Passion du livre - tout sur le livre : Jim Harrison de A à X

Recherche

Recherche simple
Recherche multi-critères

Jim Harrison de A à X

Couverture du livre Jim Harrison de A à X

Auteur : Brice Matthieussent

Date de saisie : 05/06/2007

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Titres, n° 50

Prix : 8.00 € / 52.48 F

ISBN : 978-2-267-01923-0

GENCOD : 9782267019230

Sorti le : 03/05/2007

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

«Entre Ail et Xérès, une petite centaine de mots-clefs ordonnent cet abécédaire consacré à Jim Harrison.
Loin des conventions de la biographie classique et de l'essai trop lisse pour être honnête, loin des clichés qui réduisent l'auteur de Dalva à un romancier des grands espaces, à un Rabelais américain ou au fils spirituel de Hemingway. On découvrira ici un adepte virtuose de la stratégie du furet, qui n'est jamais là où on l'attend, mais en décalage constant par rapport à son image. Dans cette surprise alphabétique, dans ce coq-à-1'âne permanent du lexique, j'espère avoir tracé à mon tour quelques lignes de fuite, lâchant la bride au lecteur pour le laisser fureter à sa guise dans ce paysage harrisonien qui ne manque certes pas de reliefs.»

Brice Matthieussent est traducteur de langue anglaise depuis 1975. Il dirige la collection «Fictives» aux éditions Bourgois. Il a traduit environ deux cents romans, recueils de nouvelles ou de poèmes d'auteurs tels que Jim Harrison, Jack Kerouac, Denis Johnson, Henry Miller, John Fante, Hanif Kureishi, ou Bret Easton Ellis. Il a reçu le prix Maurice-Edgar Coindreau pour son travail de traducteur en 1983, et le prix UNESCO-Françoise Gallimard pour la traduction d'Eurêka Street de Robert McLiam Wilson en 2000. Il enseigne l'histoire de l'art contemporain et l'esthétique à l'École supérieure des Beaux-Arts de Marseille et participe au Mastère de traduction littéraire de Paris VII.





  • Les premières lignes

La stratégie du furet

«La terre est chose indienne.»
Jack Kerouac.

Dès qu'il s'agit de littérature américaine, les Français manifestent souvent un net penchant pour le mythe ; même Sartre, qui ne manquait pourtant pas de subtilité, décrit l'écrivain d'outre-Atlantique comme un noctambule martelant furieusement le clavier de sa machine, un cigare coincé entre les dents, la bouteille de whisky à portée de main. Inversons cette image d'Épinal et le romancier fran­çais deviendrait alors pour le public américain un dandy sirotant son absinthe au bordel... Pareilles outrances ne mènent nulle part sinon au mépris et les clichés ont bon dos, qui réduisent le prisme polychrome du roman américain à quelques stéréotypes aussitôt consommables : Faulkner était ivre en permanence, Fitzgerald a gagné beaucoup d'argent à Hollywood, Hemingway était un insupportable macho mais un grand pêcheur à la mouche, Kerouac a passé toute sa vie sur la route, et Burroughs toute la sienne avec une aiguille plantée dans le bras. Un peu plus près de nous, les choses ne s'arrangent guère : Charles Bukowski aurait mis le roman moribond sous perfusion de bière et John Fante serait le chantre de la nouvelle génération perdue.
Quant à Jim Harrison, il tiendrait dans ce florilège de niaiseries le rôle tragi-comique d'un Gargantua yankee, travaillé par la "chose indienne" et réfugié dans son Harrison's Country, le Michigan. L'élément biographique l'emportant comme il se doit sur les livres, on s'attache à tel ou tel détail croustillant et mémorable de la vie de Jim Harrison et l'on oublie allègrement qu'il est avant tout un écrivain. C'est entre autres pour dissiper certains malentendus concernant l'homme et ses livres que j'ai entrepris d'écrire celui-ci.
Voici donc quelques clichés particulièrement prégnants :
Jim Harrison, que pour des raisons de commodité j'appellerai désormais J.H., serait un romancier des grands espaces. Lu cent fois, entendu davantage. Peut-être... parfois... Encore faudrait-il se demander ce que sont au juste ces fameux "grands espaces " américains. Parle-t-on ici d'une qualité spécifique au paysage américain ? Ou bien du cinémascope ? Ou encore de l'écriture propre à J.H. et à quelques autres écrivains ? En tout cas, réduire notre homme aux grands espaces, c'est oublier tous ses romans et ses nouvelles intimistes où l'on ne quitte jamais telle bourgade ensuquée au fin fond du Michigan et tous ces personnages qui ruminent dans leur tanière. C'est oublier le désir de vagabondage non plus physique mais mental, le désir d'assoupissement, de repli sur soi dans un tout petit espace, un confinement qui caractérise souvent le héros harrisonien. Au bout de la route, après les frénésies du voyage, le sommeil attend son homme avec son riche cortège de remémorations, de libres associations, de souvenirs enfouis qui remontent soudain à la conscience, de rêveries diverses favorisées par l'immobilité, le séjour paisible dans ce que J.H. appelle les "fourrés" ou le "trou de panique".
Autre image d'Épinal : J.H. serait un bon vivant et rien d'autre, un Pantagruel contemporain, toujours affamé et assoiffé, un adepte forcené de la gaudriole et de la paillardise. Voilà encore un cliché facile et réducteur pour décrire un homme sujet à des dépressions chroniques et à des crises aiguës d'isolement qui ressemblent beaucoup à de la misanthropie.
J.H. serait le fils spirituel d'Hemingway ? Dito pour un écrivain qui s'intéresse de plus en plus à la psychologie féminine et dont les trois derniers livres, Dalva, La Femme aux lucioles et Julip, portent des titres éminemment féminins. D'ailleurs, J.H. déteste être comparé à Hemingway, dont il ne manque jamais de relever les travers.
Et puis, de manière plus générale, il déteste qu'on le classe à tout prix dans telle ou telle catégorie. J.H. a une image cocasse pour définir cette volonté tenace d'étiquetage : il appelle ça «couper les jambes du cheval pour le faire entrer de force dans son box».
Continuons notre petit florilège :
(...)


Copyright : Studio 108 2004-2009 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli