Auteur : Marie-Pascale Baronnet
Date de saisie : 08/06/2007
Genre : Sociologie, Société
Editeur : L'Harmattan, Paris, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-296-01606-4
GENCOD : 9782296016064
Souvent en marge de notre société et exclus des droits les plus fondamentaux, les Tsiganes doivent lutter pour faire reconnaître leur identité. Qu'ils soient Roms, Tsiganes, Gitans, Manouches - termes souvent employés de manière confuse alors qu'ils renvoient à des dimensions culturelles spécifiques -, les «gens du voyage», ainsi qu'ils sont identifiés administrativement, sont tous confrontés à des discriminations.
Les enfants tsiganes, comme tous les enfants, doivent trouver dans l'école un accès aux connaissances : cependant, ce lieu est également le symbole de la société de l'écrit qui inquiète et écarte leurs parents. La relation au savoir constitue alors un enjeu essentiel.
Chercheurs, travailleurs sociaux, enseignants, eux-mêmes Tsiganes ou engagés auprès de ces populations, apportent, dans cet ouvrage, leurs réflexions et leurs expériences. Ce livre collectif est composé de contributions dont une partie est issue d'un colloque consacré aux jeunes tsiganes, organisé par le CASNAV/rectorat de l'académie d'Amiens, le FASILD/ACSÉ de Picardie, l'université de Picardie Jules Verne et la Licorne. Outre les développements relatifs à la scolarisation, des textes traitent d'aspects historiques, économiques, sociaux et culturels.
Professeur de français en collège, Marie-Pascale Baronnet est formatrice au centre académique pour la scolarisation des nouveaux arrivants et des enfants du voyage de l'académie d'Amiens (CASNAV) où elle est chargée des questions relatives aux enfants tsiganes.
Contributions de Jacques Bocquet, Marie-Françoise Cantrel, Yassine Chaïb, Andrée Chastel, Elisabeth Clanet dite Lamanit, Marc Derycke, Emmanuel Filhol, Françoise Malique, Mirna Monténégro, Virginie Repaire, Alain Reyniers, Vincent Ritz, Patricia Rousseau
Extrait de la préface de Yassine Chaïb, Directeur régional de l'ACSÉ Picardie
LES JEUNES ROMS ENTRE COMMUNAUTÉ ÉDUCATIVE ET COMMUNAUTÉ DE DESTIN
Le concept d'État-nation, en France, fonde et entérine la correspondance entre trois entités : politique, humaine et territoriale. Détermine-t-il un droit opposable à un nomade ? En effet, les gens du voyage échappent-ils aux catégories politiques des Etats-nations européens ?
Les frontières sont leurs prisons, quand elles ne furent pas leur mort. Depuis 1848, et l'affirmation des États-nations en Europe, perdure une attitude anxiogène permanente des peuples et des élites face à la libre circulation des Tsiganes : la stagnation de leur «statut» n'a d'égal que le mépris qu'on leur porte depuis leur arrivée en Europe au Moyen Âge. Même si les Tsiganes y sont installés depuis cette époque, ils ont toujours été perçus comme des corps étrangers.
En effet, au XIXe siècle, la construction des Etats ou des ensembles nationaux en Europe, autour de modèles centralisés, met, par leur encadrement administratif, les gens du voyage à l'index. Considérés comme «la plaie des campagnes», ils sont dénoncés par la presse populaire : «Qu'on débarrasse au moins nos campagnes de tous ces gens sans aveu, sans état civil, sans patrie qui terrorisent nos villages et grugent nos paysans.»
Actuellement, les conceptions de la vie nomade et de la vie sédentaire ne sont pas diamétralement opposées. Un certain nombre de gens du voyage modifient volontairement la nature de leurs activités et le calendrier de leurs déplacements pour tenir compte des exigences attachées à la scolarisation de leurs enfants.
Cette scolarisation nécessite de trouver une articulation entre communauté éducative et communauté de destin. En effet, entre l'obligation scolaire instituée par l'école de la République et l'unité culturelle de la vie des gens du voyage, il n'y a pas la dualité que l'on trouve fatalement entre la vie sédentaire et la vie nomade.
La relation qu'entretiennent les gens du voyage avec l'école renvoie à un mystère qui s'adresse à chacun de nous intimement. Il rejoint «bruyamment» nos rêves censurés d'école buissonnière faite de fugues et de fuites. Nous sommes tous des «nomades contrariés». Par contraste, la scolarisation des enfants des gens du voyage met à jour le dilemme actualisé entre l'intégration scolaire et son pendant rébarbatif, l'assignation de se rendre à l'école.
L'ÉCOLE POUR FORGER UN SENTIMENT COMMUN D'APPARTENANCE
La scolarisation des enfants roms doit permettre de développer des pratiques de citoyenneté et de créer des espaces de médiation, d'écoute et de dialogue avec les familles roms : lien social et mixité se reconstituent aussi dans la solidarité et par l'engagement. L'appartenance à la fois à un collectif et à une communauté d'origine est un élément important du «vivre ensemble». (...)
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