Auteur : Debra Dean
Traducteur : Sabine Boulongne
Date de saisie : 27/06/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Grasset, Paris, France
Collection : Roman
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-246-70921-3
GENCOD : 9782246709213
Sorti le : 04/04/2007
Marina se rend au mariage de son petit-fils, mais tout se mélange et se fissure dans son esprit. Elle, qui a fui, quarante ans plus tôt, sa Russie natale, était guide au musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg. Elle se souvient de juin 1941 : l'armée allemande pilonne la ville, les employés du musée se terrent dans les caves. Ils remontent parfois à la surface, la terreur au ventre, pour sauver les chefs-d'oeuvre de l'Ermitage : sous le sifflement des bombes, on s'active, on décroche et on emballe les Rembrandt, les Raphaël... On les expédie loin de la guerre. Des éclaircies de calme et de silence viennent ponctuer cette fin du monde. Entre rêves et décombres, Marina parcourt alors les salles désertes du musée. Devant les cadres désormais vides, elle apprend à ressusciter, par la parole, le regard et les élans de la chair, les toiles disparues - et bien plus encore...
Roman de la joie et de la beauté qui subsistent au creux des heures les plus noires d'une vie, Les Madones de Leningrad est un inoubliable portrait de femme et un hymne incandescent aux pouvoirs de l'art et de l'amour.
Originaire de Seattle, Debra Dean a été actrice pendant dix ans à New York avant de se tourner vers la littérature. Accueilli avec enthousiasme par les lecteurs et la critique aux Etats-Unis, son premier roman, Les Madones de Leningrad, fait déjà le tour du monde.
Par ici, s'il vous plaît. Nous sommes dans la Grande Verrière, la salle de l'art espagnol. Les trois salles à verrière ont été conçues pour accueillir les plus grandes toiles des collections. Levez les yeux. L'immense voûte et la frise, avec leurs arabesques moulées et dorées, ressemblent à une pièce montée. La lumière blonde comme les blés inonde le parquet, et les murs sont peints d'un rouge somptueux imitant les tentures d'origine. Chacune des salles à verrière est ornée de vases exquis, de candélabres sur pied et de tables à plateaux composés de pierres semi-précieuses agencées selon la technique dite de la «mosaïque russe».
De ce côté-ci, sur notre gauche, une table recouverte d'une épaisse nappe blanche. Trois paysans espagnols déjeunent. Celui du milieu brandit la carafe de vin et nous offre à boire. Ils passent à l'évidence un bon moment. Leur repas est léger - un plat de sardines, une grenade et une miche de pain -, mais c'est plus que suffisant. Une miche entière de pain, blanc qui plus est, et non pas ce pain du blocus à base de copeaux de bois.
Les autres résidents du musée n'ont droit qu'à trois petits quignons par jour. De la taille et de la couleur d'un caillou. Et parfois à des pommes de terre gelées provenant d'un jardin à la lisière de la ville. Avant le siège, le directeur Orbeli avait commandé de grandes quantités d'huile de lin pour repeindre les murs du musée. Maintenant, nous faisons frire des morceaux de pommes de terre dans cette huile. Et quand il ne reste plus ni pommes de terre ni huile, nous faisons de la gelée avec la colle qui sert à assembler les cadres pour la manger.
L'homme sur la droite qui lève le pouce est probablement l'artiste. Diego Rodríguez de Silva y Velázquez. Cette oeuvre date du début de sa période sévillane. C'est ce que l'on appelle un bodegón, une «scène de taverne».
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