Passion du livre - tout sur le livre : Entretiens avec le diable

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Entretiens avec le diable

Couverture du livre Entretiens avec le diable

Auteur : Collectif

Date de saisie : 17/06/2007

Genre : Jeunesse à partir de 9 ans

Editeur : 400 COUPS (QUÉBEC), Montréal, Canada

Collection : Connexion

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-89540-321-0

GENCOD : 9782895403210

Sorti le : 01/03/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Théophile Gautier
Anne-Marie Pol
Gaston Leroux
Pierre-Marie Beaude
E.T.A. Hoffmann
Geneviève Lecourtier
Louis Fréchette
Paule du Bouchet
Gérard de Nerval
Yves Hughes
Xavier Forneret
Anne Perry-Bouquet
Jean de la Ville de Mirmont
Treize histoires à glacer le sang ! Auteurs classiques et auteurs contemporains composent d'inquiétantes variations sur le thème du Diable.

13 histoires pour frémir !
Ce recueil de nouvelles réunit 7 «classiques» de la littérature fantastique et 6 auteurs contemporains qui ont composé leur propre variation sur le thème du diable :
- Un jeune acteur prétend jouer sur scène le rôle de Satan ; mais celui-ci ne l'entend pas de cette oreille...
- Comment ne pas tomber follement amoureux de Colombe ? Si belle, si douce, si... déconcertante. Le plus mystérieux, c'est qu'elle ne montre jamais ses pieds. A personne.
- Peut-être, un soir d'orage, serez-vous tentés d'accepter l'hospitalité de ce gentilhomme aux manières si courtoises, qu'accompagne un chien muet. A vos risques et périls, en ce cas !
-Aux alentours de l'avenue Daumesnil, à Paris, un taxi anglais vous accueillera peut-être un jour pour une course sans retour. Attention ! Le chauffeur est une femme ; de quoi vous faire changer d'idée sur le Diable...





  • Les premières lignes

THÉOPHILE GAUTIER

Deux acteurs pour un rôle

I. Un rendez-vous au jardin impérial
On touchait aux derniers jours de novembre : le Jardin impérial de Vienne était désert, une bise aiguë faisait tour­billonner les feuilles couleur de safran et grillées par les premiers froids ; les rosiers des parterres, tourmentés et rompus par le vent, laissaient traîner leurs branchages dans la boue. Cependant, la grande allée, grâce au sable qui la recouvre, était sèche et praticable. Quoique dévasté par les approches de l'hiver, le Jardin impérial ne manquait pas d'un certain charme mélancolique. La longue allée prolongeait fort loin ses arcades rousses, laissant deviner confusément à son extrémité un horizon de collines déjà noyées dans les vapeurs bleuâtres et le brouillard du soir ; au-delà, la vue s'étendait sur le Prater et le Danube ; c'était une promenade faite à souhait pour un poète. Un jeune homme arpentait cette allée avec des signes visibles d'impatience ; son costume, d'une élégance un peu théâtrale, consistait en une redingote de velours noir à brandebourgs d'or bordée de fourrure, un pantalon de tricot gris, des bottes molles à glands montant jusqu'à mi-jambes. Il pou­vait avoir de vingt-sept à vingt-huit ans ; ses traits pâles et réguliers étaient pleins de finesse, et l'ironie se blottissait dans les plis de ses yeux et les coins de sa bouche ; à l'Université, dont il paraissait récemment sorti, car il portait encore la casquette à feuilles de chêne des étudiants, il devait avoir donné beaucoup de fil à retordre aux philistins et brillé au premier rang des burschen et des renards. Le très court espace dans lequel il circonscrivait sa pro­menade montrait qu'il attendait quelqu'un ou plutôt quelqu'une, car le Jardin impérial de Vienne, au mois de novembre, n'est guère propice aux rendez-vous d'affaires. En effet, une jeune fille ne tarda pas à paraître au bout de l'allée : une coiffe de soie noire couvrait ses riches cheveux blonds, dont l'humidité du soir avait légèrement défrisé les longues boucles ; son teint, ordinairement d'une blancheur de cire vierge, avait pris sous les morsures du froid des nuances de roses de Bengale. Groupée et pelotonnée comme elle était dans sa mante garnie de martre, elle res­semblait à ravir à la statuette de La Frileuse ; un barbet noir l'accompagnait, chaperon commode, sur l'indulgence et la discrétion duquel on pouvait compter.
- Figurez-vous, Henrich, dit la jolie Viennoise en pre­nant le bras du jeune homme, qu'il y a plus d'une heure que je suis habillée et prête à sortir, et ma tante n'en finissait pas avec ses sermons sur les dangers de la valse, et les recettes pour les gâteaux de Noël et les carpes au bleu. Je suis sortie sous le prétexte d'acheter des brodequins gris dont je n'ai nul besoin. C'est pourtant pour vous, Henrich, que je fais tous ces petits mensonges dont je me repens et que je recommence toujours ; aussi quelle idée avez-vous eue de vous livrer au théâtre ; c'était bien la peine d'étudier si longtemps la théologie à Heidelberg ! Mes parents vous aimaient et nous serions mariés aujourd'hui. Au lieu de nous voir à la dérobée sous les arbres chauves du Jardin impérial, nous serions assis côte à côte près d'un beau poêle de Saxe, dans un parloir bien clos, causant de l'avenir de nos enfants : ne serait-ce pas, Henrich, un sort bien heureux ?
- Oui, Katy, bien heureux, répondit le jeune homme en pressant sous le satin et les fourrures le bras potelé de la jolie Viennoise ; mais, que veux-tu ! c'est un ascendant invincible ; le théâtre m'attire ; j'en rêve le jour, j'y pense la nuit ; je sens le désir de vivre dans la création des poètes, il me semble que j'ai vingt existences. Chaque rôle que je joue me fait une vie nouvelle ; toutes ces passions que j'ex­prime, je les éprouve ; je suis Hamlet, Othello, Charles Moor : quand on est tout cela, on ne peut que difficilement se résigner à l'humble condition de pasteur de village.
- C'est fort beau; mais vous savez bien que mes parents ne voudront jamais d'un comédien pour gendre.
- Non, certes, d'un comédien obscur, pauvre artiste ambulant, jouet des directeurs et du public ; mais d'un grand comédien couvert de gloire et d'applaudissements, plus payé qu'un ministre, si difficiles qu'ils soient, ils en voudront bien. Quand je viendrai vous demander dans une belle calèche jaune dont le verni pourra servir de miroir aux voisins étonnés, et qu'un grand laquais galonné m'abat­tra le marchepied, croyez-vous, Katy, qu'ils me refuseront ?
- Je ne le crois pas... Mais qui dit, Henrich, que vous en arriverez jamais là ?... Vous avez du talent ; mais le talent ne suffit pas, il faut encore beaucoup de bonheur.


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