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La force qui nous manque

Couverture du livre La force qui nous manque

Auteur : Eva Joly

Date de saisie : 28/06/2007

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Ed. des Arènes, Paris, France

Prix : 19.80 € / 129.88 F

ISBN : 978-2-35204-035-4

GENCOD : 9782352040354

Sorti le : 25/05/2007

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Eva Joly avec la collaboration de Judith Perrignon

J'ai besoin de mouvement. Certains appelleront ça de l'ambition. Le mot ne me fait pas peur. J'ai toujours eu peur du moment où le réel vous assigne votre place : vous êtes la bonne, vous êtes l'épouse, vous êtes une mère, vous êtes une secrétaire, une juge puisque vous êtes une obstinée, mais docile s'il vous plaît. Vous avez l'âge de la retraite. Non, j'ai toujours bousculé cet ordre-là.

J'ai soixante-trois ans. Et je n'ai jamais été aussi libre.

J'ai quitté la France. Je suis partie parce que je ne voulais laisser à personne les moyens et le temps de se venger. Au nom de la Norvège, dans les grandes institutions ou dans les soupentes des juges de Nairobi ou de New Delhi, je rencontre depuis cinq ans des hommes et des femmes à la hauteur de leurs rêves.

La force nous manque trop souvent pour bousculer l'ordre des choses dans notre vie ou dans les affaires publiques. J'aimerais que ce livre soit pour ses lecteurs ce qu'il a été pour moi : un petit traité d'énergie et d'orgueil féminin.

Eva Joly est conseillère pour la lutte contre la corruption et le blanchiment en Norvège. Ses deux livres précédents, Notre affaire à tous et Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?, chez le même éditeur, ont été vendus à plus de 450 000 exemplaires en France et à l'étranger.





  • La revue de presse Jérôme Dupuis - L'Express du 28 juin 2007

Eva Joly, devenue conseillère pour la lutte contre la corruption et le blanchiment en Norvège, lève un pan de voile sur sa vie privée : son arrivée à Paris comme fille au pair et, surtout, le suicide de son époux en pleine affaire Elf. Un surprenant cahier de photos nous fait même découvrir l'adolescente scandinave qu'elle fut - n° 3 à l'élection de Miss Norvège ! «Mais attention, elle mord toujours ! prévient Laurent Beccaria. C'est une femme libre qui n'hésite pas, avec une franchise toute nordique, à attaquer les puissants. Et cela plaît.» En France comme en Norvège, où un éditeur vient de débourser la bagatelle de 120 000 euros pour acquérir les droits de ce dernier livre...



  • Les premières lignes

PETIT TRAITE D'ENERGIE

J'ECRIS DEPUIS MON ROCHER BRETON. J'aime cet endroit et ses deux cents jours de soleil par an. J'y ai acheté une maison. Elle fut construite par un armateur, les couleurs passées sur les murs, les planches irrégulières au sol, sont des restes de bateaux après démolition. Je voulais un lieu pour les vacances, rassembler les miens, accrocher mes photos, retrouver un jardin et m'atteler au tri du passé. Je voulais la mer, parce qu'elle est ma complice, et aussi la France, parce que j'y ai vécu plus que dans mon pays natal, la Norvège. C'est là que mes enfants sont nés et vivent, là que j'ai mûri... jeune fille au pair qui fit le ménage chez les gens de bonne famille, et termina dans les tailleurs d'une juge soulevant les tapis pour y trouver de l'argent sale.
Je suis partie il y a cinq ans. Je ne voulais laisser à personne les moyens et le temps de se venger. Je dérangeais. Mon combat n'était plus apprécié nulle part, j'avais senti, au fil des années d'instruction, l'hostilité s'installer, contaminer les journaux, les cercles économiques, et même les couloirs de la magistrature à laquelle j'appartenais. J'en faisais trop, disait-on. Il y a des placards avec de belles boiseries pour les gens comme moi. En février 2002, je signais la fin de l'instruction de l'affaire Elf. Quelques mois plus tôt, l'homme pour lequel j'avais rejoint la France, et dont j'avais pris le nom, était mort. J'étais libre, je devais partir.
Partir est peut-être chose plus facile pour qui, comme moi, a grandi avec la mer tout près. L'horizon dessine la ligne du départ, le vent dans les fjords promet des poussées, les nuits claires, les jours sombres et les hivers sans répit ont fait de nous de frêles embarcations soumises aux éléments. J'aime bien cette phrase d'Edvard Munch notre peintre national, il disait : «Quand je me suis embarqué dans la grande aventure de la vie, je me sentais comme un bateau fait de vieux bois pourri que son armateur lançait en pleine tempête...»
Moi, passé la tempête, je suis retournée au pays. Je fuyais la revanche et aussi mes fantômes, mais je poursuivais mon voyage. Pourquoi me serais-je retirée ? Je venais tout juste de commencer. Le bureau que j'occupais sous les toits du Palais de Justice à Paris fut pour moi comme un trou de serrure : j'y ai entrevu un univers parallèle où circule tout l'argent qui manque cruellement de l'autre côté de la porte, de ce côté-ci du monde. La Norvège a fait de moi un électron plutôt libre de sa diplomatie, elle m'a chargée d'une mission contre la corruption. Je ne suis plus un juge qui traque le détail, je ne débarque plus à 7 heures du matin pour entrer chez les gens sans y être invitée, j'arpente désormais les ministères, les conférences, les bureaux présidentiels, les allées de l'ONU ou de la Banque mondiale.
C'est étrange les portes qui s'ouvrent à l'âge où l'on a désappris l'illusion. Jusqu'à 50 ans, j'ai tenu pour sûres la grandeur et la noblesse des institutions, c'est un privilège que ceux de 20 ans ne peuvent plus connaître. La France m'a dégrisée, dévoilé l'envers du décor. L'instruction fit mon instruction.
J'ai dans la tête des souvenirs qui m'empêchent de croire aux apparences, et m'apprennent à jouer. Jouer, oui c'est le mot, jouer avec les cercles du pouvoir, jouer contre le temps, et les pseudo-fatalités de la politique.


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