Auteur : Antoinette Fouque
Préface : Alain Touraine
Date de saisie : 19/06/2007
Genre : Psychologie, Psychanalyse
Editeur : Des femmes-Antoinette Fouque, Paris, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-7210-0565-6
GENCOD : 9782721005656
Sorti le : 07/06/2007
«C'est une voix à la fois insistante et retenue, chargée de passion, pleine d'une imagination créatrice, et révélatrice de secrets, une voix que je n'ai trouvée que dans Rimbaud... Ce que j'essaie de dire ici va beaucoup plus loin que reconnaître l'importance d'une des tendances du féminisme ; il s'agit de percevoir le passage, faut-il dire la mutation, d'une culture à une autre.» Ainsi s'exprime Alain Touraine à propos de ce qu'il appelle «le postféminisme» d'Antoinette Fouque.
Ces essais de féminologie II démasquent l'envie de l'utérus sous le diktat freudo-lacanien d'une libido unique d'essence mâle et affirment une libido creandi grâce à laquelle le XXIe siècle sera géni(t)al ou ne sera pas. L'expérience de la gestation et la symbolisation de la génésique rendent possible le passage d'un mode de pensée idéologique et religieux à un mode de pensée scientifique et matérialiste.
Cofondatrice du MLF, créatrice du groupe «Psychanalyse et Politique» et des éditions Des femmes, directrice de recherches à Paris VIII et psychanalyste, Antoinette Fouque a été députée au Parlement européen (1994-1999). Elle a publié II y a deux sexes, Essais de féminologie (Gallimard, «Le Débat», 1995), édition revue et augmentée en 2004.
ACTE DE NAISSANCE
1974
La maison d'édition Des femmes est née du MLF, que j'ai toujours envisagé comme un mouvement de civilisation, social et culturel, politique et symbolique. Je voulais tracer des voies positives, donner lieu au non-lieu, à l'éveil, à la naissance, au développement de la culture des femmes. Il nous a fallu ouvrir des territoires de parole et de pensée où mener l'investigation et la création. Ces lieux, j'ai tenu à les démarquer du féminisme par le choix de l'intitulé pluriel et partitif : il s'agissait de faire advenir des femmes pour subvertir un ordre symbolique monophallique, pour passer d'une civilisation du Un à une civilisation du deux, d'une société phallique à une société hétérosexuée et génitale.
Les éditions Des femmes sont nées d'une triple admiration pour des «phares», pour des «maisons de lumière», au sens où l'employait Virginia Woolf : José Corti qui a édité les surréalistes, Maspero les révolutionnaires, et les éditions de Minuit les écrivains du Nouveau Roman.
En 1972, j'ai d'abord commencé par faire un film, que nous avons tourné collectivement, à partir d'un texte de Freud, Sur la psychogenèse d'un cas d'homosexualité féminine. Puis, nous sommes passées de l'oral à l'écrit, sans que l'écrit mette à mal les cris.
Les premières actionnaires et celles qui viendront apporteront, tant qu'elles le pourront, leur enthousiasme, leur énergie, leur créativité, mais nous savions déjà que la culture et la création sont des activités irréductibles aux lois du marché. La générosité de Sylvina nous donnera, le temps nécessaire, l'indépendance vitale.
C'était en 1974. Avant, il y avait eu Colette Audry qui avait dirigé une collection «Femmes» chez Denoël-Gonthier, et Régine Deforges qui éditait de la littérature érotique. La création des éditions Des femmes fut un événement. Depuis, on a vu apparaître des collections sur et par des femmes un peu partout, en France et en Europe.
Aujourd'hui, l'événement, c'est la continuité, la permanence de vie. Trente ans ont passé. Et puis il y a les nouvelles arrivantes. Plus que jamais, il s'agit de trouver d'autres modes de pensée, d'autres désirs, d'autres espérances. Mais la misogynie perdure ; une femme porteuse d'une écriture créatrice, neuve, n'est pas la mieux accueillie parmi les écrivains. Les femmes elles-mêmes qui avaient vocation à créer ont capitulé ; elles ont renoncé ou se sont tues, tellement l'assaut a été rude. La programmation phallique libérale des femmes se poursuit. C'est le féminisme à l'occidentale : les femmes s'oublient sans s'oublier ; elles ne deviennent pas des hommes, mais, peut-être, des hystériques. Elles sont la partie de l'espèce humaine à qui il est interdit de symboliser sa propre libido créatrice, et demeurent privées d'écriture, de pulsions propres. Aujourd'hui encore, il n'y a pas eu de levée de cette forclusion et les femmes sont toujours mises en demeure de fonctionner dans l'économie libidinale phallique.
J'ai créé la maison d'édition Des femmes justement pour tenter de réussir là où l'hystérique échoue. Pour réussir, il faut oeuvrer à une théorisation de la génitalité, au seuil de laquelle Freud s'est arrêté et devant quoi s'arrête encore toute la pensée analytique actuelle. Le stade génital, comme stade de maturation psychophysiologique de la sexualité à partir duquel l'engendrement du vivant devient possible, continue d'être assimilé au stade phallique, c'est-à-dire au stade génital infantile du garçon, caractérisé par son intérêt pour le pénis. La prise en compte de la dimension utérine, sans laquelle l'accès au stade génital est impensable pour une femme, est rendue impossible.
Copyright : Studio 108 2004-2009 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli