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Prix Philippe Delerm 2007 : 50 nouvelles

Couverture du livre Prix Philippe Delerm 2007 : 50 nouvelles

Préface : Philippe Delerm

Date de saisie : 22/06/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Valhermeil, Saint-Ouen-l'Aumône, France

Prix : 10.00 € / 65.60 F

GENCOD : 9782354670009


  • La présentation de l'éditeur

Amours, délices, atmosphères, confidences, enfances... les thèmes ne manquent pas dans cette nouvelle livraison du Prix Philippe Delerm. Au total 50 nouvelles sélectionnées parmi les participants du concours 2007. Dix sont nominées et trois lauréates.
La préface est signée comme chaque année Philippe Delerm. Il y dit «sa gratitude à l'égard de tous ceux qui ont donné leur énergie, leur enthousiasme pour que cette jolie moisson soit possible.» Si vous écrivez, pourquoi ne pas participer à la récolte 2008 ?

Philippe Di Maria - Dominique Labadie - Béatrice Masson - Christiane Mercat V. Gabralga - Kyra Gomez - Sylvie Sailly - Francine Salgues - Martine Savary - Stéphanie Barzasi - Marie-Laure Bigand - Michèle Boudin - Rosy Haustant - Daniel Irrmann-Marin - Michel Lahaye - Cécile Luquet - Michel Lucarelli - Bernard Mollet - Françoise Sounet - Serge Vincent - Patricia Chauvin-Glonneau - Nathalie Fauliot-Hauchard - Chantal Luka - Jean-Michel Ripaud - Martine Bondon - Annie Mullenbach-Nigay - Sylvie Azéma-Prolonge - Pascale Boulay - Christine Lejeune - Catherine Petronin - Laurence Triboulin - Didier Delattre Sophie Fedy - Eric Laporal - Laurence Cartalade - Jacqueline Rollin - Marie-Claude Devois - Chris Gill - Joëlle Ginoux-Duvivier - Christophe Verel - Rémy Coulot - Pascale Pacou - Marie-Christine Romanini - Catherine Salvant - Michèle Sauffroy-Paret - Jeanne Taboni Misérazzi - Christine Buchet-Lebret - Pascal Férin - Anne Menant-Chevillotte - Louis Vuitton




  • Les premières lignes

Philippe Di Maria
Nord

Nominé Prix Philippe Delerm 2007

Les grandes grues de métal qui se hissent aux cieux glacés comme d'immenses hérons d'acier s'agitent sournoisement ; hautes, si hautes par-dessus les docks, sombres et menaçantes, elles tueraient les hommes si quelque dieu mauvais les animait. Elles me tueraient si elles pouvaient deviner que je me laisserais faire. Aujourd'hui, vivre ne m'intéresse plus guère. Aujourd'hui, premier jour de l'hiver, le port de Hambourg que j'aperçois enfin par la vitre entrouverte me semble encore plus désespérant que les fois précédentes.

Les sirènes matinales des navires qui hurlent à la brume remplacent les cris des coqs qui n'existent plus ici; elles mutilent les tympans des dockers qui arrivent dès l'aube pour éroder davantage leurs misérables vies. Le jour qui se lève révèle lentement la lourde et sourde bâche neigeuse qui a recouvert le port. Les esclaves ont été expulsés du train. Hagards, transis, ils vont aller, mélancoliques, élimer encore un peu plus leur fragile existence dans cette enclave métallique rabotée de tous côtés par des lames de froid assassines. Un dernier hurlement de sirène, le crissement de la plus haute grue dont la pointe vindicative pivote vers moi et puis le silence trouble et haineux de l'hiver revient alors dans le compartiment. Le train repart. Je serai bientôt à Hambourg dans les bras de Karen. Je ne sais même plus pourquoi je suis venu. Pour lui dire adieu, probablement. Qu'attendre du Nord ?... Nord rime avec mort !...
Une demi-heure plus tard, le train commence sa décé­lération. Nous pénétrons dans la gare centrale de Hambourg, Hamburg-Hauptbahnhof. Ici, contrairement aux gares parisiennes qui sont des terminus, le bâtiment n'est rien d'autre qu'un gigantesque tunnel d'acier que le rail traverse. Ici, dans cette gare, le train ne fait qu'une courte pause. En regardant au fond, on voit, qui semblent rejoindre la voûte, les parallèles d'acier qui continuent leur interminable chemin. Puis le train, long glaçon d'acier gris, poursuit sa route et va refroidir encore un peu plus ses tôles et les hommes qu'il charrie encore vers Flensburg, vers le Danemark, vers le Nord.
A peine sur le quai, je suis immédiatement happé par les bras chauds et grassouillets de Karen. Ses lèvres parcourent mon visage en tous sens. Je réponds machi­nalement à ses baisers. On parle peu. Les mots gèlent et vont s'écraser au sol à peine sortis des bouches ; que pourraient-ils faire d'autre, les mots ! Par les quelques baies vitrées du toit de la gare on aperçoit le soleil qui est monté un peu dans le ciel; vainement, il tente de réchauffer et d'éclairer les bords glacés, sombres et tristes de l'Elbe.
Le 18 de Volksdorfstraße nous attend, comme toujours, avec bienveillance. La rue, bien que déjà recouverte de neige fondue, dispense toujours cette douce tranquillité que donne l'espace conquis vertueusement. L'appartement où habite Karen est situé dans une immense maison, très large, haute de trois étages, colorée, bigarrée même, avec de grandes fenêtres.


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