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Red hook

Couverture du livre Red hook

Auteur : Reggie Nadelson

Traducteur : Jean Esch

Date de saisie : 12/10/2007

Genre : Policiers

Editeur : Ed. du Masque, Paris, France

Collection : Grands formats

Prix : 21.50 € / 141.03 F

ISBN : 978-2-7024-3260-0

GENCOD : 9782702432600

Sorti le : 06/06/2007

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  • La présentation de l'éditeur

À Manhattan, l'état d'alerte règne alors que s'ouvre la convention républicaine : sécurité renforcée, souvenir indélébile des tours en flammes, et crainte d'un attentat nucléaire alimentée par les articles d'un reporter alarmiste.
Red Hook, quartier de Brooklyn aux docks désaffectés, est le lieu rêvé pour déposer, ni vu ni connu, une bombe sale en canot. C'est aussi la cible des promoteurs, conscients de la séduction qu'exercent sur les artistes branchés son charme passéiste et ses vastes entrepôts de brique.
Artie Cohen n'a pas répondu aux appels paniques de Sid, un ancien journaliste black. Quand ce dernier est battu à mort près d'un quai, Artie culpabilise, et enquête. Quels secrets explosifs contiennent donc les dossiers qu'accumulait Sid depuis tant d'années sur Red Hook ? Artie en vient à douter même de son ami de toujours, Tolya, qui investit dans le quartier comme au Monopoly...

Après Sous la menace, Reggie Nadelson continue d'exploiter le sentiment qui prévaut à New York depuis le 11-Septembre : la peur. Tout le monde a peur, dans ses romans sombres et envoûtants, et de tant de choses différentes...

Née à Greenwich Village, Reggie Nadelson a obtenu un diplôme de journalisme à Stanford et réalisé des reportages pour la BBC. Son documentaire consacré à Dean Reed, musicien américain devenu la plus grande star rock de l'ex-URSS, lui a inspiré un livre, Comrade Rockstar. Elle collabore au Vogue américain et à plusieurs quotidiens britanniques. Elle partage son temps entre Londres et New York.

Traduit de l'américain par Jean Esch





  • Les premières lignes

Blue skies, smiling at me, nothing but blue skies do I see.
Je dormais encore à moitié en ce dimanche matin quand j'entendis quelqu'un siffler Blue Skies dans la rue. C'était le genre de mélodie qui vous trottait dans la tête toute la journée. Ça faisait plusieurs mois que je l'entendais, de temps en temps, pendant presque tout l'été. Le type avait un sifflotement clair et pur.
Je balançai mes jambes sur le sol, me levai et, nu, je pris mes cigarettes, allai à la fenêtre, l'ouvris en grand et me penchai au-dehors.
Le ciel taché, rose et métallique, commençait juste à s'éclaircir. En bas, sur le trottoir, je le vis. Il portait un gilet de chantier orange fluo, un pantalon et une chemise bleus, et une casquette de base-ball. Tête baissée, il poussait les ordures du trottoir à l'aide d'un balai et les mettait dans une grande poubelle en plastique gris sur roulettes. Il continuait à siffler Blue Skies et moi, je l'observais, je l'écoutais. J'allumai une cigarette et m'assis sur le rebord de la fenêtre de mon appartement de Walker Street. C'était la fin de l'été et il faisait chaud dehors. J'étais heureux.
J'allais me marier et je n'avais pas été aussi heureux depuis que j'étais arrivé à New York, il y avait plus de vingt-cinq ans. Cette musique, si pénétrante et douce, était un bon présage, surtout venant de ce balayeur ; sans doute travaillait-il pour une de ces associations qui engageaient des sans-abri pour nettoyer à la place de la municipalité.
Tout était réuni : le soleil qui se levait sur l'East River à ma gauche, une journée ensoleillée et chaude, le trottoir propre et ce type en gilet orange qui sifflait. J'adore l'enregistrement de Blue Skies par Stan Getz, mais ce son, ce sifflement si pur, ressemblait plus à du chant, quelque part entre Mel Tormé et un cantique.
Mon téléphone portable sonna. J'écoutai le message. Sid McKay m'avait rappelé. Il avait déjà appelé la veille au soir, il m'avait demandé de venir à Red Hook, un truc le tracassait. Je n'y étais pas allé, j'étais pris par autre chose, puis j'avais eu des remords. Et maintenant, il me laissait ce message urgent. Je jetai un coup d'oeil à ma montre. Il n'était que sept heures. J'avais largement le temps de faire un saut à Brooklyn et de revenir pour le mariage. Sid m'avait filé un coup de main dans une affaire très importante pour moi. Il avait pris un gros risque en m'aidant et il n'avait jamais rien exigé en retour. Sid était un ami, et j'avais une dette envers lui.
Je pris une douche, enfilai un jean et un T-shirt, puis je montai dans ma voiture et roulai en direction de Brooklyn. Comme la ville était calme, j'empruntai le Brooklyn Bridge à la place du Battery Tunnel, qui était plus rapide mais vous coûtait huit dollars aller et retour.
À la sortie du pont, je bifurquai vers la voie express et descendis jusqu'à Red Hook, au bord du fleuve. Ça me prit un quart d'heure. Van Brunt, la rue principale, était déserte. Outre les maisons trapues à un seul étage, il y avait un marchand de bagels, quelques delicatessen, un coiffeur, une boutique d'alcools, un atelier de ferronnerie, une église et pas grand-chose d'autre. Je roulai jusqu'au bord de l'eau.
Les quartiers des docks étaient silencieux en ce dimanche matin, aussi vieux que la ville, imprégnés de leur histoire d'amour avec le fleuve, magnifiques, sereins dans la lumière naissante qui se reflétait à la surface de l'eau.


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