Auteur : Christophe Hardy
Date de saisie : 14/06/2007
Genre : Dictionnaires, encyclopédies
Editeur : Belin, Paris, France
Collection : Le français retrouvé
Prix : 16.50 € / 108.23 F
ISBN : 978-2-7011-3537-3
GENCOD : 9782701135373
Sorti le : 25/05/2007
Les mots de la musique
Ce recueil, qui s'ouvre sur un subtil «prélude» où l'auteur dit son amour des dictionnaires et des notes, nous offre une moisson exceptionnelle de mots touchant à la musique - à toutes les musiques, sans aucune restriction - mais aussi à la danse et à la chanson. Grâce à de nombreuses citations, la littérature, et tout spécialement la poésie dans sa rencontre avec la musique, figure en bonne place au côté des termes techniques, du jargon professionnel et des trouvailles linguistiques du XXIe siècle.
Collection «Le français retrouvé», dirigée par Jean Bouffartigue : une encyclopédie de poche de tous les domaines du français.
Racines grecques ° Racines latines Étymologies surprises ° Pièges du français Francophonie ° Mots des régions Mots anglais ° Mots latins ° Mots exotiques Locutions et proverbes ° Chansons populaires Noms de familles ° Noms de villes et de villages ° Bible et mythologie Religion ° Philosophie ° Politesse ° Cinéma Chansons populaires ° Vin et ivresse Cuisine et table ° Costume ° Nature ° Cirque-Mer ° Art ° Presse ° Sigles ° Merveilleux et fantastique ° Personnages ° Guerre Photographie ° Cheval ° Football Montagne ° Comique ° Musique
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EN GUISE DE PRELUDE
Dans Le Hibou et la Baleine l'écrivain-voyageur Nicolas Bouvier rapporte l'épreuve vécue naguère par des explorateurs français. Il nous les décrit échoués avec barda et pirogues sur les rives du Haut-Orénoque. L'épaisseur de la forêt amazonienne s'annonce hostile, mais moins que les Indiens qui soudain surgissent. Les égarés savent que les mots seront inutiles, l'interprète qui aurait pu traduire leurs intentions pacifiques s'est noyé il y a quelques jours au franchissement d'un rapide. Des gestes de fraternisation ? Ils ne sont pas compris. Alors, comme s'ils lançaient un baroud désespéré, nos explorateurs arment leur magnétophone. La bande diffuse de la musique. C'est du Mozart. Et le miracle opère. Les Jivaros qui imaginaient déjà quelles jolies réductions ils feraient de tout cet arrivage de têtes blanches, se métamorphosent impromptu en mélomanes avertis. Ils rangent flèches, pots de curare et couteaux, saisissent leurs flûtes de roseau et, calés dans l'harmonie venue de loin, venue d'ailleurs, ils tapent un des ces boeufs mémorables qui abolit toute distance. La leçon de l'aventure paraît évidente : il y aurait les mots qui séparent et il y aurait la musique qui rassemble. Les uns marqués, comme engourdis et entachés, par le particularisme des langues. L'autre, universelle dans son expressivité.
Une leçon trop expéditive. L'expérience invite à plus de nuances, je veux dire ma propre expérience. Il se trouve que j'ai commencé à apprendre la musique exactement au moment où j'étais engagé dans l'acquisition de ce qu'on appelle «les apprentissages fondamentaux» - lire, écrire. Depuis, je n'ai cessé de cultiver cette double familiarité avec les sons et les notes, les mots et les phrases. Et parce que je sais goûter aux deux langages, comme le marinier qui aime descendre un fleuve en campant tantôt sur une rive tantôt sur la rive d'en face, je voudrais au nom de cette ubiquité pleine de vertus, affirmer la puissance du dictionnaire dans son principe et les qualités singulières d'un ouvrage consacré au vocabulaire de la musique.
Si, comme le dit la fable grecque, Orphée était un virtuose de la lyre, il était aussi poète et chanteur. Il possédait un art double, celui du mot et celui de la sonorité musicale. En Amazonie, j'en suis sûr, il aurait fait merveille, déployant ce génie qui, aux Enfers, lui avait permis d'adoucir dieux, fauves et pierres. Sans coup férir il aurait apprivoisé les féroces Jivaros. Tel est le pouvoir orphique de la parole : quand elle sonne juste avec des mots bien affûtés, elle ramène à la vie tout ce qui mérite d'être aimé. Amour et savoir ont donc beaucoup à faire ensemble. L'exactitude, la précision, le souci de la nuance ne contrarient pas la courbe de l'élan expressif. Ils le magnifient. Et davantage : ils en sont les ferments. Sans eux la force du langage s'épuise toute dans l'instant car elle ne peut compter que sur le seul cri, qui aussitôt retombe étouffé par le cri suivant. Pour se faire entendre, toucher les êtres et les choses, Orphée jamais ne hurlait à la mort. Il la bravait, en maître de l'instrument et du verbe, maître des sonorités et des sens.
Pour la langue comme pour la musique la justesse est la meilleure, la plus joyeuse des règles.
Christophe Hardy
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