Auteur : Anonyme belge
Préface : Eric Lysøe
Date de saisie : 04/06/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Anacharsis, Toulouse, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-914777-38-4
GENCOD : 9782914777384
Sorti le : 18/05/2007
Voyage à Visbecq
Serais-je par hasard en enfer ? Oh non ! Ceci a l'air d'un fort beau pays, et la description qu'on nous en faisait là-haut ne s'accorde guère avec ce que je vois.
Voici un roman surréaliste anonyme belge écrit vers 1794 et dont le manuscrit était à ce jour resté inédit. Autrement dit, un roman bizarre - et joyeux !
Un jeune Bruxellois, s'étant muni d'opium pour tuer le temps dans l'attente de retrouvailles au château de Visbecq, tombe en chemin dans un puits. Il opère de là une longue glissade qui le propulse au centre de la terre, un monde éclairé par un astre vert où l'horizon s'incurve vers le haut, et où l'on croise éléphants orange, lions à crinière verte et autres arbres portant des fruits multicolores ou des têtes de lapin. Des magiciens y rivalisent d'improbables métamorphoses pour gagner le précieux coquillage d'une princesse... Habité par les incohérences apparentes du rêve, le Voyage à Visbecq, écrit d'une plume enthousiaste, baigne dans un merveilleux ébouriffé proche des aventures du baron de Münschausen, anticipe l'Alice de Lewis Carrol et participe de l'écriture automatique, sans bouder le plaisir inopiné d'un poème épique, courtois et patriotique.
Ainsi ce roman mystérieux, après deux siècles de sommeil, verse dans une littérature indéterminée et s'introduit avec malice dans la foire des météores littéraires sans âge.
Eric Lysøe est directeur de l'Institut de recherche en Langues et Littératures européennes de l'université de Mulhouse et spécialiste de la littérature fantastique belge. Il a notamment publié Littératures fantastiques. Belgique, terre de l'étrange (2003-2007) chez Labor.
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Extrait de la préface d'Eric Lysøe :
15 mars 1794. L'aimable contrée qui correspond, à peu de choses près, à l'actuelle Belgique est redevenue pour un temps le champ de bataille de l'Europe. Triomphantes à Jemappes, le 20 avril 1792, les armées de la République essuient, moins d'un an plus tard, la cuisante défaite de Neerwinden. Pourtant, loin de s'avouer vaincues, elles résistent à la pression autrichienne. Le 16 octobre 1793, la victoire de Wattignies fait renaître leur désir de conquête : la Convention ordonne au général Jourdan de reprendre possession des territoires belges. Bientôt - le 25 juin 1794 - la bataille de Fleurus chasse définitivement les coalisés. Avec la prise d'Anvers, le 27 juillet, les anciens «Pays-Bas autrichiens» retombent dans le giron français. Découpés en neuf départements, ils sont officiellement réunis à la France le 9 vendémiaire de l'an IV (1er octobre 1795). Une nouvelle période s'ouvre, durant laquelle les troupes d'occupation multiplient les exactions de toutes sortes...
15 mars 1794. Dans le silence de ses appartements bruxellois, un jeune homme - car sans doute faut-il l'imaginer assez jeune - se prend à rêver à l'ouvrage qui pourrait le faire accéder un jour au panthéon des Belles-Lettres. Dans le Brabant comme en Flandre, la journée qui s'achève marque le moment de l'année où laquais et femmes de chambre prennent congé de leurs maîtres, soit pour rejoindre un autre poste, soit encore pour se marier. Dans certaines localités, à Diest ou à Dixmude par exemple, c'est le jour des déménagements. Est-ce la conséquence de l'agitation qu'il perçoit de ce fait autour de lui - ce remue-ménage domestique qui reproduit, comme en réduction, toute la furie du monde ? Est-ce plutôt en raison de l'approche de Pâques et du séjour qu'il a prévu de faire au château de Visbecq - aujourd'hui Wisbecq -, chez le gros baron d'Overschie ? Est-ce encore à cause de ce livre, ouvert sur la table à la date du jour : un Matthieu Lansberg, le fameux almanach liégeois que les mauvaises langues de France et de Navarre présentent volontiers comme un «mensonge imprimé» ? Toujours est-il que notre apprenti écrivain se prend à songer aux étonnantes facultés de contraction qui caractérisent l'espace et le temps. Crissant sur le papier un peu rêche, sa plume s'envole, décrit de larges volutes, se brise en quelques angles aigus... Puis le titre apparaît : Voiage - c'est ainsi qu'on orthographie volontiers le mot aux XVIIe et XVIIIe siècles - Voiage à Visbecq.
À la mode du temps, l'histoire s'ouvre sur des considérations de philosophie plaisante : Dieu que le sentiment de la durée peut être chose relative ! Et d'autant plus, chère comtesse ! Ah, çà ! oui, chère baronne ! que cette République d'importation entend nous imposer son ridicule calendrier révolutionnaire. De sorte qu'inscrire les grands événements religieux - Carême, Rameaux, Pâques et fêtes des saints - comme repères essentiels de la temporalité revient à faire oeuvre de résistant. En cette époque troublée toutefois, peut-être vaut-il mieux dire les choses à demi-mot. Aussi, très vite, l'esprit du tendre jeune homme bifurque. Ultime témoignage de la tourmente qui agite la surface de la terre, un soldat de bois croise sa route, quand soudain un cheval nous envoie le héros... au centre de la terre. Et c'est pour y vivre, un peu comme la petite Alice de Lewis Carroll un siècle plus tard, d'incroyables aventures...
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