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L'empire du loft (suite)

Couverture du livre L'empire du loft (suite)

Auteur : François Jost

Date de saisie : 19/06/2007

Genre : Sociologie, Société

Editeur : La Dispute, Paris, France

Prix : 14.00 € / 91.83 F

GENCOD : 9782843031533


  • La présentation de l'éditeur

"Des mots sur les images", série dirigée par Robert Grélier, explore les arcanes de l'image, fixe ou animée, qui peuple l'imaginaire d'aujourd'hui.

Depuis Loft story, la télé réalité n'a cessé d'éten­dre son empire. Pas un genre, pas une chaîne, pas un pays qui n'ait été touché par le phénomène. Malgré sa mort régulièrement annoncée, elle n'en finit pas d'inventer de nouveaux formats qui contaminent les autres, au point que la télévision dans son ensemble tend à prendre le visage de la télé réalité.

Dans cette nouvelle édition, François Jost, éminent analyste de la télévision, professeur à la Sorbonne Nouvelle, prolonge son propos par cette question : au-delà de l'évolution télévisuelle dont elle témoigne, de quoi la télé-réalité est-elle le symptôme ? En revenant sur sa récente histoire, il découvre qu'en valorisant constamment l'anonyme au détriment des élites, elle a accompagné les changements politiques de notre société.




  • Les premières lignes

Extrait de la préface de l'auteur à la deuxième édition :

Bien que sa mort soit régulièrement annoncée depuis l'apparition de Loft Story, la télé-réalité n'en finit pas de renaître de ses cendres. Phénix protéiforme, elle a emprunté bien des apparences jusqu'à retrouver en l'été 2007 celle qui l'avait fait connaître : un loft peuplé de quelques prisonniers volontaires, prêts à vivre sous le regard inquisiteur des caméras. Secret story rejoue une fois de plus la formule déci­dément indémodable de Big Brother, tandis que La Belle et le génie, adaptation d'un format américain à succès, The Beauty and the Geek, met en scène la énième version de la Belle et la bête.
Jusqu'où s'étendra l'empire du loft ? demandait cet ouvrage. En 2001, lors de sa première édition, beau­coup haussaient les épaules à l'énoncé d'une telle question. Ce n'était, à les en croire, qu'un phénomène volatil, une mode passagère, qui ne valait qu'on s'y arrête. Le dernier quinquennat leur a donné tort : la télé-réalité aura duré autant que le mandat d'un Président de la République et sans doute un peu plus. Simple coïncidence ? Cela reste à voir. Car, sous la pression de l'actualité et du renouvellement continuel des produits audiovisuels, l'un chassant l'autre, nous n'avons peut-être pas suffisamment pris le temps de voir de quoi la télé-réalité était le symptôme. C'est la raison pour laquelle il m'a paru opportun, maintenant que nous avons un peu de recul, d'ajouter une interrogation qui manquait à la première édition de cet ouvrage. Mais, avant d'y aller voir, traçons les nouvelles frontières de l'empire.

Aujourd'hui, il n'est guère de pays qui n'ait été touché par le phénomène. Big Brother a connu des dizaines d'adaptations dans le monde, l'émission en est à sa septième saison aussi bien en Allemagne (sur RTL2) qu'en Italie (sur Canale 5) ou au Brésil (Globo). Si Loft Story, la version française de Big Brother, n'a duré que l'espace de deux étés, en revanche, sa variante chantante, Star Academy va également être diffusée pour la septième année consécutive, et ce format, plus consensuel que le précédent, a été repris par une cinquantaine de chaînes, fédérant parfois plusieurs pays, comme LBC au Liban, qui vit gagner en 2007 une chanteuse irakienne, ou Nessma TV en Tunisie, avec son Star Academy Maghreb. Quant à Survivor, notre Koh-Lanta, c'est devenu un rendez-vous régulier un peu partout.
À ces trois formats fondateurs se sont ajoutés des dizaines d'autres depuis cinq ans : Nice people, Pop Stars, Fear Factor, Opération séduction, L'île de la tentation, le Bachelor, Greg le Millionnaire, la Ferme célébrités, Le Pensionnat de Chavagne, et j'en passe. Dans ces conditions, la télé-réalité mérite-t-elle encore son nom et que désigne-t-elle vraiment ? Comme on le verra à la lecture de cet ouvrage, l'intérêt qu'elle a suscité à son lancement tient à deux faits : d'une part, l'invention d'une appellation dans laquelle beaucoup ont vu la promesse d'une nouvelle authenticité télévisuelle ; d'autre part, la création d'un produit télévisuel dont la catégorisation est éminemment variable et soumise aux stratégies de ses producteurs ou de ses diffuseurs. En cela, Loft Story est un cas d'école : lancé du côté du réel - au point que certains y virent un documentaire ! -, l'émission devint un «jeu», quand il fallut désamorcer le scandale qu'elle suscitait, et «une fiction réelle» quand il fallut convaincre le téléspectateur que son vote ou plutôt ses appels téléphoniques surtaxés le rendaient maître des événements.
Monde réel, monde ludique, monde fictif, tel est encore le parcours qu'empruntent bien des émissions de télé-réalité : on les vend sur le terrain de l'authen­ticité et, quand cette promesse est mise en défaut - soit qu'elle ne soit plus crédible, soit qu'elle suscite des objections -, les producteurs la dédramatisent en reculant sur des terrains moins minés : le jeu ou la fiction. Ce fut le cas du Pensionnat de Chavagne, d'abord témoignage nostalgique de l'École des années cinquante, avant d'être une sorte de jeu de rôle, ce sera celui de Secret Story, jouant sur le double tableau de la confession-vérité et d'un dispositif ludique.


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