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Le mendiant du passé

Couverture du livre Le mendiant du passé

Auteur : Lai Chu

Traducteur : Alain Clanet

Date de saisie : 29/05/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Ed. de l'Aube, La Tour-d'Aigues, France

Collection : Regards croisés

Prix : 23.00 € / 150.87 F

ISBN : 978-2-7526-0336-4

GENCOD : 9782752603364

Sorti le : 16/05/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Le mendiant du passé

«-... M'aimes-tu vraiment ? - Oui ! je t'aime beaucoup, plus que toute autre personne. Si tu te retrouvais malade, estropiée, je t'aimerais toujours ! - Mensonges ! - Si tu étais condamnée à la prison je ne t'en aimerais que davantage ! - Encore des mensonges ! - Difforme, contrefaite, je t'aimerais encore... - Folie ! Mais écoute cette chose étrange : je suis moi, pour toujours, la petite Suong...»
Hung, jeune lieutenant plein de fougue, et Suong, ravissante infirmière, tous deux Viêt Công, combattent côte à côte près de Saïgon. La jeune fille tombe sous les balles de l'ennemi, qui expose son corps sur la place du marché; Hung, bravant tous les dangers, le récupère en pleine nuit, creuse la tombe de ses mains et enterre son amour. Pourtant, vingt ans après, alors qu'il n'est plus que l'ombre de lui-même, au chômage et désespéré, il reconnaît Suong dans la talentueuse directrice du comité régional du Parti. Mais celle-ci nie farouchement - jusqu'à l'épilogue, tragique et inéluctable. Chu Lai, dans ce roman foisonnant, retrace une fresque à la fois éblouissante et poignante de ce que fut la guerre contre les Américains. À destin exceptionnel, littérature exceptionnelle : nous ne sortons pas indemnes de cette lecture et, avouez-le, c'est de «bonne guerre»...

Chu Lai est né en 1946 dans une province du Nord Viêt-Nam. Après s'être porté volontaire dans la guerre contre les Américains, il s'installe en 1975 à Hanoi et reprend son métier d'écrivain. L'Aube a déjà publié un premier roman de cet auteur, Rue des Soldats.





  • Les premières lignes

Cette femme s'appelait Suong, Ba Suong, elle est morte, j'en suis témoin; de ma propre main j'ai creusé sa tombe et l'ai inhumée, abandonnée là-bas. Au cours de ces trop longues années, chaque fois qu'il m'en vient le souvenir, sa silhouette éveille en moi le tourment des regrets, et une douloureuse douceur.
Ainsi continue-t-elle à vivre : elle n'est pas morte.
Ciel ! Si je n'étais pas allé dans le Sud comme un oiseau fuyant tardivement la froidure, si je ne l'avais pas rencontrée par hasard, si elle ne revivait pas ainsi, peut-être que ma vie...
C'était par une étouffante nuit d'été, les incessantes et tristes pluies étaient sur le point de s'abattre sur les forêts renaissantes le long du fleuve Hâu.

Je venais de partir à l'aventure pour réaliser un acte déraisonnable et malheureux : chercher un travail, un lieu de résidence pour y finir ma vie. Eh oui : j'avais presque atteint la cinquantaine, et m'astreindre à quitter mon lointain village natal pour trouver du travail était vraiment déraisonnable. Mais hélas, que pouvais-je faire d'autre ? Après une vie aussi précaire, et ayant perdu le respect de moi-même, où pouvais-je m'installer pour me remettre à écrire ? Trouver un travail ne visait qu'à me permettre de ne plus me sentir humilié, inéluctablement stupide. Ecrire ? Mais écrire c'était vivre, vivre encore une fois cette vie, vie et mort à la fois - c'était comme mourir deux fois. Écrire. Quelle horreur ! Pourtant il fallait que j'écrive, comme un fantôme il fallait que je raconte le chemin diabolique que je m'étais vainement efforcé d'oublier.
J'avais quarante-neuf ans, j'étais chômeur, plus exactement je venais de me retrouver au chômage, comme un type de trop jeté au bord de la route. Je mesurais un mètre soixante-dix et ne pesais que quarante-cinq kilos; d'aspect émacié, je commençais à présenter des signes de nervosité. Déjà quelques cheveux blancs, poitrine et ventre creux, les yeux rouges, teint de peau livide, lèvres violettes, j'avais perdu le tiers de mes dents, je riais peu, parlais peu, je craignais la lumière, le bruit, la foule, je cachais en tous lieux mon complexe d'infériorité derrière un demi-sourire timide... En bref, je n'étais plus qu'un pantin misérable dans les tourmentes de la vie.


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