Auteur : Robin Hobb
Traducteur : Véronique David-Marescot
Date de saisie : 08/06/2007
Genre : Science-fiction, Fantastique
Editeur : Pygmalion, Paris, France
Collection : Fantasy
Prix : 21.50 € / 141.03 F
ISBN : 978-2-7564-0121-8
GENCOD : 9782756401218
ROBIN HOBB
LES AVENTURIERS DE LA MER
Les Marches du trône
À Terrilville, on panse les plaies tandis que le Trône de Perle est ébranlé par les luttes intestines. Opiniâtre, Tintaglia poursuit sa mission de sauvetage après s'être inclinée, bien malgré elle, devant les exigences de Reyn. Quant au redoutable Kennit, persuadé d'avoir envoyé par le fond Parangon et son équipage, il abandonne toute prudence. Il se croit désormais le maître du monde : c'est compter sans la détermination d'Althéa, la flotte de guerre jamaillienne, la méfiance des serpents et... la chance qui, enfin, lui tourne le dos.
Entre les vaisseaux pirates et jamailliens, les combats font rage et entraînent dans leurs remous tous les protagonistes du drame : vivenefs, capitaines, otages, prisonniers. Les vérités éclatent et les destins s'accomplissent tandis que, mystérieusement, les prophéties d'Ambre prennent vie.
Née en Californie en 1952, Robin Hobb est devenue l'un des maîtres du fantastique. Elle vit aujourd'hui à Tacoma, dans l'Etat de Washington, avec son mari et ses quatre enfants. Chez Pygmalion, ses séries Le Soldat chamane, L'Assassin royal (regroupée en quatre volumes sous le titre de La Citadelle des Ombres) et les Aventuriers de la mer, dont voici l'ultime volume, font l'unanimité de la critique.
LA MARCHANDE DE LA FAMILLE VESTRIT
Le feu de bois flotté qui brûlait dans l'âtre réchauffait tout juste la pièce dégarnie. Il faudrait du temps pour chasser le froid de l'hiver de la grande maison, restée inhabitée de longues semaines : étonnant comme le froid et l'abandon peuvent changer une maison.
Les tâches ménagères sont réconfortantes. Quand on nettoie, qu'on arrange une pièce, on peut affirmer son autorité. On peut même feindre de croire, brièvement, qu'on met pareillement de l'ordre dans la vie. Keffria se leva lentement et lâcha son chiffon dans le seau. Voilà. Elle parcourut sa chambre des yeux en massant sa main douloureuse. Les murs avaient été lessivés avec une décoction d'herbes, le plancher récuré. La poussière humide, le remugle avaient disparu... Ainsi que toute trace de sa vie passée. En rentrant chez elle, elle avait découvert que le lit qu'elle avait partagé avec Kyle, les coffres à linge et sa garde-robe s'étaient volatilisés. Les tentures et rideaux manquaient ou avaient été lacérés. Elle avait refermé la porte et repoussé ce souci jusqu'à ce que les parties principales de la maison fussent redevenues habitables. Elle était alors revenue seule dans sa chambre et s'était mise à la tâche. Elle n'avait pas la moindre idée de la façon dont elle la remeublerait. D'autres préoccupations, plus importantes, l'avaient absorbée durant le nettoyage fastidieux.
Elle s'assit à même le sol devant le feu et passa la pièce en revue. Vide, propre, un peu froide. Exactement comme sa vie. Elle s'adossa à la pierre du foyer. Regarnir, arranger sa chambre et son existence lui parut soudain une perte de temps. Peut-être valait-il mieux garder l'une et l'autre en l'état. Dépouillées. Simples.
Sa mère passa une tête dans la chambre. «Ah, tu es là ! s'exclama Ronica. Sais-tu ce que fait Selden ?
- Son bagage, répondit Keffria. Ce ne sera pas long. Il n'a pas grand-chose à emporter.»
Ronica fronça les sourcils. «Tu le laisses partir ? Comme ça ?
- C'est son désir, déclara-t-elle simplement. Et Jani a dit qu'il serait le bienvenu chez les Khuprus.
- Et pourquoi ne resterait-il pas dans sa propre famille ?» demanda Ronica d'un ton acerbe.
Keffria tourna un regard las vers sa mère. «Tu lui as parlé ? Tu as dû entendre la même chose que moi : il est plus chez lui au désert des Pluies, désormais, qu'à Terrilville, et il change de jour en jour. Il faut qu'il aille à Trois-Noues. Son coeur l'appelle vers le dragon, il veut l'aider dans sa mission de sauvetage des serpents.»
Ronica pénétra dans la chambre en troussant l'ourlet de sa jupe pour éviter de frôler le sol encore humide. C'était un vieux réflexe. Sa robe usée ne valait guère pareil ménagement. «Keffria, c'est encore un enfant. Il est beaucoup trop jeune pour prendre seul ce genre de décisions.
- Mère, je t'en prie. Je le laisse partir. Il m'a déjà été suffisamment pénible de m'y résoudre sans que tu discutes, répéta Keffria doucement.
- Parce que tu penses que cela vaut mieux pour lui ?» Ronica était incrédule.
«Parce que je n'ai rien de mieux à lui proposer.» Keffria se releva en poussant un soupir de lassitude. «Qu'est-ce qui le retiendrait à Terrilville ?» Elle parcourut des yeux la pièce vide. «Descendons à la cuisine. Il y fait plus chaud qu'ici.
- Mais nous y serons moins tranquilles, rétorqua sa mère. Eke est en train de nettoyer le poisson pour le dîner.
- En voilà une surprise ! fit Keffria en biaisant, ravie de changer de sujet.
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