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Ma mère toute bue

Couverture du livre Ma mère toute bue

Auteur : Valéry Meynadier

Date de saisie : 15/06/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Chèvre-feuille étoilée, Montpellier, France

Prix : 10.00 € / 65.60 F

ISBN : 978-2-914467-39-1

GENCOD : 9782914467391

Sorti le : 06/06/2007

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  • La présentation de l'éditeur

" J'ai peur de ma mère comme du haut d'une tour. Peur qu'elle ne me fasse tomber dans une chute irréversible. J'ai déjà commencé de tomber. "

C'est l'histoire d'une chute. Lente et irréversible. La déchéance d'un être en proie à ses démons.
C'est aussi l'histoire d'un amour éperdu. Celui d'une fille pour sa mère. Une adolescente qui, page à page, nous fait partager sa révolte, son désespoir et ses colères.
Une écriture coup de poing, haletante, percutante et si forte qu'on ne peut sortir indemne de la lecture de ce texte.

Valéry Meynadier est née à Paris et vit actuellement à Montpellier où elle anime des ateliers d'écriture dans les collèges, IUFM, maisons d'arrêt et chez elle. Elle est également co-scénariste et comédienne. L'écriture lui est moins qu'une passion et plus qu'une nécessité : c'est sa vie.





  • Les premières lignes

J'ai peur de ma mère comme du haut d'une tour. Peur qu'elle ne me fasse tomber dans une chute irréversible. J'ai déjà commencé de tomber. Tout ça, c'est la tour, il ne fallait pas déménager. Te souviens-tu ? À l'arrivée, le vide n'était plus le même, plus aigu, plus vide encore. A-t-on idée de construire pareil édifice ? C'est à nous faire perdre la tête que de vivre à hauteur de cathédrale. Ce qui la tue, ma mère, ce n'est pas le vide mais la tentation du vide.
Je l'ai senti très vite : le vide t'exauçait. Quelque chose en toi de semblable à lui : ta faiblesse. Tu ouvres la fenêtre et tu assistes à l'abîme contenu en toi. La multitude des jours et des nuits a creusé ce même vide en toi. D'emblée, la fenêtre du salon m'a donné le grand frisson. Très vite, j'ai pressenti l'acte qu'elle hébergeait. Jamais ouvert de mes mains la fenêtre du salon.
T'es sûre, mie, qu'on doit déménager ? J'aime beaucoup ce petit appart. Lui aussi d'ailleurs, ne le sens-tu pas ?
Et les huissiers, Gabrielle, tu vas leur expliquer que l'appart t'empêche de partir ? Allons, folle chérie, sois à la page un peu ! Il est temps de se faire la malle sinon les meubles vont passer !
Les petits cailloux, tu te souviens ?
Le monde pour rentrer chez lui devait emprunter l'allée parsemée de petits cailloux. Not'macadam, qu'on disait. Derrière les rideaux, en catimini, tu assistais au va-et-vient du monde, notre sujet de conversation favori. Moi, c'était les petits cailloux, je ne me lassais jamais d'eux. Je rêvais de les délivrer. Tu me fais penser à eux, aujourd'hui, pris au piège du ciment... L'envie de les prendre à pleines mains et de les jeter en l'air. Impossible... Tu es comme eux dans ta tour, cimentée de vide.

Maman, il ne faut pas partir. J'aime pas la tour, elle me donne froid dans le dos.
Peut-être mais le loyer méfait chaud au coeur. Trois cents euros le loyer, une bagatelle ! Et puis dis-moi un peu, t'en as pas ras-le-bonbon de déménager une fois l'an ? Le quatrième appart en quatre ans ! Je suis fatiguée, Gabrielle, épuisée. J'y resterai dans cette tour, crois-moi et plus d'une année ! Allez ferme les cartons et ta bouche par la même occasion.
J'ai insisté, beaucoup. Il ne faut pas. Faut pas. Trop tard. Les meubles là-bas dans la tour, tandis qu'ici mes pas de plein fouet dans le salon vide, de long en large, je m'obstine. Je martèle mon adieu. Que s'inscrive mon intuition pour le futur maître des lieux, qu'il entende et vienne à notre secours...
Je suis ton interdiction levée, celle devant qui tu prends tous les droits ; dont un, bien spécial. Un droit spécialement sur moi, car pauvre mie, elle ne ferait pas de mal à une mouche mais moi, sans scrupules, elle m'écraserait comme un cafard. Un droit au mal. J'ose espérer, tu n'en as pas conscience. Que le vice t'épargne. Etre méchante dans l'inconscience, ma foi, c'est être un tout petit peu moins méchante. Allons, trêve d'excuse, inconsciente ou pas, elle aime se sentir un piège pour les autres. Les autres, c'est à dire : moi.


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