Auteur : Philip Reeve
Traducteur : Luc Rigoureau
Date de saisie : 20/06/2007
Genre : Jeunesse à partir de 9 ans
Editeur : Gallimard-Jeunesse, Paris, France
Collection : Folio junior, n° 1443
Prix : 7.00 € / 45.92 F
ISBN : 978-2-07-057589-3
GENCOD : 9782070575893
Dans un futur lointain où les cités montées sur roues se pourchassent, affamées, Londres, l'immense locomopole, est en quête de nouvelles proies ! La jeune Hester Shaw, elle, est tenaillée par une autre faim : la vengeance. Accompagnée de Tom, un apprenti Historien, parviendra-t-elle à retrouver l'assassin de sa mère ?
Un incroyable monde postapocalyptique où les villes s'entre-dévorent pour survivre. Le premier volet d'une série époustouflante et la confirmation d'un grand auteur.
Philip Reeve est né et a grandi à Brighton, où il a travaillé pendant de nombreuses années comme libraire, tout en commençant à coécrire, produire et mettre en scène des pièces de théâtre à petit budget. Passionné par l'écriture depuis son enfance, Philip Reeve est également illustrateur et a mis en images environ quarante livres pour enfants, dont plusieurs best-sellers. Mécaniques fatales est son premier roman publié (paru en grand format aux Éditions Hachette).
En chasse !
C'était un après-midi de printemps sombre et venteux, et Londres cavalait après une bourgade minière - spécialisée dans l'extraction de sel - sur le lit asséché de l'ancienne mer du Nord.
Fut un temps où la locomopole ne se serait pas souciée d'aussi maigres proies. Elle s'était, en des jours meilleurs, nourrie de villes bien plus conséquentes que celle-ci, semant la terreur des confins septentrionaux du Cryodésert jusqu'aux rives de la Méditerranée. Mais le gibier s'était raréfié, et quelques cités d'importance avaient, à leur tour, commencé à la contempler avidement. Une décennie durant, elle les avait donc évitées en se dissimulant dans une région humide et montagneuse de l'ouest, dont la Guilde des Historiens assurait qu'elle s'était autrefois appelée Grande-Bretagne. Ça avait été dix ans d'errance dans des collines détrempées, pendant lesquels Londres ne s'était rien mis sous la dent, hormis quelques bleds ruraux et colonies statiques. Enfin, Monsieur le Maire avait décidé qu'il était temps pour sa bonne ville de regagner le Terrain de Chasse.
Et voilà qu'à peine au milieu de la mer du Nord, les vigies avaient repéré le bourg, paisiblement occupé à ronger les salins, une trentaine de kilomètres plus loin. La population y avait vu un signe des dieux, et même Monsieur le Maire - qui ne croyait ni aux dieux ni aux signes - avait accueilli avec satisfaction les favorables auspices sous lesquels commençait ce voyage vers l'est. Il avait aussitôt sonné l'hallali.
Voyant le danger, la petite ville minière s'était empressée de ficher le camp. Mais les énormes chenilles supportant Londres avaient rapidement pris de la vitesse, et la métropole n'avait pas tardé à gagner du terrain. Pesamment certes : on aurait dit une montagne d'acier en mouvement qui, comme un gâteau de mariage, s'élevait sur sept couches, ses étages inférieurs noyés dans les fumées des moteurs, ses ponts supérieurs arborant des villas bourgeoises d'un blanc immaculé, le tout couronné par la croix en or de la cathédrale Saint-Paul qui étincelait à quelque six cents mètres au-dessus de la terre dévastée.
Tom était en train d'épousseter les objets exposés dans la section d'Histoire Naturelle du Musée de Londres lorsque la folle poursuite débuta. Sentant le frémissement familier du sol métallique, il leva la tête et vit que les répliques de baleines et de dauphins suspendues au plafond se balançaient en craquetant.
Il resta calme. Ayant passé les quinze années de sa courte vie à Londres, il en connaissait chaque mouvement. Il comprit que la ville changeait de cap et accélérait. Un fourmillement le parcourut, frisson ancien commun à tous les Londoniens dès qu'il s'agit de chasse. On avait dû débusquer une proie ! Laissant tomber brosses et chiffons, il plaqua sa main contre le mur, attentif aux vibrations montant des immenses salles des machines situées en bas, dans les Entrailles. Il ne s'était pas trompé. Le roulement sourd des moteurs d'appoint - boum, boum, boum - ébranlait ses os comme un gros tambour.
À l'autre bout de la galerie, la porte s'ouvrit brusquement sur Chudleigh Pomeroy qui, la perruque de guingois et le visage - qu'il avait fort rond - congestionné par l'indignation, s'écria :
- Par Quirke, que se passe...
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