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Extra-muros : conte de la banlieue ordinaire

Couverture du livre Extra-muros : conte de la banlieue ordinaire

Auteur : Lance Bellamy

Date de saisie : 12/06/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Hors commerce, Paris, France

Collection : Hors bleu

Prix : 18.50 € / 121.35 F

ISBN : 978-2-915286-61-8

GENCOD : 9782915286618

Sorti le : 19/10/2006


  • La présentation de l'éditeur

Extra-muros, récit pour une bonne part autobiographique, met en scène le quotidien d'un jeune surdiplômé (Gérard Levant) soumis aux affres de la précarité en banlieue parisienne. On y trouve pêle-mêle une litanie de petits boulots minables, des entretiens ANPE qui s'enchaînent et ne mènent à rien, des visites impromptues de l'huissier, la déprime du soir dans une cellule HLM collée à la francilienne ; sans oublier le pic de l'absurde : des repas au sucre, régime alimentaire dicté par des fins de mois difficiles- preuve qu'en banlieue, le tragique et le comique vont souvent du même pas et qu'ils tiennent ensemble à la manière du saucisson et de sa rondelle. Mais attention ! Tout n'est pas noir en bordure de Paris, les consolations existent : les doux échanges amoureux avec Yasmina dans la petite cabane en bois du Jardiland de Corbeil-Essonne, les baby-sitting improvisés avec le bout d'chou des voisins occupés par une livraison urgente de stupéfiants, les cross dès l'aube pour vider l'esprit, les envols sur le périph' dans la Talbot avec Bouba et les autres.

Extra-muros met un contenu sous le mot de banlieue et se révèle un témoignage irremplaçable et implacable, écrit sous la puissance de la haine et de l'ironie par un jeune auteur de 28 ans à qui la pauvreté et les CDD ont tenu lieu de jeunesse.

Abstentionniste, absentéiste et abstinent, Lance Bellamy a longtemps traîné sur les docks de Brest avant d'atterrir en banlieue. On ne lui connaît que trois passions (Lance Armstrong, sa tortue et faire du cross) et une ambition de taille : devenir immortel avant de mourir. Extra-muros, conte de la banlieue ordinaire est son premier roman.



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  • Le message de l'auteur

Lance Bellamy - 11/06/2007



  • Les premières lignes

UN : MÉTAPHYSIQUE DE L'ATTENTE

Je me suis débrouillé pour arriver dès huit heures. L'horaire d'ouverture de l'ANPE. Cette ponctualité me permet de limiter l'attente à trois ou quatre heures. En calculant large, je peux espérer être rentré pour le journal de Pernaut.
Pourquoi tout ce temps perdu ?
La croissance arrive difficilement jusqu'à ma banlieue nord. Mais c'est la banlieue nord que la flèche du graphique du chômage touche en premier. D'où la longueur des files à l'ANPE et aux ASSEDIC. Ajoutez-y une distribution déplorable des bureaux basée sur une mauvaise appréciation de la demande et vous comprendrez la densité de population dans les salles d'attente de nos agences pour l'emploi.
Heureusement, avec trois ans de précarité dans les pattes, j'ai pu développer certains automatismes qui me permettent de limiter le temps perdu à l'extérieur. Le temps ainsi gagné, je le réinvestis chez moi à regarder la télé et à compter les tours d'horloge jusqu'à la fin de la journée.
Hélas, ce matin-là, une méchante surprise m'attendait, scotchée sur la porte vitrée du bureau de l'ANPE :

«EXCEPTIONNELLEMENT, L'ANPE OUVRIRA AUJOURD'HUI À 9 HEURES.»

La nouvelle était écrite au traitement de texte. J'imaginai le brave collègue fonctionnaire tapotant sur son PC cette rectification d'horaire et hésitant entre deux typos avant de cliquer sur la bonne taille de caractère. Il avait dû scotcher l'annonce avec le bout de la langue sortie de la bouche et le pire : je parie qu'il était fier de sa mise en page.
J'ai décidé d'aller faire un tour ailleurs pour accomplir le rite des cent pas. Un genre de mobilité qui constitue la majeure partie du cérémonial du chômeur : les cent pas aux ASSEDIC, à l'ANPE, aux agences d'intérim, dans le couloir jouxtant les bureaux des DRH, près de la boîte aux lettres pour les réponses défavorables après l'entretien d'embauché, à la BNP en attendant de passer devant le conseiller financier pour implorer un peu d'indulgence sur le découvert, d'où l'attente-Vivaldi au phone pour obtenir un prêt Sofinco, éponger le découvert BNP et rembourser mon prêt étudiant au Crédit lyonnais. Vous comprenez maintenant pourquoi la fatigue se substitue au sentiment de révolte dans la population des précaires.
Je suis parti faire mes cent pas dans les proches parages du bureau. Dans l'air, y avait ce vent du Sud qu'on appelle «le mistral» et qui souffle vers nous toute la cochonnerie de Paris : haleine d'échappement, CO, d'usine. La banlieue récupérait tout ça et on y ajoutait nos odeurs : celles des lessives en promotion pour laver les fringues pendues aux fenêtres pour finir de sécher; celles des poubelles qui terminaient la nuit en gerbant jusqu'au caniveau; celles des entrées d'immeubles où mes narines frôlaient une rhapsodie de puanteurs dont la variété était fonction de l'inventivité des vessies des toutous. Y avait aussi nos odeurs. Chacun avait la sienne et je ne juge personne. Au bout du compte, on puait tous et chacun pas pire qu'un autre.
En marchant, je donnais des petits crochets et uppercuts dans le vide, histoire de bien vérifier que ma boîte à coups de poing était suffisamment remplie. Dans ma banlieue nord, on peut faire de mauvaises rencontres. Ça arrive moins souvent que Pernaut le dit et c'est rarement la mort, mais ton amour-propre en prend facilement un coup. Une seule manchette peut suffire à rectifier ton portrait, et tout le restant de ton parcours en banlieue, tu dois trimballer sur toi une de ces gueules cassées qui peuplent les rues après chaque grand conflit. Ça donne un genre disent certaines.
Dans ma banlieue nord, n'importe quel type, de n'importe quelle couleur de peau et qu'importe aussi sa nationalité peut décider de t'attaquer si ton profil ne convient pas à son type de sensibilité.
Mieux vaut anticiper l'altercation. Certains sortent avec leur pitt-bull, d'autres en bande, d'autres avec un portable programmé sur le standard de Police Secours, d'autres gueulent «JÉSUS-CHRIST ! AU MEURTRE !» Chacun son style. Moi, je me débrouille pour avoir toujours dans ma boîte à coups de poing une complète panoplie d'attaques astucieuses pompées dans les combats d'Ali ou de Ray Robinson.


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