Date de saisie : 20/06/2007
Genre : Psychologie, Psychanalyse
Editeur : Ecole de la cause freudienne, Paris, France
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-905040-57-2
GENCOD : 9782905040572
Éditorial
Débats
Citoyen-symptôme
Joseph Ratzinger-Benoît XVI : la nature humaine
Les noms de l'angoisse dans le malvivre actuel
Centre psychanalytique de consultation et de traitement
La poésie comme traitement de la précarité de l'être
Les enfants aussi font la guerre
Le diable au corps
Délinquance et maternité
Trois questions à...
De l'isolement à la solitude
Le Séminaire de Jacques Lacan
Une lecture du séminaire D'un Autre à l'autre
Hommage à Rosine et Robert Lefort
Le chemin de crête sur la dune
L'analyse : l'infantile et le féminin
Autisme et psychose : poursuite d'un dialogue avec Robert et
Rosine Lefort
Paradoxes surmontés
«Plutôt verbeux» les autistes
La matrice du traitement de l'enfant au loup
Entretien
L'art contemporain sur la sellette
Are you a doctor, sir ?
Exposition pour le 150e anniversaire de Sigmund Freud
Discours d'ouverture
Freud et son actualité dans le malaise dans la civilisation
La lettre suspendue
Hommage à Freud (inédit)
La passe
La passe bis
Études lacaniennes
L'artifice de Wittgenstein
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Citoyen-symptôme
Manuel Fernandez Blanco
La Rencontre internationale du Champ freudien PIPOL 3, qui se déroulera à Paris les 30 juin et 1er juillet 2007, nous convoque sous le titre «Psychanalystes en prise directe sur le social, avec la contribution des CPCT et d'autres institutions de soins d'orientation lacanienne».
Ce titre peut paraître surprenant puisque la psychanalyse est une pratique privée. La rencontre avec un psychanalyste demande le secret et concerne le plus intime du sujet. Aussi, peut-il sembler inepte de parler de l'action sociale des psychanalystes. Et pourtant il n'en est rien. Il n'en est rien car, comme le souligne Jacques-Alain Miller, «le lien social, c'est le symptôme».
Pas de lien social sans symptôme, pas de forme de lien qui ne soit symptomatique, qui soit déliée de la jouissance la plus propre à chacun. De la présence du symptôme dans toute relation humaine, il découle que le malaise dans la civilisation est inéliminable. Malgré toutes les améliorations sociales, ce malaise persiste et même grandit à mesure qu'augmente la jouissance. C'est pourquoi la question du politique n'est pas de subvenir aux besoins ou de permettre les jouissances mais de les articuler. Impossible d'entretenir l'illusion que la tolérance démocratique permettra d'assurer l'harmonisation des jouissances. Les exemples en sont évidents. Comment ignorer que, malgré les avancées du statut social des femmes, malgré les mesures législatives, sociales ou répressives, sur les violences conjugales, les assassinats de femmes par leur conjoint, ex ou actuel, qui fréquemment se suicide après l'homicide, continuent à proliférer ? Que bien des femmes maltraitées continuent à vouloir retourner vivre avec leur bourreau. Que le nombre d'avortements continue aussi à augmenter, malgré l'information sexuelle et le libre accès aux méthodes contraceptives. Que le bullying se généralise, comme la violence de bien des publics. Notre civilisation fourmille d'exemples de ce qui fait symptôme et de sa double face d'énigme et de malaise.
Dieu obscur
Les psychanalystes, depuis Freud, sont les mieux placés pour penser et donner une réponse à ce qui fait question et cause le malaise. C'est en quoi notre clinique et notre recherche peuvent être d'une véritable utilité publique. Cependant, habitués à la subjectivité et à la vérité réprimée, à «la vérité authentique», nous avons pâti d'une sorte de narcissisme de la vérité. En ne nous intéressant pas à démontrer et à faire valoir l'utilité publique de notre pratique, nous nous sommes cantonnés dans une forme d'autisme social. L'Autre, la société du contrôle, est venu nous sortir de ce sommeil des justes.
La société actuelle est dominée par la révolution technologique, synonyme de progrès. Aussi, dans le discours dominant, présent et futur, comptent-ils plus que la mémoire. Les sujets d'aujourd'hui sont chaque fois plus anhistoriques et déconnectés de l'inconscient, de leur histoire particulière, ignorée de chacun. Ces sujets sont fils du capitalisme anhistorique ou d'une historicité réduite à la coupe synchronique d'un présent étroit. Faute de culpabilité liée aux actes du passé, ils n'ont plus d'angoisse face à l'avenir. Maintenant, comme le disait Lacan en 1961 : «Nous ne sommes plus seulement à portée d'être coupables par la dette symbolique. C'est d'avoir la dette à notre charge qui peut nous être, au sens le plus proche que ce mot indique, reprochée. Bref, c'est la dette elle-même où nous avions notre place qui peut nous être ravie, et c'est là que nous pouvons nous sentir à nous-mêmes totalement aliénés. Sans doute, l'Atè antique nous rendait-elle coupables de cette dette, mais à y renoncer comme nous pouvons maintenant le faire, nous sommes chargés d'un malheur plus grand encore, de ce que ce destin ne soit plus rien.» Nous vivons dans un temps où : «[...] la culpabilité qui nous reste, celle que nous touchons du doigt chez le névrosé, est justement à payer pour ceci que le Dieu du destin est mort». Lacan, il y a quarante-cinq ans, faisait le diagnostic de notre époque : la mort du dieu du sens précipite les sujets vers des vies toujours plus dépourvues de sens car le sujet se lie à l'Autre, se sait fils de l'Autre, par la seule dette. Là est le paradoxe surprenant : si le dieu du sens est mort, il ne reste que le non-sens, c'est-à-dire l'abandon, qui conduit vers l'extension du non-sens comme manière d'être dans le monde. Si la disgrâce se signifiait jadis par une dette à payer, voire par le destin, aujourd'hui il ne reste au sujet que son sacrifice à un dieu obscur.
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