Auteur : Ariel Denis
Date de saisie : 27/09/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Rocher, Monaco, France
Collection : Littérature
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-268-06283-9
GENCOD : 9782268062839
Le Maître va fêter son soixantième anniversaire. En hommage, ses collaborateurs, ses amis, ses éditeurs, lui offrent un volume de mélanges.
Facéties diaboliques lors du vernissage d'une exposition au centre Beaubourg, enquête sur la destinée inattendue de Marguerite, combat de deux magiciens ennemis et complices dans un autre monde aux teintes d'un inquiétant futur, contribution du Maître lui-même qui, dans le sixième arrondissement de Paris, rencontre Woland, son adversaire et ami de toujours, qui a son mot à dire...
Roman d'aventures, roman policier, réflexion sur le monde technique et les démocraties, méditation plus drôle que mélancolique sur le temps qui passe, le rajeunissement et les années d'après-guerre, Soixantième, par-delà le thème de l'anniversaire, rejoue toutes les facettes du mythe de Faust : c'est donc avec ses cinquante-neuf prédécesseurs - selon les calculs d'un spécialiste du Maître - que cette nouvelle interprétation va se mesurer.
Faust, enfin revisité, parce que Faust toujours renouvelé.
Ariel Denis est entre autres l'auteur de Un anniversaire, Fortune de guerre, Récital (qui vient d'obtenir un très grand succès en Allemagne), Le Dossier Meyer-Devembre.
Des morceaux de bravoure au détour desquels l'auteur se livre à des méditations drôles, impertinentes et pleines de mauvaise foi sur la société. Le diable est dans les détails, chez Ariel Denis, qui le cuisine à toutes les sauces, sans jamais tomber dans le pédantisme, malgré les centaines de références et de citations saupoudrées çà et là...
Astucieux, sarcastique, farfelu, léger, toujours surprenant, Soixantième est réjouissant en diable.
La vue s'étend au loin par les fenêtres inclinées. De la double verrière tombe une cataracte de lumière. On est assis tout en haut comme un observateur d'artillerie à son poste de combat. On domine la ville.
Heimito von Doderer, Les Démons.
Voilà plus de quinze années que j'occupe le même appartement mansardé - un loft, dirait-on aujourd'hui -, sous les toits d'une petite rue tranquille dans le quartier de Montparnasse, tout à côté de la gare.
L'hiver est rigoureux. Il fait froid, sombre et froid, encore et encore, avec ce gris qui ne s'accorde que trop bien à la teinte gorge-de-pigeon de Paris, oui, froid et gris, depuis tant de semaines - avant même ce jour fatidique de novembre, dont la prononciation est aussi effroyable que celle du noir Nécronomicon de l'Arabe dément Abdul Alhazred. Pourtant cette date incroyable va servir, presque malgré moi, d'unité à cet ouvrage, sous l'amicale pression, comme on dit, des Nôtres - les Miens ! Proches, amis, collaborateurs... J'ai plus de relations que je ne croyais, et dans les mondes les plus différents. Qu'il en soit donc ainsi ! Même si ce passage me semble parfaitement irréel - aussi scandaleux qu'insensé. Une diablerie. Mais j'ai promis ma contribution.
Je n'ai déménagé que deux fois au cours de mon existence, dont l'ombre paraît étrangement s'allonger, à la manière de celle qui descend sur le bas des montagnes, à mesure que s'affaiblit le jour.
J'ai passé vingt et quelques années dans le vaste et sombre appartement provincial de l'enfance (les années des parents, du grand et sévère lycée entouré de platanes, les glorieuses années d'après-guerre, plus lointaines, scintillantes et mystérieuses que les galaxies aux confins de l'univers), puis vingt autres sur les hauteurs de Montmartre - et, à présent, depuis plus de quinze ans, c'est de Montparnasse que je surveille les toits de Paris, tel un observateur d'artillerie à son poste de combat.
Tout est silencieux - de ce silence murmurant des villes, aussi inquiétant, profond et insistant que celui de la Nature même. C'est une sorte de message continu et obscur, que nos antennes tâtonnantes déchiffrent sans comprendre, comme celui de l'océan. Autour de moi, les livres montent à l'assaut du plafond - fort haut pourtant, bien au-dessus des grosses poutres en bois -, tels les géants vers le ciel des dieux. Les volumes, ainsi que la terre, semblent soumis à des processus inéluctables de sédimentation. Posez un livre sur le sol, et une pile se dressera bientôt, avant que vous n'en ayez conscience, et quelles qu'en soient les causes : les circonstances, la collection, la nature du terrain, le genre, le pays. Une colonne de romans policiers nordiques - suédois, norvégiens... - s'est formée spontanément près de l'entrée, cohabitant sans peine avec une sévère et puissante pile de post-métaphysiciens anglo-saxons. Petites tours de Babel qui ne s'écroulent pas, mais me forceront un jour à les disloquer ou à fuir moi-même les lieux - abandonnant ces hauteurs impies à leur triomphe inutile.
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