Celui qui vivait comme un rhinocéros : Alexandre Csoma de Korös (1784-1842), le vagabond de l'Himalaya / Passion du livre

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.. Celui qui vivait comme un rhinocéros : Alexandre Csoma de Korös (1784-1842), le vagabond de l'Himalaya

Couverture du livre Celui qui vivait comme un rhinocéros : Alexandre Csoma de Korös (1784-1842), le vagabond de l'Himalaya

Auteur : Sylvain Jouty

Date de saisie : 09/05/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Fayard, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 20.00 €

ISBN : 978-2-213-62196-8

GENCOD : 9782213621968

Sorti le : 09/05/2007

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  • Le message sonore
Un message sonore de Sylvain Jouty

Sylvain Jouty - 10/07/2007



  • La présentation de l'éditeur

C'est l'histoire véridique d'un personnage extraordinaire, au destin ironique et à la gloire involontaire. Parti sans un sou pour trouver en Asie centrale les origines de la langue hongroise, Alexandre Csoma de Kőrös (1784-1842) a fondé la tibétologie, par le hasard d'une rencontre avec un vétérinaire-explorateur, qui le charge d'établir un dictionnaire tibétain. Son université ? Une cellule sans chauffage du Zanksar, la région la plus sauvage de l'Himalaya, où Csoma de Kőrös est le premier Occidental à pénétrer.
Son travail presque achevé, il rejoint l'Inde anglaise, où on le prend d'abord pour un espion. Mais rapidement l'Asiatic Society, soucieuse de profiter de son savoir, se décide à l'engager, à le rétribuer. Csoma répond avec hauteur : «Si j'étais riche, j'aurais considéré comme un honneur de payer pour accomplir une tâche aussi agréable. Ne l'étant pas, je ne puis accepter aucune somme pour cela.»
Alors qu'il se décide à reprendre sa quête linguistique avec, enfin, une chance d'aboutir, le savant obstiné meurt aux portes du Tibet.
Des Carpates à l'Himalaya, le parcours singulier de cet ascète est aussi un fabuleux voyage à travers les langues, les civilisations, les religions, à la rencontre d'autres individus hors du commun, et à l'orée du «Great Game» pour la maîtrise de l'Asie.
Nul doute, Alexandre Csoma de Kőrös n'est pas un homme de notre temps. Mais il est peut-être celui de l'avenir.

Sylvain Jouty, né en 1949, a publié cinq romans et trois recueils de nouvelles, la plupart chez Fayard.





  • La revue de presse Sylvain Tesson - Le Point du 12 juillet 2007

Parti pour l'Asie centrale afin de trouver les origines de la langue hongroise, Alexandre Csoma de Körös (1784-1842) fut le premier Occidental à pénétrer l'Himalaya. Où il fondera, par hasard, la tibétologie. Un destin singulier, des Carpates au Zanskar, qui a passionné l'écrivain Sylvain Jouty...
Csoma avait besoin de Sylvain Jouty. Le Hongrois est laconique, sa vie austère, ses recherches arides : il fallait qu'un marionnettiste au coeur large et à la plume rigoureuse s'impatronisât dans ce destin complexe, en démêlât les fils et fît jouer à son sujet la danse de l'aventure et de l'exploration sur les pistes hostiles de l'Asie intérieure...
La biographie de Jouty ouvre des chemins lumineux dans le massif de l'Himalaya et dans celui de l'érudition. Elle s'appuie sur une vision du monde peuplée de signes, de clés, de fils invisibles tissés entre les siècles et les peuples. Les fleuves des idées y circulent dans des vallées de symboles. Csoma est passé à côté de son rêve. Mais celui qui aurait pu finir dans la poubelle de l'Histoire au côté des savants fous et des théoriciens ratés est devenu un héros. Jouty lui dresse un beau piédestal, un szobortalapzat, comme on dit chez les Huns.



  • Les premières lignes

Rabrang-La

Om, la syllabe sacrée.
Ce fut la seule que Sándor reconnut sur la pierre de mani. Elle était gravée dans le schiste au pied du cairn marquant le col de Rabrang, pour l'éternité ou presque, insensible au vent et à la neige, au contraire des drapeaux à prières, «chevaux de vent» effilochés par les tempêtes et blanchis par le soleil. Om mani padme houm :
(...)
«Le joyau et le lotus», enfin, quelque chose d'approchant - personne n'avait jamais vu de lotus par ici, et c'était vraiment une drôle d'idée, dans un lieu uniquement fait de pierre et de glace, de prendre pour symbole une plante d'eau chaude et calme.

La vallée s'était évanouie; le col formait une sorte de plateau aux molles ondulations, sans véritables pointes alentour. Ces montagnes semblaient construites à l'envers : les vallées y étaient faites de gorges parfois si étroites qu'il fallait s'y engager en file indienne, tandis que leurs sommets usés offraient pour seules difficultés la neige, le froid et l'essoufflement. Oui, dans ce pays, ce n'étaient pas les crêtes, mais les vallées qui étaient infranchissables.
Il était tôt encore, un vent glacial soufflait du nord et ne donnait guère envie de s'attarder, mais le porteur ne paraissait pas pressé ; quant à Sándor, il avait terriblement mal aux pieds. Le porteur s'approcha du cairn, contre lequel s'adossaient les pierres gravées, à moitié enfouies sous une congère. Il ajouta un caillou au sommet du tas, en veillant à ne pas déranger le crâne de bharal et les drapeaux à prières en lambeaux qui le décoraient. Sándor, machinalement, fit de même, tandis que le porteur proférait l'invocation rituelle au passage d'un col : Kiki soso, lha rgyal lo, da thamched pham, les dieux sont victorieux, les démons sont vaincus ! Sándor pensa qu'il aurait peut-être mieux valu attendre d'avoir franchi les gués dangereux des prochains jours avant de songer à s'en réjouir.
Malgré le froid et le vent, le porteur semblait satisfait. Il prononça un mot tibétain inconnu. Sándor lui jeta un retard interrogateur, et l'homme s'expliqua.
- Là, c'est le Ladakh, dit-il en montrant la vallée par laquelle ils étaient montés. Et là - il balaya du bras le paysage nouveau qui s'offrait à eux - le Zanskar.
La frontière, határ en hongrois. À 4 700 mètres, le col de Rabrang marquait la limite entre les deux contrées. C'était le point de non-retour.
Le Zanskar avait par le passé été indépendant, et, bien qu'il soit maintenant inféodé au royaume du Ladakh, celui-ci était bien en peine de le défendre lorsque les pays hindouistes du Sud y lançaient des razzias. Qu'il y ait quelque chose à piller dans une région aussi pauvre était d'ailleurs un mystère : on y importait jusqu'au bois. Mais le fait est que l'année précédente le palais de Padum, sa minuscule capitale, avait été détruit par un raid de ce genre.


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