Auteur : Jean-Pierre Thiercelin
Date de saisie : 17/06/2007
Genre : Théâtre
Editeur : Ed. de l'Amandier, Paris, France
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-35516-003-5
GENCOD : 9782355160035
Si dans «De l'enfer à la lune» la magie du théâtre permettait d'évoquer un mal absolu, elle est à nouveau au coeur de «Viens, voici les beaux jours».
En passant du tunnel de Dora au souterrain, je ne troque pas seulement un enfer pour un autre mais ici le danger pourrait bien venir de là-haut où par la folie des hommes, l'air libre n'est plus qu'un mot vide de sens.
Le souterrain est situé dans les dessous d'un théâtre et dans cet enfer de toiles peintes où Eurydice a trouvé sa place, la vie s'est réfugiée par delà le temps. La vie ou le théâtre ?
La question ne se pose pas pour ces vieilles comédiennes qui continuent à vivre par les mots et les situations écrites par les auteurs qu'elles jouèrent autrefois. Dans ce monde, les petits arrangements et compromissions cyniques du pouvoir ne semblent pas avoir de prise...
L'art comme dernière possibilité de résistance ? Il est permis - et même vital - de rêver !
La vie ou le théâtre ?...
Jean-Pierre Thiercelin
De même que De l'enfer à la lune se déroulait tout entier dans les tunnels de Dora, cette nouvelle pièce de Jean-Pierre Thiercelin se situe dans le souterrain. On savait déjà que l'homme était mort à Dora et à Auschwitz, on découvre ici qu'il n'a pas fini de s'effondrer et que l'avenir dure longtemps, au sous-sol. Nous sommes dans les dessous d'un théâtre... Winnie et Gabrielle, deux vieilles comédiennes oubliées par le temps vivent là depuis... Parmi les décors d'autrefois elles se sont recréé une réalité bien à elles, le théâtre. Les situations qu'elles vivent et les mots qui s'échappent de leur bouche sont ceux des auteurs qu'elles jouèrent autrefois. La vie ou le théâtre ? Pour elles, ces deux mots ne font qu'un.
Une fable, où le rêve des gens de théâtre tente de déréaliser les petits arrangements avec la réalité, où le verbe de Tchékhov et de Beckett dialogue avec le trivial d'un monde en décombres qui prétend imposer sa sinistre vérité.
Une fable entre comique et tragique, entre humour et dérision, entre vie et théâtre, où Orphée rejoint Calderon et Shakespeare pour éviter que, comme le dit Romain Gary, l'humanité ne soit «une patrouille perdue».
Extrait de la préface de Pierre-Emmanuel Dauzat :
Petite contribution aux inédits de Beethoven, Tchékhov, Bechett et autres gens de théâtre disparus sans laisser d'adresse après une vie trop brève...
Le peintre Zoran Music était un homme aux semelles de vent; il avait le voyage dans le sang. Evoquant son séjour à Dachau, il dira qu'après avoir mené une vie d'élégance sans domicile fixe, il s'en fallût de peu que la SS ne lui assignât un domicile fixe, trop fixe. Sorti de l'enfer, il trouva dans les lumières de Venise et d'ailleurs sa part de ciel et de soleil dont la soldatesque nazie l'avait privée. Le pèlerin parmi les ombres se fit passeur de lumières : il avait survécu aux beaux jours. Mais les beaux jours se vengeront et les cadavres se rappelleront à son bon souvenir. Bientôt, après une éclipse d'inspiration, il se rendra compte qu'on ne quitte jamais tout à fait «les jours de notre mort», comme dit David Rousset quand l'histoire s'est chargée d'apporter sa réponse concentrationnaire à la question «y a-t-il une vie avant la mort ?». La mort est l'infinie sans phrase, l'amie qui ne vous lâche pas, celle qui a toujours un cadavre à vous offrir en prochain. Bientôt, les beaux jours seront ceux où Music peindra les cadavres de son domicile trop fixe. On ne quitte jamais tout à fait ses origines, ni les beaux jours.
Ce qui est intéressant, avec les artistes et les écrivains, et qui fait souvent leur supériorité sur les historiens, c'est qu'ils savent que les fins précèdent souvent les commencements. Au commencement était la fin du monde, sans cesse démultipliée. À chaque fois la fin d'un monde, la fin du monde, comme disait Jacques Derrida, empressé de réunir ses exercices d'admiration funèbre dès lors qu'il sut sa mort prochaine.
Dans le parcours théâtral de J.-P. Thiercelin, on retrouve, toutes choses égales par ailleurs, le même cheminement. Avec De l'enfer à la lune, ce fils de déporté avait mis en scène, «perlaboré» comme disent les psychanalystes, le traumatisme de l'enfer vécu par son père à Dora en dénonçant ceux qui veulent nous faire prendre l'enfer pour la lune, justifier le premier par la seconde. À ceux qui se demandent s'il y a une vie avant la mort, J.-P. Thiercelin apporte ici une réponse originale en déplaçant le problème du terrain du temps à celui de l'espace : à l'avant et l'après se substitue une autre dimension, celle du haut et du bas. De même que De l'enfer à la lune se déroulait tout entier dans les tunnels de Dora, cette nouvelle pièce se situe dans le souterrain. On aurait pu croire Thiercelin à l'école de Cyrano de Bergerac, le nez plongé dans les étoiles, on le découvre ici abonné aux Notes du souterrain de Dostoïevski. On savait déjà que l'homme était mort à Dora et à Auschwitz, on découvre ici qu'il n'a pas fini de s'effondrer et que l'avenir dure longtemps, au sous-sol. Que la mort a encore un bel avenir devant elle en surface, mais qu'en sous-terrain il continue de se passer des choses. Bref, on quitte Dora mais pas le souterrain. N'ayant pas été lui-même déporté, mais étant «fils de», il n'est pas question d'usurper une parole. Il n'était pas question de réécrire les pièces des ghettos ni de parodier l'étonnante opérette-revue que Germaine Tillion avait composée à Ravensbrück. Rendre hommage aux disparus, c'est aussi et souvent d'abord savoir ne pas parler à leur place.
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