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Total chaos

Couverture du livre Total chaos

Auteur : Luc Fivet

Date de saisie : 09/06/2007

Genre : Policiers

Editeur : Fayard, Paris, France

Collection : Thrillers

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-213-63352-7

GENCOD : 9782213633527

Sorti le : 16/05/2007


  • La présentation de l'éditeur

Paris, octobre 2017. La capitale est partagée en «zones protégées», entourées de barrières de sécurité, et en zones dites «libres», abandonnées du pouvoir et détruites socialement.
François Sacco est flic free-lance. Chasseur de primés d'exception, il croit encore au système qu'il défend. Il n'a qu'un dieu : John Coltrane et sa note libre. Là, il puise son énergie, le souffle pur, le bon tempo.
Une perquisition de routine révèle de dange­reuses connexions entre groupuscules politiques et religieux. Tout s'emballe lorsqu'on découvre que le propre fils du président de la République est impliqué...
Sacco est parachuté contre son gré par les plus hautes autorités de l'Etat dans une France en friche. Devenu Trane, un journaliste anarchiste écorché, il doit mener l'enquête.
Le complot auquel il se retrouve mêlé va lui enseigner les véritables règles du jeu...

Avec Total Chaos, un polar d'anticipation explosif, toujours drôle et parfois inquiétant, Luc Fivet, grand amateur de jazz, signe son premier roman.





  • Le message de l'auteur

Luc Fivet - 06/07/2007



  • Les premières lignes

Le mec marchait. Ses rangers Vuitton raclaient le bitume. Il a pris à droite, une rampe descendant aux quais. Une Ford rouge, pare-brise défoncé, pourrissait dans la flotte. Il n'a pas fait attention. Il a enjambé le parapet et continué sa marche, ennuyé, le long de la Seine. Il portait un bermuda kaki, un tee-shirt noir et des anneaux aux oreilles. Un tatouage sur la joue gauche, pas facile à distinguer sur sa peau mate. Les tempes rasées. Ses cheveux lui tombaient dans le dos. C'était mon yin-kong, pas de bug possible.
J'ai refermé Le Monde Match, qui décrivait en couleurs les derniers combats aux Etats-Unis. Les milices écologistes cartonnaient les troupes fédérales sans exclure les civils. Elles avaient encore commis des attentats du côté de Seattle. Treize morts, cinq femmes, trois enfants. Des photos, beaucoup de rouge. Cliché très flou d'un homme aux cheveux longs recherché par la police.
Le ciel était couvert. Des flaques de nuages cachaient le peu de soleil disponible. De l'autre côté, le sommet de la tour Jussieu vomissait ses poutrelles. Une gigantesque dent cariée. Ça leur apprendrait à laisser les étudiants jouer avec des produits dangereux. Ce coup-là, tout le monde l'avait annoncé dans les services. Comme d'habitude, on n'avait rien vu venir. Bilan : six morts, quarante-neuf blessés. Pas de revendication.
Je me suis penché par-dessus le garde-fou : le mec poursuivait en direction de la pointe de l'île Saint-Louis. Il enjambait des corps allongés dans des paquets de feuilles mortes. Je l'ai suivi de loin, sans quitter mes hauteurs. Distance de sécurité : vingt mètres. Il portait un flingue sous le tee-shirt et en cachait sans doute un autre dans la poche de son froc. Son pas n'aurait pas été si lourd, sinon. Il avait l'air costaud, je devais choisir le bon moment. Je le filais depuis une semaine, il m'avait coûté assez d'efforts, un de mes indics m'avait même imposé de 1000 euros. En négociant serré avec Vranac, je pourrais monter jusqu'à 5 000 euros pour ce gars-là. Peut-être 6000, s'il dégorgeait bien. Pas question de saloper le boulot. Je me suis mis à battre la mesure. Bpm cool : 60 à la noire. «My favorite things», ce serait peut-être pour aujourd'hui, si tout se passait dans les règles.
Les graffiti à la gloire du Che couvraient les murs. «La révolution vaincra», tous ces trucs débiles. Quartier des squats, central, idéal pour les rendez-vous clandos. Belle connerie d'avoir laissé l'île Saint-Louis aux mains des artistes. Ils en avaient mis partout, des oeuvres d'art. Sur les murs, les toits, il en sortait par toutes les fenêtres. Les vrais artistes s'étaient cassés depuis longtemps. Ne restaient plus que les junkies et les hors sujets habituels. Au moins, sur une île, ils sont plus faciles à contrôler, ceci explique cela. Une plaque indiquait que dans cet immeuble était mort Georges Pompidou, président de la République. En dessous, un petit malin avait barbouillé un tag à la gloire de Georges Marchais, noble gardien de la Révolution, vingt ans déjà.
Le mec s'était arrêté et discutait avec une fille. Des cheveux roux carotte coiffés en pétard, une jupe blanche bordée de rouge assez large, puisque la mode prescrivait de se promener sans culotte pour s'envoyer en l'air plus facilement. Jupe tachée par endroits. Un pull rouge, troué aux coudes, dans lequel elle frissonnait. Peut-être le manque. Ou le froid, vif en ce début octobre. A vue d'oeil, dans les vingt-cinq balais. Pas de conclusion hâtive, les junkies font souvent plus que leur âge. Le yin-kong la dépassait de trente bons centimètres. Ses yeux bridés la scannaient rudement. Ses lèvres pleines s'arrondissaient de mépris. Ils ont négocié un quart d'heure environ, face à face, selon un rapport de domination bien arrêté. Puis, avec un signe de tête, il a fait demi-tour. La fille l'a suivi, les bras serrés autour d'elle. Pas grand-chose à serrer, elle était maigre comme un chacal. Heureusement, ce n'était pas un simple rendez-vous de dealer. Dans ce cas-là, je n'aurais eu aucune raison d'intervenir.


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