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Aristide Briand, la Société des Nations et l'Europe : 1919-1932

Couverture du livre Aristide Briand, la Société des Nations et l'Europe : 1919-1932

Auteur : Jacques Bariéty

Préface : Jean-Robert Pitte

Date de saisie : 06/09/2007

Genre : Politique

Editeur : Presses universitaires de Strasbourg, Strasbourg, France

Prix : 30.00 € / 196.79 F

ISBN : 978-2-86820-307-6

GENCOD : 9782868203076

Sorti le : 29/06/2007


  • La présentation de l'éditeur

L'histoire des relations internationales en Europe dans les années 1920 connaît un renouveau d'intérêt certain du fait de l'ouverture et de la publication d'archives, mais aussi du dégel historiographique qui a suivi les bouleversements de 1989-1990. La carte de l'Europe d'aujourd'hui ressemble plus à celle de 1919 qu'à celle de 1945 et bien des problèmes que l'on pouvait penser disparus réapparaissent.
Il est vrai que la «faillite de la paix», en vingt ans, avait conduit les opinions publiques - et souvent les politiques - à porter des jugements sévères sur les années 1920, voire à préférer les oublier. Pourtant, la concertation internationale au sein de la Société des Nations, première organisation politique mondiale de l'histoire, la diplomatie multilatérale, les projets de sécurité collective et de désarmement, la tentative de réconciliation franco-allemande et même le projet d'une union européenne - tous thèmes aujourd'hui d'actualité s'il en est - avaient suscité d'énormes espoirs. Aristide Briand, si célèbre de son temps, et si méconnu de nos jours, fut au coeur de tout cela du côté français.

L'ambition de ce livre est de faire le point des recherches les plus récentes sur l'Europe des années 1920 et d'apporter au lecteur des éléments de réponses, informés et raisonnés, aux questions qu'il se pose sur cette époque et sur la politique française d'alors.

Professeur émérite à la Sorbonne, Jacques Bariéty, auteur de nombreuses publications sur les relations internationales contemporaines, a partagé sa carrière universitaire entre la France - Metz, Strasbourg, Paris -, et l'Allemagne - Bonn, Francfort, Berlin.



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  • Le message de l'auteur

Jacques Bariéty - 20/07/2007



  • Les premières lignes

LE POIDS DES REALITES MILITAIRES

L'intervention interalliée en Haute-Silésie 1920-1922

Lieutenant-colonel Rémy PORTE

Entre 1919 et 1920, les traités de paix, imposés par les Alliés à la Quadriplice, se succèdent. Les Puissances centrales sont atteintes dans leur substance même : la Turquie renonce à toute revendication sur les territoires non turcs de la Sublime Porte ; la Bulgarie perd en particulier son accès à la mer en Thrace ; de l'empire habsbourgeois démantelé naissent une Autriche-croupion à laquelle l'union avec l'Allemagne est interdite et une Hongrie amputée des trois-quarts de son territoire et des deux tiers de sa population. L'Allemagne doit accepter le principe de très lourdes réparations et consentir à la perte ou à l'occupation de nombreux territoires. La Prusse est particulièrement touchée sur ses frontières orientales. Signé en juin 1919, le traité de Versailles prévoit explicitement que certaines régions échapperont à l'autorité du gouvernement de Berlin et seront administrées par une commission internationale dans l'attente des résultats de consultations populaires à organiser. Au nom des principes wilsoniens, du «droit des peuples à disposer d'eux-mêmes» et des exigences françaises en matière de sécurité, il s'agit surtout pour Paris de stabiliser les nouvelles frontières en Europe centrale et orientale, de contribuer à l'équilibre économique des jeunes États et de permettre l'éventuelle constitution ultérieure d'un «second front» contre une Allemagne redevenue agressive. La France souhaite, en particulier, l'application intégrale du traité et «les vainqueurs, encore dominés par les idées d'avant la tourmente, n'ont pas eu le temps de se pénétrer des idées de la Société des Nations dont au surplus l'un d'eux - les États-Unis d'Amérique - va se tenir écarté». Portée sur les fonds baptismaux par le Pacte qui constitue la première partie du traité, la Société des Nations est en cours de constitution et ne dispose ni des ressources humaines ni des moyens matériels pour en assurer le contrôle et la mise en oeuvre. Sous direction britannique dans le Schleswig, à Allenstein, Marienwerder et Dantzig, sous responsabilité italienne à Teschen et dans le Burgenland, sous commandement français à Memel et en Haute-Silésie, le maintien de l'ordre doit donc être assuré par des contingents internationaux fournis par les principaux vainqueurs. La mission de coordination et de contrôle politique échoit au Conseil suprême interallié de Versailles et à la Conférence des Ambassadeurs.
Durant cette première période, Briand n'est plus aux affaires. Il a quitté ses fonctions de président du Conseil en mars 1917 et se trouve quasiment marginalisé après l'accession de Clemenceau à la tête du gouvernement. Il n'est pas directement concerné par les négociations du premier semestre 1919 et ne remet pas en cause globalement le traité, même s'il affirme entre sa signature et sa rati­fication qu'il a choisi de se «condamner à la réserve et au silence tant que le traité de paix ne serait pas ratifié. Mais après, il faudra bien qu'on dise la vérité au pays sur la façon dont la guerre a été conduite et dont la paix a été faite [...] Les traités ne nous donnent que ce que la France saura en tirer». Elu député républicain-socialiste de Nantes lors des élections générales de novembre 1919, il contribue quelques semaines plus tard à l'échec de la candidature de Clemenceau et à l'élection de Deschanel à la présidence de la République. Membre de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des députés, il soutient en 1920 l'action diplomatique ferme de Millerand dans un contexte difficile pour la France : les États-Unis rejettent le traité de Versailles et la SDN, retirant ainsi, suivis par la Grande-Bretagne, leur garantie militaire en cas d'agression de l'Al­lemagne. Alors que la France n'a plus de traités d'alliance qu'avec la petite Bel­gique et certains jeunes «États successeurs», frontaliers orientaux de la répu­blique de Weimar naissante, et que Paris et Londres commencent à s'opposer dans leur perception des nouveaux équilibres internationaux et de la sécurité européenne, le déficit abyssal des finances publiques françaises conduit les principaux responsables politiques à exiger l'application stricte d'un traité déjà devenu partiellement caduc et à s'accrocher à l'espoir que «l'Allemagne paiera».


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