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Pavillon noir

Couverture du livre Pavillon noir

Auteur : Thibaut de Saint Pol

Date de saisie : 26/10/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Plon, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 18.50 € / 121.35 F

ISBN : 978-2-259-20592-4

GENCOD : 9782259205924

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Cyril est un génie. Le pirate le plus aguerri des temps modernes. Depuis son repaire de Marchenoir, il sillonne nuit et jour un océan infini, pillant les ordinateurs désarmés, envoyant par le fond les programmes de ses rivaux. Sa course est une guerre impitoyable, mais Cyril, sûr de sa puissance, s'apprête à semer le chaos. A l'échelle planétaire.
Mais d'où viennent les voix qu'il entend derrière sa porte, cette impression d'être épié ? Et cette présence féminine ? Quelqu'un menacerait-il de faire échouer le grand projet qui est le sien ?
Pour le pirate informatique, la mer la plus hostile et la plus mystérieuse n'est peut-être pas celle qu'il écume à bord de son ordinateur.

Après N'oubliez pas de vivre (Albin Michel, 2004), un premier roman remarqué, Thibaut de Saint Pol, né en 1981, signe avec Pavillon noir un livre sombre et onirique, qui peut être vu comme le premier roman de piraterie moderne. On peut le retrouver sur le site : www. thibaut-desaintpol. fr.





  • La revue de presse Karine Papillaud - Le Point du 25 octobre 2007

Au-delà de la question d'Internet et de la maladie mentale, Thibaut de Saint Pol fouille la question du pouvoir : pouvoir réel d'un être sur un autre, pouvoir fantasmé d'un halluciné qui se sent élu par des forces supérieures pour dominer la planète. Placé sous la protection d'un vers des «Premières communions» de Rimbaud - «La nuit vient, noir pirate aux cieux d'or débarquant» -, ce «Pavillon noir» captive par une atmosphère curieuse et prenante.



  • Les premières lignes

«Je ne suis pas un homme comme les autres. Je ne l'ai jamais été. Et ceux qui s'imaginent le contraire se trompent. Je suis un héros. Personne ne le soupçonne encore, mais j'ai de grands projets pour le monde. Tout va changer. Ce que vous connaissez, ce qui vous rassure, ce qui donne un sens à votre existence, bientôt n'existera plus. Vous ne sentez rien. Vous ne devinez rien. Pour­tant, d'ici peu, vous serez libérés de vos chaînes et vous comprendrez.
Vous réaliserez soudain que votre vie était insensée. Tout sera si différent. Vous regarderez avec surprise l'être imparfait que vous étiez. L'ampleur de votre naïveté passée vous étonnera, comme aujourd'hui elle me surprend chaque jour, moi qui pourtant vous connais si bien. Vous en sourirez et vous viendrez à moi, encore bouleversés des changements que j'aurai provoqués.
Je ne recherche pas votre gratitude. Elle m'in­diffère. Je vous méprise, vous le savez. Je vous ai toujours méprisés, vous qui m'avez tant fait souf­frir. Je serai bientôt vengé et vous serez sauvés. Vous réaliserez combien vous avez été aveugles et combien j'avais raison. L'issue est certaine et vous ne voyez rien venir. Désormais, il est trop tard. Plus personne ne pourra m'arrêter.
La moitié d'une année s'est écoulée sans que je voie la lumière du soleil. Elle ne me manque pas. J'ai toujours préféré l'ombre et la liberté qu'elle autorise. Mes heures s'écoulent doucement dans cette petite pièce aux volets fermés dont je n'ai pas passé le seuil depuis un matin d'hiver. Le 13 décembre. Un jeudi. Il était presque 10 h 30 et je me suis promis de ne pas sortir avant d'avoir terminé. Vous pensez peut-être que cette décision m'a coûté. Encore une fois, vous vous trompez. Je vous l'ai déjà dit, je ne vous aime pas. Votre compagnie me pèse. Pire, elle m'agace. Vous êtes tellement navrants. J'éprouve un tel soulagement quand vous n'êtes pas là. La solitude m'apaise. Elle me calme. Et puis elle me rend plus indulgent. J'arrive presque à vous tolérer, à supporter votre bêtise, cette bêtise dont je me nourris.
De toute manière, cet isolement était néces­saire. Je l'ai immédiatement compris. Si vous aviez été sous mes yeux, j'aurais peut-être renoncé. Je vous aurais laissés là où vous êtes, dans cette clarté idiote qui vous éblouit et dans laquelle vous vous sentez libres. Je suis tellement différent. Moi, je n'ai pas besoin d'espace. Quinze mètres carrés me suffisent pourvu que mon corps y tienne. Le pouvoir et les femmes ne m'intéres­sent pas. Même l'argent n'est pour moi qu'acces­soire. C'est bien autre chose qui me motive. J'aspire à plus de grandeur. N'allez pas croire non plus que je cherche la renommée. Impossible de faire autrement. Les pirates n'existent que par leur légende. Ce sont les mystères qu'ils laissent derrière eux qui assurent la mémoire de leur nom.
Vous m'imaginez surdoué et cela vous effraie. Vous croyez que lutter ne servira à rien. Il est vrai que vous ne résisterez pas longtemps si je me décide à vous aborder. Mais mon ascendant sur vous tient à si peu de chose. Je me contente d'ex­ploiter vos défaillances, la moindre de vos imper­fections. Je guette vos erreurs et j'en profite, tout simplement. Il ne faut jamais se lancer dans un jeu dont on ne maîtrise ni les règles, ni les méthodes. Il n'y a pas de génie, ou si peu. Il n'y a que du travail.


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