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Les enquêtes de Raoul Thibaud. Volume 2, Le crime du prince de Galles

Couverture du livre Les enquêtes de Raoul Thibaud. Volume 2, Le crime du prince de Galles

Auteur : Jacques Neirynck

Date de saisie : 22/06/2007

Genre : Policiers

Editeur : 10-18, Paris, France

Collection : 10-18. Grands détectives, n° 4046

Prix : 6.90 € / 45.26 F

ISBN : 978-2-264-04352-8

GENCOD : 9782264043528

Sorti le : 07/06/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Homme de l'ombre du président de la République, Raoul Thibaut de Mézières opère en toute discrétion au coeur du Paris tumultueux de la Belle Époque. En pleine nuit du mois de mai 1908, il est réveillé par un coup de téléphone : Marguerite Steinheil, une vieille amie, lui annonce que son amant vient de tuer son mari. Or cet amant n'est autre qu'Edouard VII, roi de Grande-Bretagne. Si cette affaire venait à être connue, les conséquences pourraient se révéler désastreuses pour la République. Affabulations ou vérité gênante ? Chargé officieusement par le président Fallières de s'en mêler, Raoul va se retrouver au coeur des secrets d'alcôve et des manoeuvres politiques, entre une cocotte hystérique et les cancans journalistiques.





  • Les premières lignes

Le mardi 16 février 1899 fut non seulement le dernier jour de Félix Faure, sixième président de la IIIe République, mais aussi le premier jour à l'Elysée de Raoul Thibaut de Mézières, qui ne devait quitter ce palais qu'à sa retraite, quarante ans plus tard. En perdant la vie dans des circonstances ténébreuses, le président Faure orienta celle de Raoul vers un office particulier : élucider pour le compte de l'État ce que l'on appelle à Paris les affaires, pour ne pas leur donner de plus vilains noms. Il fallut qu'un président meure dans l'exercice d'activités cachées pour qu'un fonctionnaire soit ensuite chargé d'élucider avec dis­crétion les énigmes liées au pouvoir et de leur trouver des solutions politiquement acceptables. Raoul Thibaut n'appartint jamais ni à la préfecture de police, ni aux Renseignements généraux. Il inaugura cette fonction de police parallèle à laquelle trois Républiques successives eurent recours, afin d'élever le pouvoir au-dessus de ces lois qu'il imposait aux citoyens quel­conques.
En cette fin d'après-midi d'hiver, alors que le froid et l'obscurité enveloppaient l'Elysée, Raoul patientait dans l'antichambre surchauffée qui précédait le cabinet du président. Il attendait le moment d'une audience, en compagnie du capitaine Ferrie. Cet officier du corps des transmissions était en charge d'un service d'étude de la télégraphie sans fil, pour laquelle la France accusait un sérieux retard. Autorisé à recruter un assistant, Gustave Ferrie s'était tourné vers son école d'origine, Polytechnique, et il avait enrôlé Raoul, le major de la promotion 1896. Depuis six mois, ce dernier tendait donc des antennes entre la tour Eiffel et les arbres de l'avenue de Suffren. Comme les branches des platanes présentaient une fâcheuse tendance à casser par grand vent, il déplorait journellement la mesquinerie de la République, qui n'avait pas prévu de construire d'emblée deux tours Eiffel.
Raoul arborait avec prestance la tunique noire de sous-lieutenant du génie, tout en lorgnant un peu trop souvent sur son unique galon, avec un mélange de fierté et d'impatience. Après seulement six mois de carrière, la proximité du pouvoir suprême le remplissait d'une émotion invincible. Il était assis bien droit, sans s'appuyer au dossier, dans un vaste fauteuil Régence, probablement d'origine, garni d'un tissu superbe, bleu roi avec des dessins jaunes. Il promenait son regard sur le plafond couvert d'une fresque qui mettait en scène les frasques de quelques divinités gréco-romaines bien en chair. Les lambris crème, les moulures dorées, les ferrures en bronze, l'alternance de courbes concaves et convexes, tout lui parlait de cet Ancien Régime durant lequel ses ancêtres avaient exercé le pouvoir.
Il se promit de rechercher si le maître d'oeuvre du palais en 1718, Henri-Louis de La Tour d'Auvergne, comte d'Évreux, ne lui était pas apparenté, car toute la noblesse française cousinait à six générations de distance. Aujourd'hui, il n'y avait plus de roi, ni de comte, mais un président de la République, fils d'un petit ébéniste du faubourg Saint-Antoine. Après avoir bâti sa fortune et sa carrière sur le commerce du cuir, Félix Faure régnait benoîtement sur la France, depuis ce palais qu'avaient occupé la marquise de Pompadour, le maréchal Murât et le prince-président Louis Napoléon.
Comme il était rompu à l'héraldique, Raoul s'amusa à traduire l'écusson du président, imprimé sur la convocation qu'il tenait à la main : écusson rond d'argent au monogramme FF d'or. En pal, un faisceau de licteur ; à dextre, une branche de laurier et une ancre ; à senestre, un drapeau tricolore. Piteuse contrefaçon d'un art auquel la République aurait mieux fait de renoncer. Un siècle plus tôt, la France avait décapité son roi et assassiné son aristocratie. En châtiment de ce forfait fondateur, elle ne parvenait toujours ni à devenir une République, ni à restaurer le Royaume. C'était un pays qui se jouait la comédie. Et cependant Raoul aspirait à monter sur scène, parce que le rôle de spectateur perpétuel est ennuyeux. Il ne savait pas encore qu'il serait affecté aux coulisses et que cela se déciderait dans les minutes à venir.


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