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La Rochefoucauld

Couverture du livre La Rochefoucauld

Auteur : Georges Minois

Date de saisie : 27/06/2007

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Tallandier, Paris, France

Collection : Biographie

Prix : 32.00 € / 209.91 F

ISBN : 978-2-84734-278-9

GENCOD : 9782847342789

Sorti le : 05/04/2007


  • La présentation de l'éditeur

Prince de Marcillac jusqu'à la mort de son père en 1650, François VI, duc de La Rochefoucauld (1613-1680), a attaché son nom presque exclusivement au recueil de Maximes publié anonymement pour la première fois en 1664. Ce très grand seigneur s'est pourtant signalé par bien d'autres faits. Faits d'armes d'abord, puisqu'il sert le roi Louis XIII dans le Piémont dès 1629, et deviendra sinon un fin tacticien, du moins un vaillant guerrier, qui s'illustre en Flandre contre les Espagnols en 1646. Faits politiques ensuite, puisque, sous la minorité de Louis XIV, il prend une part active à la Fronde au côté de son ami et patron le prince de Condé, et dans l'étroite proximité de la duchesse de Longueville, qui fut sa tendre amie, peut-être son seul amour. En 1652, lors du fameux combat du faubourg Saint-Antoine si bien raconté par Alexandre Dumas, il perd un oeil. Réconcilié avec Mazarin, puis avec le jeune Louis XIV dont son fils devient favori, il se retire des affaires, séjournant alternativement sur ses terres poitevines et à Paris. Il dicte alors ses Mémoires, brefs et précis, puis se découvre un talent pour ciseler, à l'antique, des aphorismes percutants, voire cyniques, qui formeront le recueil des Maximes. C'est qu'il fréquente assidûment les salons précieux, où jansénistes, libertins et femmes d'esprit se rencontrent. Mme de Sablé, Mme de Sévigné, surtout Mme de La Fayette, deviennent de très proches amies. Fort de son expérience des hommes et des choses, observateur implacable des pensées et des comportements, s'entourant de conseils et de lecteurs avertis, le désormais vieux duc, perclus de rhumatismes, élabore ainsi, presque malgré lui, une oeuvre qui l'installe parmi les plus grands moralistes et écrivains de l'histoire.



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  • Le message de l'auteur

Georges Minois - 12/06/2007



  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

La Rochefoucauld ? Les Maximes ! Les deux termes sont inséparables, intimement liés dans la conscience culturelle du grand public. Citer l'un des deux amène l'autre à l'esprit, comme un réflexe. La Rochefoucauld est l'un de ces hommes dont toute l'existence semble condensée dans un seul ouvrage, comme Pascal dans ses Pensées et Montaigne dans ses Essais. Pourtant, qu'est-ce que 200 pages dans une vie de soixante-six ans ?
La Rochefoucauld disparaît derrière ses maximes. Il n'est qu'un fantôme, un nom, qui évoque 504 sentences coupantes comme un rasoir, pénétrantes comme une épée. Il ne vit qu'à travers ces déclarations impitoyables, au point que l'on imagine volontiers l'homme comme une sorte de misanthrope emperruqué, qui a passé son temps à faire des remarques cyniques sur ses contemporains, vers le milieu du XVIIe siècle.
Les Maximes ont suscité des centaines de livres et d'articles de commentaire. Glosées, disséquées, commentées, explicitées, louées, critiquées, elles sont un classique des manuels de litté­rature. Après plus de trois siècles, elles restent une valeur sûre des collections de poche, traduites dans de nombreuses langues. Il est vrai qu'elles sont particulièrement bien adaptées à notre époque, qui aime les oeuvres courtes, surprenantes, mordantes, claquantes comme un coup de fouet, une époque où le slogan, la «petite phrase», le bon mot ont détrôné l'ample style classique à la Chateaubriand. La publicité, la «une» des journaux, les «infos» brèves et répétées, pour les gens pressés que nous sommes, nous rendent familiers avec ce type d'oeuvre qui a parfois dérouté les esprits cartésiens d'autrefois. Des formules ramassées, elliptiques, condensées, paradoxales, portant des coups aux lieux communs, et qui sont un plaisir pour l'esprit. Bref, on ne tarit pas sur les Maximes : plus une oeuvre est brève, plus elle attire des commentaires interminables : voyez les Évangiles ! La bibliographie des Maximes est immense.
Mais sur leur auteur : rien, ou presque. On le voit apparaître, de façon très fugace, dans quelques épisodes de la Fronde, comme personnage de second plan, comparse éphémère, qui disparaît aussi vite qu'il est apparu. Il n'existe à ce jour aucune biographie de La Rochefoucauld digne de ce nom. Pourtant, la vie de celui qui a écrit que «les vices entrent dans la compo­sition des vertus comme les poisons entrent dans la composition des remèdes» et que «toutes les vertus des hommes se perdent dans l'intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer» mérite qu'on s'y arrête. Quel genre d'existence a bien pu mener ce personnage pour en venir à des conclusions pareilles ? Son contemporain Pascal, qu'il a fréquenté dans les salons, a eu des Pensées comparables, et cette amertume, cette lucidité pénétrante est partagée par d'autres moralistes du milieu du XVIIe siècle. La Rochefoucauld respire l'atmosphère de son siècle donc, et retracer sa vie permet déjà de rencontrer tout ce qui compte dans le monde intellectuel de cette époque. Pilier de salons, il y a croisé Corneille, Racine, Molière, Boileau, La Fontaine, Bossuet, Mmes de Sévigné, de Sablé, de Lafayette, et tant d'autres, dont certains ont été ses amis intimes, et certaines de ses tendres amies. Certains sont des libertins, d'autres des jansénistes, la plupart les deux à la fois, en deux étapes ou même simultanément. Suivre La Rochefoucauld, c'est regarder vivre cette curieuse société mondaine, qui mélange avec grâce le meilleur et le pire, ou, pour parler en moraliste, le vice et la vertu.
Car c'est bien ce qu'a fait La Rochefoucauld pendant toute sa vie : observer. Il a traversé la vie en spectateur, toujours en retrait par rapport à lui-même, ne s'engageant jamais totalement dans ses entreprises, ce qui faisait dire à son ennemi Retz qu'il y avait chez lui un «je-ne-sais-quoi», une «irrésolution habituelle», qui est le signe de quelqu'un qui a conscience déjouer un rôle, de vivre un songe, d'être sur un théâtre, où tout est illusion et faux-semblant, ne méritant pas que l'on s'y investisse totalement.


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