Auteur : Louis Bayard
Traducteur : Jean-Luc Piningre
Date de saisie : 01/11/2007
Genre : Policiers
Editeur : le Cherche Midi, Paris, France
Collection : Neo
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-7491-0904-6
GENCOD : 9782749109046
Sorti le : 23/08/2007
«D'une intelligence ahurissante. Bayard renouvelle complètement le thriller historique.»
The New York Times
À la façon de Caleb Carr dans L'Aléniste, ou de Matthew Pearl dans Le Cercle de Dante, Louis Bayard nous propose avec Un oeil bleu pâle un thriller gothique et érudit d'une intensité rare. Multipliant les énigmes, les fausses pistes, les trompe-l'oeil, il construit une intrigue qui prend racine dans la vie et les oeuvres d'Edgar Poe, au suspense constant et au final étourdissant.
1830. Landor est un vétéran de la police de New York, désormais à la retraite. Personnage complexe, usé par les années de service et des tragédies personnelles, il répond à l'appel des autorités de l'académie voisine de West Point lorsque la dépouille d'un élève officier, retrouvé pendu, est atrocement profanée. Landor accepte de mener l'enquête et prend pour assistant un élève de West Point sombre et tourmenté, nommé Edgar Poe. C'est le début d'un terrible voyage au coeur des ténèbres pour les deux hommes qui, lancés sur la piste d'un tueur aussi terrifiant que machiavélique, devront affronter leurs propres démons, alors que l'académie entière est prête à basculer dans la folie, 'lundis que les cadavres se multiplient, Landor et Poe pénètrent les arcanes mystérieux de West Point, entre sociétés secrètes et sacrifices rituels, jusqu'à une conclusion aussi stupéfiante qu'imprévisible.
Louis Bayard est journaliste au Washington Post et au New York Times. Un OEIL BLEU PALE est son premier roman publié en France.
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L'histoire d'Un oeil bleu pâle est racontée par celui qui mène l'enquête, le détective en retraite Gus Landor, qui vit seul dans un cottage. Sa femme est morte, sa fille a disparu. Son nom vient d'une brève nouvelle, le Cottage Landor. Se souvenant d'un paysage de sa jeunesse, Poe décrit avec minutie un vallon et une maison enchantés. Bayard a conservé certains détails : un tulipier et «les ailes de la maison», «construite en bardeaux, à la vieille mode hollandaise, larges et non arrondis dans les coins»...
Bayard détourne ou pastiche l'écrivain, selon les moments : il joue avec le personnage et ses textes. Il restitue l'emphase propre à Poe, qui voulait et devait faire entendre ses procédés, alors nouveaux, et sa manière de souligner certains mots pour faire entrer le son dans la pensée...
Un oeil bleu pâle est une poupée russe : roman policier, gothique, sanglant, mais aussi, pour qui veut, jeu littéraire et logique abouti.
Le testament de Gus Landor
Le 19 avril 1831
Dans deux ou trois heures... Il est difficile de savoir... Disons que dans quatre heures au maximum... je serai mort.
Je trouve utile de le préciser, car cela apporte un certain éclairage à la situation. J'éprouve depuis peu, par exemple, un grand intérêt pour mes doigts. Pour cette lamelle des stores aussi, celle qui est un peu de travers en bas. Derrière la fenêtre, une tige rebelle de la glycine, qu'on dirait échappée de sa souche, oscille comme une corde de pendu. Je ne l'avais jamais remarquée. Autre chose : le passé ressurgit avec toute la force du présent. Les gens qui peuplèrent ma vie se pressent en masse à mon chevet. Comment font-ils pour ne pas se télescoper ? Je me le demande. Je vois devant la cheminée un conseiller municipal d'Hudson Park ; juste à côté, ma femme, en tablier de ménagère, ramasse les cendres pour les mettre dans la corbeille. Et qui la regarde faire, sinon mon chien, ce bon vieux retriever du Newfoundland ! Ensuite, dans le couloir : ma mère ! Elle qui n'entra jamais dans cette maison, puisqu'elle est morte quand j'avais onze ans. Et voilà qu'elle repasse mon costume du dimanche.
Une chose paraît curieuse, cependant : mes visiteurs ne s'adressent pas la parole. Ils obéissent, semble-t-il, à un protocole assez strict. Dont je ne comprends pas les règles.
Cela dit, tout le monde ne les respecte pas. Cela fait une heure qu'un certain Claudius Foot me rebat les oreilles avec son histoire. Il hurle. Je l'ai arrêté il y a quinze ans pour l'attaque du courrier de Rochester. Une épouvantable injustice... Il avait trois témoins pour affirmer qu'au même moment, ou à la place, il dévalisait celui de Baltimore ! Et il était fou de colère ! Libéré sous caution, il avait quitté la ville pour y revenir six mois plus tard. Mais il avait attrapé le choléra et, à bout de forces, s'était jeté sous les roues d'un taxi à chevaux. Seule la mort avait réussi à interrompre sa logorrhée. Et aujourd'hui il recommence.
Il y a foule, croyez-moi. Selon mon humeur, selon l'angle des rayons du soleil dans le salon, j'y prête plus ou moins attention. Par moments, je dois admettre que j'aimerais mieux communiquer avec les vivants. Ils se font rares, ces temps-ci. Patsy ne passe plus dire bonjour... Le professeur Pawpaw est toujours à La Havane en train de mesurer ses crânes. Je ne vois d'ailleurs pas ce qui pourrait le faire revenir. Il ne me reste que son souvenir, de vieilles conversations qui défilent dans mon esprit. Un soir, par exemple, nous discutions de l'âme. Je n'étais pas certain d'en avoir une ; lui si. C'aurait pu être amusant de l'écouter, mais il se prenait vraiment trop au sérieux. Il faut dire que personne, jusque-là, ne m'avait entraîné si loin sur cette pente hasardeuse, pas même mon père (pasteur itinérant, trop soucieux de l'âme de ses ouailles pour s'occuper de la mienne). Et je n'arrêtais pas de répéter :
- Bon, bon, tu as peut-être raison.
Alors Pawpaw redoublait de ferveur, arguant que j'éludais simplement la question, en l'attente d'une confirmation empirique. Je lui demandai donc :
-Faute d'une confirmation de ce genre, que puis-je dire d'autre que «Tu as peut-être raison» ?
Nous divaguâmes ainsi un moment, jusqu'à ce qu'il m'assène :
- Landor, le jour viendra où ton âme se tournera vers toi et se présentera de la façon la plus empirique - à l'instant précis où elle te quittera. Tu essaieras de la retenir, bien sûr ! Mais cela ne servira à rien ! Regarde-la plutôt maintenant qui ouvre ses ailes d'aigle et part aux Indes agrandir son aire.
Non, il ne manquait pas d'imagination ! Un rien extravagant, quoi. En ce qui me concerne, j'adhère mieux au réel qu'à la métaphysique. J'aime les données palpables, la bonne soupe du quotidien. C'est pourquoi les faits et leurs conséquences formeront la trame de ce récit, comme ils formèrent celle de ma vie.
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