Auteur : Michel Lheure
Date de saisie : 05/06/2007
Genre : Architecture
Editeur : Picard, Paris, France
Prix : 70.00 € / 459.17 F
ISBN : 978-2-7084-0775-6
GENCOD : 9782708407756
Sorti le : 16/05/2007
Les historiens de l'architecture médiévale soulignent fréquemment la hardiesse de construction et de décoration des vaisseaux transversaux des grandes cathédrales qui s'élèvent à hauteur de la nef et du sanctuaire; leurs portails monumentaux décorés de riches sculptures et sommés de murs translucides à galeries dupliquantes et roses irradiantes rivalisent avec les façades occidentales de ces édifices et ont fait l'objet de nombreuses études largement diffusées.
Cependant on s'est peu intéressé sur le symbolisme et le rôle de cette vaste et dispendieuse construction appelée tardivement transept.
Celui-ci prend naissance dans les édifices profanes de la Rome républicaine et impériale pour protéger et solenniser le siège des édiles ou du dominus; la religion chrétienne reprend cette construction en l'adaptant à la célébration du nouveau culte et en lui imprimant le signe christologique de la croix en tau puis de la croix latine.
Dès lors le transept remplira au cours des siècles des fonctions multiples pour répondre à l'évolution des techniques de construction et de la liturgie; il en résulte une considérable variété de plans pour prendre en compte, dans chaque édifice, les nécessités conjointes de la construction et de la liturgie; pour les premières sont évoquées les fonctions suivantes : contrebutement des sanctuaires développés, érection d'une tour de croisée, ouverture extérieure sur frons non occidentalis, application du module de la croisée aux autres travées; les fonctions liturgiques sont plus nombreuses : protection du sanctuaire, isolement du choeur liturgique, création d'autels secondaires, installation de tribunes liturgiques ou élitaires, passages sélectifs vers le déambulatoire, entrées bipolaires chapitre-évêque ou clergé-fidèles, espace de dégagement pour les pèlerins ou les processions, liaison avec les bâtiments conventuels ou canoniaux, enfin installation de nécropole royale ou princière.
La lente mais irréversible progression des fidèles vers la vue du sanctuaire entraîne alors l'effacement du vaisseau transversal suivant les dispositions du concile de Trente puis sa disparition amorcée avant le concile de Vatican II qui l'invalide implicitement.
Ce premier essai sur l'histoire du transept qui s'étend sur deux millénaires s'appuie, en l'absence de textes exploitables, sur une suite de recherches et de comparaisons portant sur près de 600 basiliques, cathédrales, abbatiales, collégiales, priorales et églises paroissiales dans tous
Extrait de l'introduction :
Les études d'oeuvres artistiques sont souvent très postérieures à leur date de création. Le décalage chronologique est considérable dans l'étude de l'architecture religieuse de la chrétienté occidentale.
Au XVIe siècle, l'adjectif gothique recouvre l'ensemble des ouvrages qui ne relèvent ni de l'art antique ni de celui de la Renaissance. Entre ces deux arts s'intercale une ère intermédiaire - le Moyen Âge - qui s'étend sur un millénaire ; ses créations sont qualifiées de gothiques, terme qui les assimile à des oeuvres barbares et bizarres.
C'est seulement au début du XIXe siècle que l'on distingue l'art roman et l'art gothique dans une grammaire des styles encore naissante.
Le vocabulaire de l'architecture étendu à tous ses styles ne se constitue qu'à partir du milieu du XIXe siècle ; il autorise alors les premières études comparatives portant sur les nefs, les sanctuaires, les façades occidentales, les sculptures et la décoration des grands édifices religieux. Cependant, hormis dans certaines études monographiques, le transept - vaisseau transversal coupant la nef à angle droit - n'est pas analysé d'une façon aussi spécifique que les autres parties de l'édifice. Il ne paraît pas non plus avoir fait l'objet d'études comparatives dans son architecture ni de recherches dans ses fonctions. Le terme transept avec ses composantes - croisée et croisillons ou bras - n'est créé en Europe continentale qu'à la fin du XIXe siècle ; jusque là, il était alors évoqué sous l'appellation de crux - la croix du Christ - bien que son origine soit antérieure au christianisme.
La modernité du terme, qui est en réalité un mot latin anglicisé par un historien insulaire vers 1540, ne suffit pas à expliquer la rareté des études qui ont été consacrées à cette construction. En premier lieu, le prestige dominant développé par les vaisseaux de la nef qui s'étendent de la façade occidentale jusqu'au choeur relègue, en quelque sorte, au second plan le vaisseau transversal dont seule la croisée s'offre aux yeux du visiteur.
Un second motif provient du fait que le transept présente une architecture et une organisation extrêmement diversifiées au cours d'une même époque ; il semble alors remplir plusieurs fonctions qui évoluent en outre au cours des siècles et restent fort peu documentées.
Malgré la place très minoritaire occupée par les édifices à transept parmi la multitude des églises de la chrétienté, le corpus des transepts représente encore de nos jours un nombre considérable de constructions ; il concerne non seulement les grands édifices, mais également des églises paroissiales qui ne sauraient être ignorées dans cette étude. L'appréhension de ce vaste champ de recherches se heurte enfin aux nombreuses Transformations qui ont affecté ces corps transversaux ; leurs croisillons sont souvent masqués par des constructions annexes qui nuisent à leur éclairage et à leur illustration nécessaires à la recherche.
Toutefois, au-delà de la diversité de ses espaces, de ses volumes et de ses décors, le transept conserve toujours au sein de l'édifice, sa propre identité avec sa croisée et ses bras parfaitement similaires, dans leur conception originelle.
Il s'avère d'une construction complexe, et donc onéreuse, car il interrompt le rythme du couvrement et de ses supports pour y intercaler une croisée.
L'insertion d'une telle construction dans le corps de l'édifice ne peut s'expliquer par de seuls motifs d'ordre symbolique ou esthétique. La recherche de ses fonctions doit être conduite en étroite liaison avec l'étude des institutions ecclésiastiques et de la liturgie ainsi que de leurs évolutions respectives au cours des siècles. L'ouvrage adopte donc un plan chronologique que celles-ci imposent.
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