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Je me suis toujours été un autre : le paradis de Romain Gary

Couverture du livre Je me suis toujours été un autre : le paradis de Romain Gary

Auteur : Paul Audi

Date de saisie : 22/06/2007

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 24.00 € / 157.43 F

ISBN : 978-2-267-01922-3

GENCOD : 9782267019223

Sorti le : 03/05/2007

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  • La présentation de l'éditeur

PAUL AUDI
JE ME SUIS TOUJOURS ÉTÉ UN AUTRE
LE PARADIS DE ROMAIN GARY

Pour parler de soi, Romain Gary disait : «Je me suis toujours été un autre». Peut-on, dans ces conditions, prétendre savoir qui il est ? La solution réside peut-être dans le mot «aspiration», qui permet de placer toute son oeuvre sous le signe d'un certain messianisme que Gary rattachait à ses origines juives. «Dis-moi à quoi tu aspires, je te dirai qui tu es...» : telle est la formule qui trans­paraît en filigrane de ce portrait intel­lectuel de l'auteur des Racines du ciel et de La Vie devant soi. L'important est alors de comprendre à quelle angoisse, à quelle hantise Gary a espéré échapper, contre quel enfer il a voulu se dresser et vers quel paradis il a décidé de se tourner depuis ce très curieux purgatoire que l'on appelle «littérature». C'est aussi l'occasion pour Paul Audi de s'interroger sur les thèmes qui nourrissent en profondeur les romans de Gary.

http ://www.christianbourgois-editeur.fr





  • La revue de presse - Le Monde du 22 juin 2007

Pour moi qui l'ai un peu connu et beaucoup lu, la question de sa relation au judaïsme a toujours été le grand mystère de l'oeuvre et de la vie de Romain Gary...
Le grand mérite de ce nouveau livre de Paul Audi - le troisième qu'il consacre à l'auteur de La Nuit sera calme - est de débrouiller enfin et, je crois, pour la première fois cette ténébreuse affaire. Il y a autre chose, naturellement, dans ce Je me suis toujours été un autre. Il y a de belles pages sur l'art du roman, tenu pour une catégorie éthique autant que pour un genre esthétique. Il y a une méditation sur le devenir-fiction d'une existence qui aura finalement été, gestes et textes confondus, le vrai chef-d'oeuvre de Gary.



  • Les premières lignes

Extrait du préambule :

«J'ai un côté canaille : j'ai encore envie d'être heu­reux.» Ainsi s'exprime Michel Folin, le protagoniste de Clair de femme, un des derniers romans écrits par Romain Gary. Il s'agit là du personnage le plus dou­loureux que Gary ait jamais inventé ; il est dit de lui, d'ailleurs, à plusieurs reprises, qu'il est «saoul de mal­heur». Mais si tragique et désespéré qu'il soit, ce personnage est aussi - et ce n'est, bien sûr, pas un hasard - celui dont la «confiance dans la vie» s'affirme avec le plus de véhémence, de rage, de lyrisme et d'opiniâtreté ; et le seul dont Gary a voulu dire : «C'est la première fois que je me reconnais dans un personnage de mes romans. C'est mon cri. C'est ma conception du drapeau humain, qui passe de main en main. Il n'y a pas de distanciation du tout dans ce livre. C'est moi.»
Romain Gary avait bien un côté canaille : il avait envie d'être heureux - et, pour son plus grand malheur peut-être, cette envie dévorante, brûlante, dévastatrice, n'a jamais connu l'apaisement.
Romain Gary était aussi de ceux qui auraient pu dire comme Michel Folin : «Tout ce que j'ai perdu me donne une raison de vivre.»
Quand un auteur n'est plus là pour défendre son oeuvre et que cette oeuvre lui survit, on se met alors à l'interpréter, chacun à sa façon, sans craindre que le principal intéressé le corrige. Et c'est ainsi qu'un peu à la façon de Morel, le héros des Racines du ciel, l'auteur finit par ne plus exister que dans le discours, parfois infidèle, de ceux qui s'entretiennent à son propos. Telle est la situation dans laquelle je me trouve : je ressemble aux discoureurs multiples de ce roman ; je discute, et quelquefois me dispute, au sujet d'un écrivain que je n'ai pas connu mais dont j'admire l'oeuvre. Un écrivain dont j'ai entendu parler par lui-même, ce qui n'arrange pas les choses puisque cela donne lieu à tous les malentendus et contresens possibles... Et pourtant, n'est-ce pas aussi de cette façon-là - à coups de malentendus et de contresens - que se construisent les légendes, que s'échafaudent les mythes (au sens moderne du mot) ? Le «de Gaulle» évoqué si souvent par Gary a-t-il jamais eu quelque chose à voir avec le «véritable» de Gaulle, avec le de Gaulle «de la réalité» ? Et Nina, la mère de Romain Gary, était-elle cet être d'exception dont l'auteur de La Promesse de l'aube a dressé le bouleversant portrait ? Qui le sait ? Qui le saura jamais ? N'est-on pas ici dans le domaine élargi du «Roman» ou de ce que Gary appelait le «fictif» - et cela parce que l'on se trouve tout d'abord sur le plan de l'amour et que, comme Gary le disait notamment dans Europa et Les Enchanteurs, être aimé c'est être tendrement inventé - ou rêvé - par quelqu'un ?
J'aime Romain Gary : le rêvé-je pour autant ? Inventé-je ses inventions, sa «vérité», la dialectique secrète de ses pensées ? Une chose est sûre : il y a vingt-cinq ans que Romain Gary a mis fin à ses jours, et l'heure est venue, pour certains, de relire son oeuvre autrement et, pour d'autres, de la découvrir dans toute sa diversité. Il est surtout devenu possible d'aborder cette oeuvre sans que l'occultent ou l'offusquent, comme ce fut si souvent le cas du vivant de son auteur, la stature impressionnante, la personnalité flamboyante, à la fois grave et bouffonnante, sévère et enjouée, de Romain Gary, et son goût immodéré pour les farces et attrapes et autres mystifications tonitruantes. Il est temps, même, me semble-t-il, de se plonger dans les romans de Gary sans s'armer de préjugés ni d'arrière-pensées, afin de jouir ou de se réjouir de son inactualité foncière, du caractère intempestif de sa vision de l'homme, de sa compréhension de l'aventure humaine, Gary ayant été de ceux, et ils furent rares à son époque, qui refusèrent de souscrire aux arguments soutenus par les idéologues de «l'ère du soupçon» qui s'abritaient alors à l'ombre des systèmes politiques, sociologiques, philosophiques ou scientifiques, et qui entonnaient si légèrement des rengaines proclamant la «mort de l'homme».


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