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Mon nom est Salma

Couverture du livre Mon nom est Salma

Auteur : Fadia Faqir

Traducteur : Michelle Herpe-Voslinsky

Date de saisie : 11/10/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : L. Levi, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-86746-455-3

GENCOD : 9782867464553

Sorti le : 30/08/2007


  • La présentation de l'éditeur

Salma a trente ans. Ses longs cheveux noirs et frisés se déposent partout, et ça déplaît à sa logeuse, sujet alcoolique de Sa Très Gracieuse Majesté. Sa peau olivâtre et sa syntaxe bancale la condamnent au salaire minimum chez un tailleur bougon. Il y a des jours où Salma voudrait être Sally une rose anglaise avec un élégant accent et un poney Mais d'autres où Salma la Bédouine, déracinée, blessée, ignorante, préférerait courir pieds nus sur les collines arides. Tiraillée entre deux cultures, coupée des siens, courbée sous le poids de sa culpabilité, elle maintient, tant qu'elle peut, la tête haute. Mais à quel prix ?

FADIA FAQIR a grandi à Amman, en Jordanie. Titulaire d'un doctorat d'écriture et de critique littéraire, elle vit actuellement à Durham, au nord-est de l'Angleterre. Elle est l'auteur de deux autres romans, de nouvelles et de pièces de théâtre. Fadia Faqir dit écrire «pour témoigner et rendre justice» mais aussi «pour chasser la peur et l'exorciser».



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  • La revue de presse Josyane Savigneau - Le Monde du 12 octobre 2007

Son récit est une sorte de descente aux enfers, un voyage au bout de la honte. Faute de pouvoir accepter cette existence d'exilée, elle doit revenir au pays, savoir ce qu'il est advenu de Layla, pour enfin, peut-être, être capable de vivre en Angleterre. Mais, après toutes ces années, les passions sont-elles éteintes, le désir de vengeance contre elle a-t-il vraiment été abandonné ? Rien n'est moins sûr.



  • Les premières lignes

Là où le fleuve rencontre la mer

Les moutons mouchetaient de blanc les collines vertes comme des flocons de laine cardée et les lumières du moulin solitaire flottaient sur la surface calme de l'Exe. C'était une nouvelle journée, mais le vert imprégné de rosée des collines, la blancheur des moutons, le gris des cieux m'emportaient vers mon lointain passé. Hima, un petit village de boue séchée niché au creux des montagnes arides, et les oliveraies au feuillage argenté sous la lumière matinale. En ce temps-là, j'étais une bergère qui, sous un soleil insolent, guidait ses chèvres vers les rares coins de verdure au son de sa flûte de roseau. À cette époque de l'année, Hima grouillait de chameaux, de chevaux, de vaches, de chiens, de chats, de papillons et d'abeilles. Les sabots des chevaux libéraient des nuages de poussière sur la plaine. C'était le printemps et la saison des fiançailles avait déjà commencé. Les noces seraient célébrées juste après la moisson. J'étais l'une des filles du village prêtes à être cueillies. Je jouais pour mes chèvres noires et brunes : «Mère, j'ai vu la lune ce soir, là-haut dans le ciel. Pardonne-moi Allah car j'ai péché. La chaleur de la passion m'a fait ployer.»
J'ai collé une protection dans mon slip, je l'ai remonté sur mes jambes rasées et huilées et j'ai senti qu'enfin j'étais libre. Fini les jours où je courais après les poules dans mes pantalons larges et mes robes flottantes, des robes fleuries, aux couleurs vives de mon village : rouge pour être remarquée, noir pour la colère, vert pour le printemps et orange vif pour le soleil brûlant. Si ce petit flacon était plein de venin de serpent je le boirais d'un trait. J'ai mis un peu de parfum derrière mes oreilles et sur mes poignets, j'ai respiré profondément, rejeté mes cheveux qui n'étaient plus nattés ni voilés sur mes épaules, j'ai rentré le ventre, rectifié ma posture et je suis sortie de Swan Cottage, la maison du cygne, le nom que Liz avait choisi pour son pavillon jumelé. J'ai rempli ma poitrine de l'air propre du matin, gonflant le torse jusqu'à ce que les muscles de mon dos soient tendus et douloureux. Des lambeaux de ciel bleu entre les nuages blancs lumineux prenaient en s'étirant des formes différentes, la crinière d'un cheval, un petit pied, une minuscule main ridée comme une feuille de vigne toute neuve qui vient juste de s'ouvrir.
La cathédrale, au loin, semblait petite et sombre. Le faible soleil anglais s'efforçait en vain de dissiper les nuages. Je passais devant les résidences universitaires, devant les grandes maisons blanches avec leurs jardins bien entretenus et leurs chiens qui aboyaient, devant la prison de Sa Majesté. Je regardais les hauts murs, les rouleaux de barbelés, les petites fenêtres à barreaux et je comprenais que cette fois j'étais de l'autre côté de la grille en fer noir, malgré mes sombres méfaits et mon passé honteux. J'étais libre, je marchais sur le trottoir telle une innocente. Mon visage était noir, comme couvert de suie, mes mains étaient noires et j'avais enduit de goudron les fronts des miens. Un liquide épais, sombre et gluant coulait de la rampe en fer que ma main suivait jusqu'au passage pour piétons. J'ai secoué la tête, essayant de chasser l'odeur fétide, et tourné mon regard vers l'Exe. Des mouettes battaient des ailes, encerclant leur proie puis plongeant dans l'eau pour l'achever. Mon heure avait sonné depuis longtemps, mais pour une raison inconnue je vivais sur du temps d'emprunt.
Mon nez suivait le parfum des fleurs épanouies, mais celui du chèvrefeuille qui descendait de la colline a soudain été recouvert par une odeur de friture, le premier signe que Peter's Plaice, la boutique de fish and chips au coin de la Tour de l'Horloge, n'était pas trop loin. J'ai reniflé l'air. Un groupe déjeunes étudiants, debout sur le trottoir, criaient : «Le temps est compté pour l'éducation.
- Le temps est compté», ai-je répété.
Quelques années plus tôt, j'avais goûté mes premiers fish and chips, mais mon estomac de montagnarde arabe ne pouvait pas digérer le gras, qui flotta dans mon ventre pendant des jours. Salma résistait, mais Sally devait s'adapter. Je cherchais tout le temps dans l'Oxford English Dictionary le sens du mot «adapter», «adapter : ajuster, changer, convenir». En Angleterre, apparemment, la police vous arrête souvent dans la rue pour vérifier vos papiers et votre sentiment d'appartenance. Un agent des services de l'Immigration pouvait décider d'utiliser mon aptitude à digérer le poisson comme un test de ma loyauté envers la Reine. Mâchant les morceaux encore congelés, je dis au jeune homme qui m'avait offert la portion, des larmes dans les yeux :
«Yamma, c'est délicieux !
- Miam-miam !» dit-il, me reprenant.


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