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L'ascenseur

Couverture du livre L'ascenseur

Auteur : Alain Fleischer

Date de saisie : 26/09/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : le Cherche Midi, Paris, France

Collection : Styles

Prix : 10.00 € / 65.60 F

ISBN : 978-2-7491-0926-8

GENCOD : 9782749109268

Sorti le : 23/08/2007

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  • La présentation de l'éditeur

«Dans cette cabine d'ascenseur, silencieuse et sombre, arrêtée au rez-de-chaussée de l'hôtel Hungaria, sur l'Isola del Lido, à Venise, j'ai le sentiment de flotter encore à la surface dune histoire, et cet arrêt, cette obscurité sont ceux du bain d'arrêt à la surface duquel flotte une image photographique, apparue mais menacée de disparition, entre révélation et fixation. Une situation s'est dessinée, une image s'est révélée, dont nous sommes les prisonniers responsables, se dit David. Tout s'inverse : si l'ascenseur finissait par s'élever, je m'enfoncerais, avec cette Stella de Prague qui ne s'appelle pas Stella, vers quelque profondeur où m'aurait attendu depuis longtemps la Stella de Buenos Aires, la noyée du Rio de la Plata. N'est-ce pas le propre de Venise de tout inverser, de tout renverser comme au fond d'un sombre miroir ?»

Ecrivant, photographe, cinéaste et plasticien, Alain Fleischer a créé et dirige le Fresnoy, Studio national d'art contemporain. Il a notamment publié Les Ambitions désavouées (le Seuil), Immersion (Gallimard) et L'Amant en culottes courtes (Le Seuil).





  • Les premières lignes

La stratégie de l'archipel

Toute écriture littéraire - qu'elle soit fictionnelle et romanesque, ou autobiographique (et romanesque encore, ce n'est pas nouveau, voir Les Confessions, de Jean-Jacques Rousseau) - s'emploie à cacher un secret - faute, perte, erreur, échec, deuil, regret, remords, culpabi­lité, douleur -, bien plus qu'à le dire, bien plus qu'à l'exposer, à le cacher dans les mots, à le perdre, à l'enfouir, à l'ensevelir dans un tom­beau profond d'où cela ne ressortira jamais, et dont la trace inversée, le positif issu de ce négatif, la forme heureuse, visible, issue de ce creux malheureux, de ce creuset, de ce moule, sera précisément la sépulture menteuse, le mensonge du petit monument d'écriture. Car évidemment, la vérité ne se dit pas, elle ne s'écrit pas, même quand il y a volonté de la dire, de l'écrire, ou croyance sincère en cette volonté, en cette possibilité, toujours la vérité se dérobe, toujours elle échappe - c'est son essence -, toujours une volonté contraire s'oppose à celle de la dire, de l'écrire, et finit par l'emporter à la faveur d'une ruse suprême, toujours une ultime serrure résiste à toutes les clés jusqu'à la dernière, toujours l'auteur lui-même, le coupable, a prévu cette serrure-là, contre les clés de l'écriture qu'il a lui-même forgées. Et si ce n'est pas l'auteur qui a, en toute conscience, conçu et fabriqué cette ultime serrure de mots, inviolable, il sait que c'est tout son art, l'art de la serrurerie qui, au-delà de lui-même et de ses capacités propres, aura fini par la lui procurer en même temps, dans le même métal, avec cette même matière des mots dans laquelle il élabore des clés. La littérature est cet art de forger des clés et d'imaginer ensuite les serrures que les clés pourraient ouvrir, jusqu'au moment où toutes les clés auront fini par former une serrure dont la clé manque à jamais, puisque toutes les clés ont été employées au mécanisme de la serrure. Le but caché de toute écriture est donc de cacher son but, premier de tous les secrets, dans lequel l'écriture elle-même finit par oublier son origine, son énigme, l'encre qui la matérialise, la main qui la trace, et puis le bras dont la remontée s'avère impossible jusqu'à la tête où l'encre, avant d'être inerte et froide, a été un sang bouillonnant et chaud, irriguant le mystère d'une conscience, d'une mémoire, d'une imagination, d'une pensée.

Pour sauvegarder l'image de sa noblesse et de sa gravité, l'écriture veut faire oublier qu'elle est d'abord un jeu, un de ces jeux solitaires qui invite la multitude anonyme des partenaires invisibles à accepter la règle : la règle du jeu de l'écriture est sa seule vérité, sa matière mensongère, son pacte de dupes.


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