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Chroniques de Saint-Placide-de-Ramsay

Couverture du livre Chroniques de Saint-Placide-de-Ramsay

Auteur : François Barcelo

Date de saisie : 09/06/2007

Genre : Policiers

Editeur : Fayard, Paris, France

Collection : Fayard noir

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-213-63070-0

GENCOD : 9782213630700

Sorti le : 02/05/2007


  • La présentation de l'éditeur

Pompes funèbres : Bertrand est le patron du salon des pom­pes funèbres de Ramsay. Son meilleur ami, Wilfrid, un ancien camionneur, lui donne souvent un coup de main. Un jour ils ont l'idée saugrenue de cacher un magnétophone dans le cercueil d'une défunte pour enregistrer ce que disent ses proches en se recueillant.
Wilfrid est victime d'un accident de la route. Bertrand le ramasse, le ranime. Le faux-mort était seulement sous le choc et s'enferme chez son ami. Ils vont pousser la plai­santerie très loin, ce qui fait remonter à la surface un terrible secret bien enfoui.

Fonts baptismaux : dans cette autre chronique de Ramsay, un prêtre, tout à fait respecté, entre en conflit avec une certaine Gisèle, à propos de l'achat de fonts baptismaux pour son église. Cette femme intraitable est à la tête du conseil qui gère le budget paroissial. La haine entre eux va monter au point de donner au prêtre des idées criminelles. Ira-t-il jusqu'à passer à l'acte ?
Les deux courts romans réunis sous le titre de Chroniques de Saint-Placide-de-Ramsay illustrent le talent de Barcelo : une imagination débridée y fait des siennes, n'épargnant rien, ni la religion, ni les politiciens, ni la police.

François Barcelo est né à Montréal en 1941. Enseignant, puis rédacteur publicitaire, il publie à partir de 1981 de nombreux ouvrages au Québec. Certains paraissent à la Série Noire, dont Cadavres (1998). Il excelle dans le polar humoristique, alliant la dérision au rocambolesque.



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  • Les premières lignes

Bertrand est mon meilleur ami. Ça tombe bien, parce que moi aussi, je suis son meilleur ami.
Si vous ne me croyez pas, j'en ai la preuve dans ma garde-robe.
J'ai un complet anthracite. C'est presque noir, ça. Vous ne voyez pas le rapport ? C'est simple, pourtant : mon ami Bertrand est dans les pompes funèbres. Directeur de funérailles, si vous préférez. Et comme ça ne meurt pas assez à Saint-Placide-de-Ramsay, il n'a pas d'employés. On ne manque pourtant pas de vieux, par ici. Mais ils vivent de plus en plus longtemps. Et on a de moins en moins de jeunes. Ça aussi, c'est de mauvais augure dans son métier.
Bertrand est donc l'homme-orchestre de nos pompes funèbres : croque-mort, embaumeur, fossoyeur, porteur de cercueil, diseur de chapelet, conducteur de corbillard et ambulancier (ça apporte de l'eau au moulin). Il est même quasiment imprimeur et fleuriste : il vous prête le catalogue de la boutique Des fleurs et des mots, à Ramsay, et il fait suivre vos commandes de couronnes et de cartons de remerciement. Il y a aussi des vieux du village qui lui demandent de les aider à écrire leur testament, mais ça c'est gratuit. Il n'exige même pas d'être héritier.
Depuis que j'ai pris ma retraite de chauffeur de camion, je lui donne un coup de main. Je ne touche jamais aux morts. Je me contente de tenir compagnie à Bertrand dans mon costume anthracite quand il expose une dépouille mortelle au salon. Je l'aide aussi à placer les fleurs quand on lui en livre à la dernière minute. En plus, si Bertrand est parti en ambulance, je réponds au téléphone du salon funéraire. Il transfère les appels chez moi dans ce temps-là. Mais ça ne sonne presque jamais puisque, je vous l'ai dit, ça ne meurt pas beaucoup à Saint-Placide, et quelqu'un a rarement besoin de l'am­bulance dans les jours suivant la mort d'un d'autre.
Deux ou trois fois par année, c'est moi qui vais porter le cercueil au crématorium, à Ramsay, quand la famille ne veut pas y aller. Normalement, si la famille préfère voir brûler son défunt, Bertrand loue un corbillard avec chauffeur. Si elle n'y tient pas, il m'envoie dans ma fourgonnette Caravan. Le cercueil entre juste, et je dois laisser le hayon ouvert pour les plus grands modèles. Il me donne dix dollars chaque fois, mais c'est bien moins cher que le vrai corbillard. Lui, il reste dans son bureau pour répondre au téléphone en cas d'urgence. Il conduit le corbillard seulement pour les enterrements au cimetière du village, à côté de l'église, en face de son salon funéraire. S'il y a un appel pour l'ambulance à ce moment-là, ça sonne chez moi, et je viens tout de suite le prévenir, mais ça n'est jamais arrivé.
J'ai acheté mon costume anthracite pour lui rendre service. Ne lui dites pas, ça le vexerait. Je lui ai dit que j'avais choisi cette couleur-là parce que c'est la plus commode passé soixante ans (j'en avais soixante et un, c'était il y a deux ans déjà). À cet âge-là, tout le monde autour de nous commence à mourir. Presque toujours l'homme d'abord, la femme ensuite. L'anthracite, ça conviendrait aussi à un mariage ou à un baptême si jamais on m'invitait à l'un ou l'autre. Mais c'est parfait pour les funérailles et comme c'est pour ça que j'ai le plus d'invitations, c'était un bon choix de toute façon.
Bertrand m'a cru quand je lui ai dit qu'il n'y avait pas de rapport entre son commerce et mon costume foncé. Ou il a fait semblant. C'est ça, un vrai copain : on peut lui mentir et il ne le dit pas s'il s'en aperçoit.


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