est aussi pointer l'inscription de ces dynamiques sociales (étudiées, pour ainsi dire, à nouveaux frais) dans un espace urbain diachroniquement transformé au gré des aléas économiques et des politiques publiques.
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