Auteur : Robert Aubihett
Date de saisie : 20/06/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Amalthée, Nantes, France
Prix : 19.50 € / 127.91 F
GENCOD : 9782350275840
Hermance traverse tout le XXe siècle, vit la Grande Guerre et son cortège d'horreurs, travaille durement à la faïencerie dès l'obtention de son Certificat d'études primaires, mais connaît également 1936 et les premiers congés payés.
La traversée du siècle pour cette famille du nord de la France est constellée, tour à tour, d'événements heureux et malheureux, telle la plongée dans les affres de la Seconde Guerre mondiale. Elle permet aussi de nous faire partager, sans maquillage ni artifices les réactions de modestes faïenciers anonymes qui, sans coup férir, doivent appréhender les débuts de la société de consommation, les fabuleuses avancées technologiques qui bousculèrent tant d'habitudes de vie, les laissant parfois bien perplexes.
Parallèlement à une carrière dans l'enseignement, l'auteur voue une véritable passion à l'art et particulièrement la sculpture sur pierre. Ses créations sont découvertes au sein d'expositions locales.
NÉE QUELQUE PART... EN PAYS D'AMAND
Je suis née le 19 mai 1908 à une heure du soir. Ce jour-là un temps lourd et orageux régnait exceptionnellement sur notre campagne amandinoise verdoyante. Ma mère, maman Mathilde, ses longs cheveux bruns tressés et noués tels une bobine de fil sur le sommet du crâne, un grand tablier gris attaché au cou masquant un peu ses rondeurs, achevait avec difficulté une grosse lessive entièrement faite à la main sur sa planche à laver. Malgré ses vingt-trois printemps, elle peinait beaucoup à suspendre sur le mince fil de fer tendu au milieu de la cour les grosses chemises de coton blanc de mon père... C'est cet instant que je choisis pour m'annoncer.
La maisonnée s'activa alors pour aller quérir la sage-femme qui avec sa grande expérience aida maman à me mettre au monde alors que la pendule faisait entendre ses treize coups.
«Comment allez-vous l'appeler ?» s'écria notre sage-femme tout en donnant les premiers soins à cette petite fille née sous le signe astral du taureau.
«Je ne sais ! dit ma mère.
- Comment se prénomme le père ?
- Hermand, Joseph.
-Alors pourquoi ne l'appelez-vous pas Hermance ?» C'est ainsi, sous ce prénom, que l'employé d'état civil, M. Breton, enregistra ma naissance J'étais donc la troisième, après ma soeur aînée Jeanne, née le 23 juillet 1903 avant le mariage de mes parents en 1904, et mon frère André le 3 juillet 1906. Je ne devais pas être la dernière-née de la famille, le 9 février 1911 le cercle familial s'agrandissait à nouveau avec la venue de notre soeur cadette Germaine Henriette. Puis mon père rangea définitivement à 29 ans ses outils au grenier.
Mathilde avait donc épousé Hermand le 19 novembre 1904. Tous deux s'étaient rencontrés sur leur lieu commun de travail, la faïencerie du Moulin des Loups. Les faïenceries étaient légion à Saint Amand les Eaux en ce début de XXe siècle. «La Vieille», comme elle était surnommée, employait bon nombre de gens du quartier. Mes parents y travaillaient durement au façonnage dans une atmosphère chaude et humide.
Mon père avait obtenu le prix cantonal au Certificat d'Études Primaires de l'année 1895. «Oncle Jules», le frère de son père résidant à Lecelles, petit village des environs, avait épousé une veuve de colonel. Lors d'une visite de courtoisie à son oncle, alors qu'il venait de passer devant Monsieur le Maire, Hermand entendit le discours suivant :
«Mon neveu, maintenant que tu es marié avec charge de famille, tu ne vas quand même pas continuer à travailler à la faïencerie... toi un lauréat du prix cantonal.
- Mais mon oncle...»
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