Canaille blues / Passion du livre

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.. Canaille blues

Couverture du livre Canaille blues

Auteur : Ella Balaert

Date de saisie : 22/03/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Hors commerce, Paris, France

Collection : Hors bleu

Prix : 18.00 €

ISBN : 978-2-915286-66-3

GENCOD : 9782915286663

Sorti le : 22/03/2007

en vente sur


  • Le message sonore
Un message sonore de Ella Balaert

Ella Balaert - 22/06/2007



  • La présentation de l'éditeur

Personne ne sait comment cela commence. Un jour, il s'est trouvé garé là, ce car. Posé sur les hauteurs de la ville. Personne ne l'a vu venir, s'installer, s'inscrire peu à peu dans les habitudes urbaines, et pourtant un jour, ils étaient tous là, femmes, hommes, bêtes, Treize-Oignons, Quatre-B, la Mont-Joli, Babelle et les autres : la bande des Chiens comme on les appelait, les Cyniques. Et, de ce jour, il n'était plus question de confondre ce car avec une ligne de bus régulière, ni de prendre ses passagers pour ce qu'on appelle communément des honnêtes citoyens.
C'est du moins ce que les Renseignements Généraux ont fait croire.

Auteur de romans et de nouvelles, Ella Balaert a exercé différents métiers. Elle se consacre à présent à l'écriture et à l'animation d'ateliers. Elle a notamment publié Mary pirate, aux éditions Zulma, en 2001, qui a rencontré un vif succès.





  • Les premières lignes

... le déchirement du penne, poursuit la femme de sa voix rocailleuse, lorsqu'il cède et s'arrache à la chair, c'est quelque chose, tu sais, on l'entend à peine en fait, on le pressent, presque on l'imagine, pas question de détacher les plumes à pleines mains comme on dépouille un poulet ou qu'on retourne la peau du lapin d'un coup d'un seul, vois-tu, non non, cela s'extrait délicatement, une plume de grue, d'aigrette, ou même de héron, mais c'est difficile de convaincre un héron de se laisser voler une dizaine de plumes pour les besoins du commerce, faut toujours qu'il joue les héros, le héron, il se prend, je ne sais pas, pour un albatros ou un grand condor, pourtant c'est juste un héron, un animal de marais, de rivière, je le sais, je suis presque bretonne, mon père arpentait les marchés de la baie et moi, j'ai choisi de faire arracheuse de plumes, pour ça...
La femme reprend à peine son souffle et, songeuse, continue :
... pour la beauté du geste, le moment où le penne, dans un craquement léger, se détache de la bête et entre dans l'éternité, ni mort, ni vif, ou plutôt les deux à la fois comme le sont les ongles et les cheveux des morts, lesquels poussent longtemps après que le coeur a cessé de battre... t'es pas d'accord avec moi, demande-t-elle à l'individu assis derrière elle dans le car en lui enfonçant l'index dans le nombril comme si ce geste pouvait, mécaniquement, ouvrir les paupières de l'homme, une sorte de géant décharné qui a l'air de dormir.
- Mmm, tais-toi donc, lui répond-il en se tournant sur le côté, ça me tue quand on parle comme ça.
Voilà, c'est ainsi que ça s'est passé, pour la Mont-Joli, d'après les on-dit -mais que n'a-t-on pas dit, dans cette histoire ? Un 6 janvier, exactement, ils l'ont trouvée là, dans leur car, déjà installée, en train de bavarder avec Treize-Oignons. Port de tête gracieux, gironde, brune et jeunette encore, perchée sur le dossier d'un des sièges, elle a observé en souriant les autres membres du groupe quand ils sont montés dans le véhicule. Personne ne lui a rien demandé, question d'habitude, déjà. C'est elle qui a précisé, on l'appelle la Mont-Joli, on peut y voir une allusion grivoise mais c'est pas obligé, elle aime autant pas, elle vient du Mont Saint-Michel, dans la mer. Rien à voir avec le mont de Vénus. Pas le même genre de sacré. Elle travaille dans le parc municipal comme arracheuse de plumes de hérons. Elle n'arrache pas pour le plaisir mais pour l'ornement des coiffes des dames. Quoique cela ne se fasse pas sans plaisir, il est vrai. Bon, elle l'accorde, on ne trouve guère de héron dans le parc municipal, mais ce n'est pas de sa faute s'il n'y a pas la moindre petite goutte d'eau, dans cette ville. Mer, marais, marigot : rien ; ni lac, ni flaque. De toute façon, les gens n'y connaissent rien. Ils ne savent même pas faire la différence, parmi les échassiers, entre les ciconiiformes et les charadriiformes. C'est tout dire. Elle peut leur vendre, pour des plumes de butor ou d'aigrette, les pennes raidis de vieux pigeons incontinents, ils s'en fichent, ce qui compte, c'est le nom et le prix. Le nom pour rêver, le prix pour briller.
Un grand silence accueille ces propos. Chacun s'est installé, dans le car, sur son fauteuil favori. Rêveuse, la Mont-Joli s'évente à présent d'un plumet d'outarde canadienne :
- De toute façon, je songe à me reconvertir dans les ailes de papillon, pour décorer les chapeaux de poupées. On en trouve partout, et ça se détache plus facilement. Ah, et puis je vous présente mon compagnon, Hector, un hamster agoraphobe. Ne vous tracassez pas, il ne vous embêtera pas, il ne quitte jamais son nid, sur quel fauteuil puis-je m'installer ?


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