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Des embryons et des hommes

Couverture du livre Des embryons et des hommes

Auteur : Henri Atlan | Mylène Botbol-Baum

Date de saisie : 23/06/2007

Genre : Sciences et Technologies

Editeur : PUF, Paris, France

Collection : Science, histoire et société

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-13-054282-7

GENCOD : 9782130542827

Sorti le : 26/04/2007


  • La présentation de l'éditeur

Quels sont les enjeux éthiques entre les sciences du vivant, l'impact éthique de la recherche sur embryons, et les représentations sociales construites à partir de conflits de convictions ou de représentations narratives sur l'origine de la vie ? Quelle place ont prise les femmes dans ce débat ? Comment la délocalisation de l'embryon, de l'utérus à la cité, met-elle en jeu la hiérarchie des sexes dans la fabrication d'enfants, et quel sera, dès lors, l'avenir de la naissance ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles répondent les deux auteurs.

Henri Atlan est professeur émérite aux Universités de Paris VI et Jérusalem, et directeur d'études à l'EIHESS. Il a publié de très nombreux ouvrages, parmi lesquels les Étincelles de hasard, l et 2 (Seuil, 1999, 2003), L'Utérus artificiel (Seuil, 2005) et, avec R.-P. Droit, Chemins qui mènent ailleurs. Dialogues philosophiques (Stock, 2006). Mylène Botbol-Baum est professeur de philosophie et de bioéthique (Bruxelles). Elle a dirigé, entre autres, l'ouvrage Bioéthique pour les pays du Sud (L'Harmattan, 2005).



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  • La revue de presse Jean-Paul Thomas - Le Monde du 15 juin 2007

Pour débarrasser la génétique humaine de ses relents racistes et eugénistes, la bonne volonté ne suffit pas. Séparer les projections fantasmatiques des enjeux scientifiques et médicaux exige un travail de suivi à l'égard des recherches les plus récentes. C'est à cette vigilance qu'invite Henri Atlan. Son propos est d'abord méthodologique : il se demande comment bien "formuler les problèmes qui se posent aux interfaces entre biologie et philosophie"...
Mylène Botbol-Baum partage les mêmes exigences méthodologiques. Elle aborde sous un angle neuf le conflit des représentations né de l'action sur l'embryon. Les recherches sur celui-ci bouleversent les repères normatifs de la filiation. Ainsi, les droits subjectifs des femmes en sont affectés, et l'assistance médicale à la procréation donne lieu à des approches féministes contrastées



  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

«La liberté est la condition ontologique de l'éthique, mais l'éthique est la forme réfléchie que prend la liberté.»
M. Foucault, Dits et écrit, t. IV.

L'AVENIR DE LA REPRODUCTION ET LE STATUT DE LA MATERNITÉ

Dès les civilisations premières, l'enjeu de la reproduction a structuré les rapports hommes-femmes dans des constructions sociales qui dépassent les déterminismes biologiques des corps. Face à la logique synchronique de l'évolution des techniques de fécondation in vitro, tout se passe, pour ceux qui s'y opposent au nom de la nature, comme si la rencontre en biologie du matérialisme et de l'aléatoire avait privé le sujet de l'irréductible singularité de sa naissance. Nous montrerons que cette inférence mène à une suite de faux arguments qui rend responsable la factualité biologique d'une représentation dévalorisée de l'humanité. La question de la procréation se confond avec celle de la filiation, voire de la reproduction. Les techniques de reproduction assistée sont perçues comme menaçant l'aléatoire de la naissance. La régulation des naissances s'opposerait à une forme d'élection qui, transformant le hasard en nécessité, ouvrirait le monde à un régime d'indétermination radicale, de contingence absolue. La tension apparente entre la plasticité radicale de la biologie et le déterminisme génétique est perçue comme un paradoxe qui semble objectivement réifier la représentation de l'humain. Cette confusion mène aux arguments les plus contradictoires sur la légitimité ou pas de manipuler l'embryon, unité individuante, ce qui risquerait de transformer l'élection biologisée de la naissance (le moment de la rencontre de deux gamètes) en vertige de l'indétermination et de l'incertain. Nous poserons ici avec Henri Atlan que la question de l'embryon peut difficilement se penser dans le cadre du binarisme classique de la raison, et exige une pensée de la complexité qui ne nécessite pas d'humaniser le matériel génétique.
L'essai de Henri Atlan résume la réflexion élaborée dans son oeuvre antérieure en nous rappelant que tout ce qui est propre à l'espèce humaine n'est pas enjeu d'humanité. Il tente de dénouer le malentendu sur le fait que nos gènes réduiraient à néant notre liberté, et nous invite à repenser la notion de liberté, non dans le cadre de l'ontologie cartésienne et dualiste de l'homme-machine, mais dans le cadre du monisme spinoziste. La question de la responsabilité scientifique est dès lors liée à une réflexion sur la validité du cadre épistémologique où se pense la question du statut de l'embryon. La diachronie de ce cadre de pensée permet de questionner les arguments affectifs ou catastrophistes liés à cette recherche, en s'attachant à séparer la multiplicité des possibles, d'une validation éthique causaliste. L'exigence envers le discours éthique est de se mettre en dialogue avec les hypothèses scientifiques. Henri Atlan rappelle néanmoins que la seule finalité admissible pour toute intervention technique sur un individu humain en cours de développement doit rester le cadre thérapeutique. Il exclut le méliorisme dès lors qu'il vise l'instrumentalisation des personnes de façon irréversible. La thérapie génique sur cellules germinales, à l'ère de la biologie postgénomique, pose en effet de nouveaux défis quant à la capacité de distinguer entre eugénisme privé et eugénisme positif de fabrication.
Le problème éthique plus fondamental concerne le lien biologique entre gènes et embryons, dans un contexte où la sexualité et la maternité, dans leurs dimensions sociales, sont minimisées. Un dialogue nécessaire entre sciences biomédicales et représentations sociales doit être repris sans naïveté quant à son impact sur des représentations de la maternité et de la reproduction qui, ayant perdu tout caractère d'évidence, se figent sur le sens commun.


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