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La chute de Géronimo

Couverture du livre La chute de Géronimo

Auteur : Samuel E. Kenoi | Morris Edward Opler

Traducteur : Frédéric Cotton

Date de saisie : 04/06/2007

Genre : Histoire

Editeur : Anacharsis, Toulouse, France

Prix : 10.00 € / 65.60 F

ISBN : 978-2-914777-35-3

GENCOD : 9782914777353

Sorti le : 18/05/2007


  • La présentation de l'éditeur

La chute de Géronimo
Il était trouillard comme un coyote.

Aux alentours de 1930, l'anthropologue Morris Opler demande à Samuel Kenoi, un Apache Chiricahua d'une soixantaine d'années, de lui raconter la dernière reddition du légendaire Géronimo, le 4 septembre 1886. Mais Samuel Kenoi, enfant à cette époque, loin de reprendre à son compte l'«épopée de Géronimo», se livre à une attaque rageuse et amère contre le fier guerrier, l'accusant d'être responsable de la déportation par les Blancs - traîtres comme toujours - de tous les Chiricahuas, hommes, femmes et enfants, comme prisonniers de guerre en Floride et en Oklahoma, partis pour un exil de plus de vingt-cinq ans.
Le récit vif, ramassé et poignant, mâtiné d'un humour cabotin, des souvenirs de cet homme, fait remonter en surface une parole pour ainsi dire jamais entendue, une voix qui perce après - et malgré - la dévastation. Si l'on connaît les discours de fameux chefs indiens parlant au nom des leurs - dont Géronimo dans ses célèbres Mémoires -, ici surgit le propos singulier d'un homme sans auréole. La réalité y reprend ses droits, pénible, complexe et embrouillée, mais Kenoi parvient ainsi à détourner les regards fascinés par les brillantes icônes et force, pour le moins, à la réflexion.

Samuel E. Kenoi (vers 1875- ?) est très mal connu. Nous savons surtout de lui qu'il fut l'informateur principal de Morris Opler sur la réserve Mescalero. Morris Opler (1907-1996) fut anthropologue, et spécialiste des Apaches. Frédéric Cotton est traducteur, notamment de Watkin Tench, Expédition à Botany Bay (Anacharsis), et de Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis (Agone).



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  • Les premières lignes

Extrait de la notice :

En 1897, un jeune homme se trouve en caserne à Fort Grant, en Arizona, dans le 7e de cavalerie, le fameux régiment du général Guster qui avait été exterminé en 1876 à la bataille de Little Big Horn. Il s'agit d'Edgar Rice Burrough, qui fera paraître les premiers épisodes de son Tarzan en 1912. De son séjour en Arizona, mollement à la recherche des derniers et hypothétiques «Apaches hostiles», il garde essentiellement le souvenir mitigé d'une période de dysenterie récurrente. Mais ce faiseur de légendes saura aussi exploiter son expérience de l'Ouest dans plusieurs romans participant à la montée en puis­sance du western comme genre cinématographique et littéraire au début des années trente : ce sera The War Chief (1927), puis Apache Devil (1933), deux romans qui mettent en scène les Apaches et, singulièrement, Géronimo. La littérature populaire se faisait là le relais d'une légende déjà ancienne et appelée à une très longue et tenace postérité.
Géronimo, avant que d'être un Apache Chiricahua parmi d'autres, est une légende de l'Ouest américain, un mythe né du vivant même de son héros. Qu'il s'agisse d'articles parus dans des journaux racistes et sensationnalistes tels que le Tombstone Epitaph, ou le Tucson Citizen des années 1880, qui le présentent pour la première fois comme un monstre assoiffé de sang, ou, plus tard, de Géronimo lui-même signant complaisamment des autographes (contre monnaie sonnante et trébuchante), ou encore dictant une histoire de sa vie dédiée (avec quelque ironie, peut-être) au président Théodore Roosevelt en 1906, Géronimo est un des tout premiers phénomènes médiatiques de masse. Le symptôme le plus évident en est la profusion de photographies que l'on connaît de lui, et qui le présentent sous toutes les coutures : voici «Géronimo en embuscade» - le «tigre humain», la plus célèbre de ses photos -, «Géronimo à cheval avec ses guerriers», Géronimo en «vieux sage» immortalisé par le fameux Edward S. Curtis, «Géronimo cultivant ses pastèques en Oklahoma», «Géronimo en famille», Géronimo posant - circonspect - aux côtés de son «vainqueur» le général Miles, ou enfin «Géronimo au soir de sa vie» à fort Sill en Oklahoma... Durant tout le siècle dernier, le phénomène n'a fait que s'amplifier lorsque le cinéma, la littérature ou la bande dessinée se sont emparés de cette figure pour en abreuver l'imaginaire des foules.
Au fil du temps, d'abord construit comme sauvage sanguinaire, il devient tour à tour un guerrier farouche menant une lutte désespérée, l'ultime «résistant» face aux malversations des Blancs, un shaman visionnaire déchiré devant le spectacle de la disparition de son peuple, et finalement l'incarnation de l'Apache, le Spartiate des déserts de l'Ouest, ultime porte-parole de tous les Indiens humiliés, et par extension, de tous les opprimés de la terre : une icône, à placer juste en dessous de celle d'Ernesto «Che» Guevara - non loin de celle d'Emiliano Zapata. Une stature symbolique qui n'est pas, du reste, sans engendrer de hargne cynique : la «société secrète» Skull & Bones des étudiants de la très élitiste université de Yale - qui compte parmi ses membres éminents trois représentants de la famille Bush -, est réputée avoir dérobé ses ossements, de même que ceux du «Che» (ou ceux de Pancho Villa), sans doute en guise de trophées macabres des plus célèbres victimes de l'Amérique triomphante...
Il n'en demeure pas moins vrai que la vie de Goyatlay («Celui-qui-bâille») a effectivement de quoi exciter l'imagination. Né selon les versions vers 1823 ou 1829, dans le groupe des Bedonkohes, son histoire personnelle se mêle à celle des Apaches Chiricahuas. Leurs ennemis perpétuels, pour ainsi dire, avaient été les Espagnols, puis les Mexicains (qui avaient établi une tarification des scalps apaches selon qu'il s'agissait de scalps d'enfants, de femmes, de vieillards ou d'hommes adultes) mais, suite au traité de Guadalupe de 1848, ceux-ci cédaient aux Etats-Unis la Californie, le Nevada, l'Utah, le Colorado, le Nouveau-Mexique et l'Arizona - et, donc, sans coup férir, les peuples qui habitaient ces contrées. Dans les années 1850, le chef Mangas Coloradas eut le premier maille à partir avec les Américains, et mena une politique d'alliances matrimoniales de grande envergure pour fédérer les divers groupes des Apaches du Sud. La lutte s'engagea d'abord contre les trappeurs et les trafiquants de tous poils, puis, surtout, contre les mineurs venus en masse à la recherche de cuivre ou d'argent; Géronimo était déjà de la partie.


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